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Poésie

Posts Tagged ‘ignoré’

En pleine mer (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2017




    
En pleine mer, j’ai souvent pris plaisir à me perdre par la pensée dans le gouffre qui était sous moi,
à descendre en ces profondeurs insondables, où nagent des monstres inconnus,
où s’épanouissent des fleurs et des coquillages ignorés,
et où le remous par instants soulève de muets cadavres, débris d’anciens naufrages.

— La terre, comme un vaisseau, nous porte,
et, au-dessous, qui osera sonder l’abîme sans fond,horrible, silencieux,
où flottent tant d’éternités mortes, et d’antiques cieux naufragés ?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Ne nous délaisse pas Toi le féminin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2017


Toi le féminin
Ne nous délaisse pas
Car tout ce qui n’est pas mué en douceur
ne survivra pas

Toi qui survivras
Révèle-nous ton mystère que peut-être
Toi-même tu ignores
sinon le mystère ne serait pas

N’est-ce pas que le printemps est empli
d’oiseaux dont l’appel se perd au loin
Que l’été nous écrase de son incandescence
dont la senteur nous poigne jusqu’aux larmes
Que l’automne nous laisse désemparés
par son trop-plein de couleurs, de saveurs
Que l’ultime saison rompt le cercle
Nous plongeant dans l’abîme
de l’inguérissable nostalgie
Mais en toi demeure le mystère que peut-être
toi-même tu ignores

En toi ce qui est perdu, ce qui est à venir :
Etang d’avant la pluie au furtif nuage
Colline après l’orage au contour plein

Ne nous délaisse pas
Toi le féminin
Hormis ton sein
quel lieu pour renaître ?

(François Cheng)

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LA SPHINGE (Lucie Delarue-Mardrus)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



LA SPHINGE

Notre pensée intime est un vaste royaume
Dont le drame profond se déroule tout bas.
Toute chair emprisonne un ignoré fantôme,
Toute âme est un secret qui ne se livre pas.

Et c’est en vain, ô front ! que tu cherches l’épaule,
Refuge en qui pleurer, aimer ou confesser ;
L’être vers l’être va comme l’aimant au pôle,
Mais l’obstacle aussitôt vient entre eux se dresser.

Car au fond de nous tous, ennemie et maîtresse,
La sphinge s’accroupit sur son dur piédestal,
Et tout épanchement de cœur, toute caresse,
Soudain se pétrifie à son aspect fatal.

Sa présence toujours aux nôtres se mélange,
Sa croupe désunit les corps à corps humains ;
Au fond de tous les yeux vit son regard étrange,
Ses griffes sont parmi les serrements de mains.

Et lorsque nous voulons regarder en nous-même
Pour nous y consoler et nous y reposer,
La sphinge est là, tranquille en sa froideur suprême,
L’énigme aux dents et prête à nous la proposer.

(Lucie Delarue-Mardrus)

 

 

 

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Les murs ne tombent pas (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[1]

Un incident ici et là,
grilles confisquées (pour les canons)
dans ton (et mon) vieux square :

brume et gris brumeux, pas de couleur,
mais abeille, poussin et lièvre de Luxor
poursuivent un but inaltérable

en vert, rose-rouge, lapis ;
ils continuent à prophétiser
depuis le papyrus de pierre :

là-bas, comme ici, ruine ouvre
la tombe, le temple ; entre
là-bas comme ici, aucune porte :

le lieu saint est ouvert au ciel,
la pluie tombe, ici, là-bas
le sable glisse ; l’éternité endure :

ruine partout, or comme le toit tombé
laisse la chambre scellée
ouverte à l’air,

ainsi, dans notre désolation,
des pensées s’éveillent, l’inspiration nous traque
dans l’obscurité :

sans le savoir, Esprit annonce la Présence ;
nous sommes pris de frissons,
comme autrefois, Samuel :

tremblant à un coin de rues connu,
nous ignorons et sommes ignorés ;
la Pythie prononce — nous nous rendons

dans une autre cave, vers un autre mur tranché
où de pauvres ustensiles sont montrés
comme des objets rares dans un musée ;

Pompéi n’a rien à nous apprendre,
nous connaissons la fissure volcanique,
le flot lent de la terrible lave,

pression sur le coeur, les poumons, cerveau
prêt à rompre dans son fragile écrin
(tout ce que le crâne peut endurer !) :

au-dessus de nous, feu apocryphe,
au-dessous, la terre tangue, le sol penche,
déclivité d’un trottoir

où des hommes titubent, ivres
d’une nouvelle confusion,
sorcellerie, possession :

la structure d’os n’était pas faite pour
un tel choc tissé dans la terreur,
pourtant le squelette a résisté :

la chair ? elle a fondu,
le coeur, brûlé, braises mortes,
tendons, muscles brisés, bogue externe démembrée,

pourtant la charpente a tenu :
nous avons passé la flamme : surpris —
sauvé par quoi ? pour quoi ?

***

The walls Do Not Fall

An incident here and there,
and rails gone (for guns)
from your (and my) old town square:

mist and mist-grey, no colour,
still the Luxor bee, chick and hare
pursue unalterable purpose

in green, rose-red, lapis;
they continue to prophesy
from the stone papyrus:

there, as here, ruin opens
the tomb, the temple; enter,
there as here, there are no doors:

the shrine lies open to the sky,
the rain falls, here, there
sand drifts; eternity endures:

ruin everywhere, yet as the fallen roof
leaves the sealed room
open to the air,

so, through our desolation,
thoughts stir, inspiration stalks us
through gloom:

unaware, Spirit announces the Presence;
shivering overtakes us,
as of old, Samuel:

trembling at a known street-corner,
we know not nor are known;
the Pythian pronounces—we pass on

to another cellar, to another sliced wall
where poor utensils show
like rare objects in a museum;

Pompeii has nothing to teach us,
we know crack of volcanic fissure,
slow flow of terrible lava,

pressure on heart, lungs, the brain
about to burst its brittle case
(what the skull can endure!) :

over us, Apocryphal fire,
under us, the earth sway, dip of a floor,
slope of a pavement

where men roll, drunk
with a new bewilderment,
sorcery, bedevilment:

the bone-frame was made for
no such shock knit within terror,
yet the skeleton stood up to it:

the flesh? it was melted away,
the heart burnt out, dead ember,
tendons, muscles shattered, outer husk dismembered,

yet the frame held:
we passed the flame: we wonder
what saved us? what for?

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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Quand s’apaise le vent (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2017




    
Quand s’apaise le vent
Un cerf
brame au loin
Nous nous taisons

Quelle ombre lumineuse
attend encore

Jamais entrevue
Jamais ignorée
rappelant
soudain
La promesse tenue

Un jour d’avant
notre naissance

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Gestes (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



Illustration: Aaron Siskind

    

Gestes
gestes de la vie ignorée
de la vie
de la vie impulsive
et heureuse à se dilapider
de la vie saccadée, spasmodique, érectile
de la vie à la diable, de la vie n’importe comment

Gestes du défi et de la riposte
et de l’évasion hors des goulots d’étranglement

Gestes de dépassement
du dépassement
surtout du dépassement
(pré-gestes en soi, beaucoup plus grands que le geste,
visible et pratique qui va suivre)

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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Il y avait un mot (Eugénio De Andrade)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



    

Il y avait
un mot
dans l’obscurité.
Minuscule. Ignoré.

Il martelait dans l’obscurité.
Il martelait
dans le socle de l’eau.

Du fond du temps,
il martelait.
Contre le mur.

Un mot.
Dans l’obscurité.
Qui m’appelait.

(Eugénio De Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Il y avait un mot dans l’obscurité(Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 février 2017



Il y avait un mot
dans l’obscurité.
Minuscule. Ignoré.

Il martelait dans l’obscurité.
Il martelait
dans le socle de l’eau.

Du fond du temps,
il martelait.
Contre le mur.

Un mot.
Dans l’obscurité.
Qui m’appelait.

(Eugénio de Andrade)

 

 

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La misère est ignorée (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



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La misère est ignorée quand elle n’est pas méprisée.
Ce monde n’est pas juste.
L’égalité, la fraternité et la liberté
n’existent plus que sur le fronton des mairies.
Un homme « bien » est un homme qui a des biens.

(Jean-Claude Demay)

 

 

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Tu verras des fleurs ignorées (Czeslaw Milosz)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2016



Si tu sais mieux regarder
Dans le vaste jardin du monde,
Tu verras des fleurs ignorées
Et plus d’une étoile en surnombre.

(Czeslaw Milosz)

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