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Posts Tagged ‘illuminer’

Hantise (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

Charles Guilloux  1_500

Hantise

A EPHRAÏM MIKHAËL.

Par les vastes forêts, à l’heure vespérale,
Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots :
Mon âme s’alanguit d’une horreur sépulcrale
A l’heure vespérale où murmurent les flots.

Les ruisseaux endormeurs modulent leurs sanglots
Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire :
A l’heure vespérale où murmurent les flots
Un fantôme s’effare en l’ombre funéraire.

Sous les feuilles que frôle un vent crépusculaire
La lueur de la lune illumine le soir :
Un fantôme s’effare en l’ombre funéraire
Et l’âme de l’air râle en brumes d’encensoir.

La lueur de la lune illumine le soir,
Impalpable remous de la marée astrale,
Et l’âme de l’air râle en brumes d’encensoir
Par les vastes forêts, à l’heure vespérale.

(Stuart Merrill)

Illustration: Charles Guilloux

 

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Être coupé de Lui (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2019



 

Aaron Westerberg ak

Être coupé de Lui
Transforme l’unique seconde en un millier de jours

Et par souffrance et affres
Une seule nuit se prolonge en un millier d’années

Cependant que s’écrient ceux qu’illumine l’Union :
«Le Jour du Couronnement, ah ! qu’il vienne !»

Quand, révélant la Cour de l’Union,
Le rideau est à la fin levé

Et que la distance qui de l’Ami nous éloignait
Se disloque et part en pièces au battement du tambour

Tambour de mort
Tambour de la séparation

(Râbi’a)

Illustration: Aaron Westerberg

 

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Ode à la jeune lumière (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Ode à la jeune lumière

En mon pays la lumière
est beaucoup plus que le temps, elle s’attarde
avec une étrange délectation sur les contours
militaires de toute chose, sur les vestiges épurés du déluge

La lumière dans mon pays résiste à la mémoire
comme l’or à la sueur de la cupidité,
elle se perpétue en elle-même, nous ignore
depuis la différence de son être, sa transparence.

Quiconque courtise la lumière avec rubans et tambours
en s’inclinant de-ci de-là selon la ruse
d’une sensualité archaïque, immémoriale,
perd son temps, jette ses arguties aux flots
tandis que la lumière, tout à elle-même, dort.

Car dans mon pays la lumière ne regarde pas
les modestes victoires du sens,
ni les désastres raffinés du sort,
elle s’amuse de feuilles, de petits oiseaux,
de coquillages, de reflets, de verts profonds.

Aveugle, la lumière, dans mon pays,
illumine son propre coeur inviolable
sans se soucier de gains ni de pertes.
Pure comme le sel, intacte, fièrement dressée,
la chaste, démente lumière effeuille le temps.

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Iris (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019




    
Iris, à son brillant mouchoir,
De sept feux illumine
La molle averse qui chemine,
Harmonieuse à choir.

Ah, sur les roses de l’été,
Sois la mouvante robe,
Molle averse, qui me dérobe
Leur aride beauté.

Et vous, dont le rire joyeux
M’a caché tant d’alarmes,
Puissé-je voir enfin des larmes
Monter jusqu’à vos yeux.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019



Illustration: Jérôme Royer
    
LE CHEVALIER À L’ARMURE ÉTINCELANTE

Vieil homme vieil homme
arbre à la dure écorce
de quels bourgeons es-tu capable encore ?

Est-ce que soudain tu recommences ?
Est-ce bien toi qui regardes qui entends?
Où vas-tu, mon chemin ?
Je ne te voyais plus dans la forêt
Un éclair, mille éclairs
percent l’ombre et m’illuminent

Qui a vécu vivra
Un reflet perdu
Une voix chante et s’éloigne

Pour un rayon pour un regard pour un visage
j’adore ton retour sans fin
O vie interrompue
toujours reprise

De ce torrent source cachée
je détourne le cours
jusqu’à l’infinitude
au-delà de la mort.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu ressemblais (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Dorina Costras touching_the_ephemeral_inset

Tu ressemblais,
passionnée déjà, et même courroucée,
à un coucher de soleil après l’orage.

La lueur rouge de tes yeux ruisselants
illuminait, ici et là, ton ombre tragique,
en un ultime couronnement ;
— oh, quelle nostalgie immense d’un crépuscule
(celui-ci!)
qui devait arriver ! —

Où ai-je donc vu un paysage de ville
— quartiers ouverts au couchant
de la mer, façades aux vitres parcourues
d’une lumière rouge sang —,
si terriblement, glorieusement unique,
qu’on eût dit une femme ?

… Qui ressemblait à une femme inconnue ;
— oh, quelle nostalgie immense d’une femme
(toi !)
qui devait arriver ! —

***

Parecías,
apasionada ya, y aún iracunda,
una puesta de sol tras la tormenta.

El fulgor rojo de tus ojos chorreantes
iluminaba, aquí y allá, tu sombra trájica,
en coronación última;
—¡ oh,qué nostaljia inmensa de un crepúsculo
(¡éste!)
que había de venir!—

¿Dónde vi yo un paisaje de ciudad
— barrios abiertos al ocaso
del mar, con las fachadas de cristales recorridas
de roja luz sangrante—,
así terriblemente, gloriosamente único,
que parecía una mujer?

… Que parecía une mujer desconocida;
— ¡oh, qué nostaljia ïa inmensa de una mujer
(¡tú!)
que había de venir!—

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Dorina Costras

 

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Passante (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019


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Elle a promené dans les villes
Le pas qui tremblait sur les eaux
Une chanson la déshabille
Son silence est né d’un oiseau

Elle illumine la lumière
Comme l’étoile du matin
Quand tout le ciel est sa paupière
Embellit le jour qui l’éteint

Mais l’astre d’où le ciel s’envole
Sait-il où nos voeux sont allés
Quand mon coeur bercé de paroles
Se meurt de la chanson qu’il est

Quel mal trouvait-elle à me plaire
Qu’un aveu me l’ôte si tôt
Mouillant ses regards de sorcière
Des pleurs qu’il a pris au ruisseau

Hélas ne pleurez point madame
Si j’ai mes jolis soins perdu
Près d’un enfant aux yeux de femme
Qui joue à l’amant qui n’est plus

(Joë Bousquet)

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AUREA MEDIOCRITAS (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2019



 

Papillon

AUREA MEDIOCRITAS

Heureux l’ami secret des arts et de l’étude,
Pour qui la renommée est une servitude :
Le sourire du ciel a lui sur son berceau.
La gloire fait du mal : son sublime flambeau
A des éclairs trop vifs pour une humble chaumine :
Il aveugle toujours les yeux qu’il illumine.
L’appeler sous son toit, c’est bannir le sommeil ;
C’est y vouloir, pour lampe, attacher le soleil.
Au temple des grands noms suspendons nos guirlandes ;
Mais n’ayons pas d’autels, où nous servions d’offrandes.
Ambitieux amants du commerce des fleurs,
Ne les cultivons pas pour vendre leurs couleurs.
Tandis que, spéculant sur leur grâce fertile,
Pour en faire de l’or un autre les distille,
Aimez-les seulement ; ou, leurs dons les plus doux,
Un papillon qui passe en jouit plus que vous.

(Jules Lefèvre-Deumier)

 

 

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Pensées d’Octobre (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018



 

On aime bien
ce grand vin
que l’on boit solitaire
quand le soir illumine les collines cuivrées
plus un chasseur n’ajuste
les gibiers de la plaine
les soeurs de nos amis
apparaissent les plus belles
il y a pourtant menace de guerre
un insecte s’arrête
puis repart.

(Jean Follain)

 

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Le soleil s’est fermé (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



 Illustration: Fabienne Guilhem
    
Le soleil s’est fermé,
le sens du soleil s’est fermé,
le sens de se fermer s’est illuminé.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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