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Poésie

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MORTEL BATTEMENT (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
MORTEL BATTEMENT

Ici commence et meurt
le peut-être encore
le très-peu le presque pas

Nulle image. Rien à voir
ni le clair ni l’obscur ni la couleur
l’ombre un instant gardée
d’un objet disparu

C’est que les signes tracés
aussitôt le feu les flambe :
il roule en deçà des sons
un grondement monotone

A travers l’énorme rien
la menace du possible
avec l’impossible
se cache pour s’accoupler

Par un bruit de paroles
je m’efforce d’imiter
ce mortel battement
qui couvre le silence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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VERBE ET MATIÈRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Illustration
    
VERBE ET MATIÈRE

J’ai je n’ai pas
J’avais eu je n’ai plus
J’aurai toujours

Un béret Un cheval de bois Un
jeu de construction Un père
Une mère Les taches de soleil à
travers les arbres Le chant du
crapaud la nuit Les orages de
septembre.

J’avais je n’ai plus
Je n’aurai plus jamais

Le temps de grandir, de dési-
rer. L’eau glacée tirée du puits
Les fruits du verger Les veufs
frais dans la paille. Le grenier
La poussière Les images de
femmes dans une revue légère
Les gifles à l’heure du piano Le
sein nu de la servante.

Si j’avais eu
j’aurais encore

La fuite nocturne dans les
astres
La bénédiction de l’espace
L’adieu du monde à travers la
clarté La fin de toute crainte
de tout espoir L’aurore démas-
quée Tous les pièges détruits
Le temps d’avant toutes choses.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une étendue de sable (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Une étendue de sable
La mer au loin. Du vent.

L’image se brouille

Tu te penches pour ramasser
un galet, puis deux

Tu récoltes avec soin
ces vieux témoins du monde

Comme s’ils pouvaient se fendre
et comme si ta chaleur
assurait leur survie

Tu me dis:
«C’est important, les galets»

Tu es belle.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Dieu tu m’as donné la voix (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Siegfried Zademack -   (15)

Dieu tu m’as donné la voix,
Dieu c’était pour m’en servir,
si j’ai trop parlé parfois
c’était de choses à dire.
qui pourrait y contredire ?
J’ai parlé selon ma foi.
Engageons-nous dans l’humain,
tout le reste est comédie,
dans la dangereuse vie
marchons la main dans la main.
La mère donne le sein
à l’image de Marie
et c’est la source de vie
c’est la source du matin.
J’en reviens toujours à l’âme :
qui peut dire ce qu’elle est
et qui peut dire son drame ?
Nous sommes les fils des femmes
dans un Monde imaginé.
Qui connaît l’autre côté ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Siegfried Zademack

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La voix de l’éclair te parle (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo -  (1)

La voix de l’éclair te parle,
Renoue avec le passé
sous l’averse et la tempête
dans la nuit des girouettes
en prose et cristal français
tu ne comprends pas sa flamme.
Invente pour chaque image
l’énigme au double visage :
du dehors ou du dedans
lequel est le plus prenant ?

(Georges Libbrecht)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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Métaphore, image, son (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Sarolta Bán _n

Métaphore, image, son,
l’âme et la chair se concertent,
au loin on entend le Verbe
et l’écho redit son nom.
Cimetière des saisons
le printemps fait de beaux morts,
en l’honneur de ces garçons
battons les cymbales d’or.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Sarolta Bán

 

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Analogiste précis l’imaginaire fut pris (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



 

Gurbuz Dogan Eksioglu (6)

Analogiste précis
l’imaginaire fut pris.
Antinomie de l’espace
tu regardes par contraste
la distance était le but :
le futur ne revint plus
Mes chants seront de forêt
et de mer qui reste à boire,
mes chants seront de mémoire
de bateaux et leurs agrès.
L’homme entre les deux silences
aura des mots pour l’oiseau,
j’aurai des chants de conscience
qui ne parlent pas très haut,
vole, vole ma parole
et disparaisse sans bruit
dans le monde de l’esprit
qui la couvre bénévole.
Où donc le regard fuit-il
captant l’objet d’avant dire ?
L’image d’un trait subtil
dicte ce qu’il faut écrire.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Gurbuz Dogan Eksioglu

 

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Un cygne (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Un cygne avance sur l’eau
tout entouré de lui-même,
comme un glissant tableau;
ainsi à certains instants
un être que l’on aime
est tout un espace mouvant.

Il se rapproche, doublé,
comme ce cygne qui nage,
sur notre âme troublée…
qui à cet être ajoute
la tremblante image
de bonheur et de doute.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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Tout me file entre les doigts (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
Tout me file entre les doigts,
je n’ai que l’ombre des images,
jouet des choses que je vois

(Henri Thomas)

 

Recueil: Signe de vie
Traduction:
Editions: Gallimard

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C’est une étoile dont le coeur noir est un astre (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



C’est une étoile dont le coeur noir est un astre.
Et cette étoile étire ses rayons à travers nos regards
et pose son coeur noir sur nos paupières.
Mais cela se passe ailleurs, et ne se fait sur nous qu’en image.
C’est une étoile qui redevient une étoile, et se retrouvant,
nous invente un corps si beau que le nôtre ne s’y reconnais plus.

Pourtant le vieil homme avait gardé un coin de naïveté dans sa chair,
un morceau de pain à partager avec son image la plus belle.
Jamais il ne s’était vu si beau, jamais il ne s’était vu si laid.
Etoile perdue au fond du ciel que tu es.

Le noir aussi est lumière, et voit le noir en s’obscurcissant.
L’étoile s’illumine en reculant en elle les larmes du noir.
Sa clarté c’est celle qu’elle voit.

Le soleil c’est où la lumière se ferme sur sa montée la plus lumineuse.
Une lumière qui se caille comme le sang.
C’est la lumière qui monte à sa tour par un escalier de couleurs.
Et l’étoile, c’est la nuit qui monte à sa tour.

(Joë Bousquet)

Illustration: Renaud Baltzinger

 

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