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Poésie

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DÉMARCHE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



 

Jean-Claude Forez  Dies_irae-2

DÉMARCHE

J’ai tenté de joindre ma terre, à la terre ;
Les mots, à la trame du silence ;
Le large, au chant voilé.

Tenté de dire la rencontre possible,
Dégager le lieu de la nasse des refuges ;
Fléchir la parole, jusqu’à la partager.

Puis, saluer celle-là,
Plus affranchie que nous :
Mort,
notre très certaine !

Pierre de touche, qui déroute l’épisode ;
Compagne, qui retimbre la durée.

Mort,
dont l’image abolit les frontières,
Rétablit, ici même, notre face commune ;
Et recentre, en ce monde,
tous nos temps dissipés.

(Andrée Chedid)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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L’Egalité des Sexes (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire
Où nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard
Ni connu la beauté des yeux, beauté des pierres,
Celle des gouttes d’eau, des perles en placards,

Des pierres nues et sans squelette, ô ma statue.
Le soleil aveuglant te tient lieu de miroir
Et s’il semble obéir aux puissance du soir
C’est que ma tête est close, ô statue abattue

Par mon amour et par mes ruses de sauvage.
Mon désir immobile est ton dernier soutien
Et je t’emporte sans bataille, ô mon image,
Rompue à ma faiblesse et prise dans mes liens.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Je me souviens des longs tourments (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

Illustration: Evaristo
    
Je me souviens des longs tourments :
La nuit se mourait aux fenêtres;
Elle se tordait les bras, son image
Luisait dans les rayons du jour.

Cette vie, fuyant, inutile,
Blessait, brûlait et humiliait:
Et tel un spectre se dressant,
Le jour profilait les coupoles;

Sous la fenêtre, plus pressant
Se faisait le pas des passants;
Et, dans l’eau grisâtre des flaques,
La pluie faisait des ronds.

Le matin n’en finissait pas…
La question vaine taraudait,
Et rien n’a résolu l’averse
De larmes folles du printemps.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA SURVIVANTE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
LA SURVIVANTE

Toi
Comme il faudrait toutes les sources
Ma survivante des forêts
Toi dans le ciel avec les ourses
Qui perdent lentement leur lait
Toi que je nomme en ma mémoire
Carpe de lune pour eaux noires
Sais-tu bien que je pleure encor

Quatre murs blancs c’est un décor
Quatre murs blancs sans une image
Du Dieu qui dès l’apprentissage
Fit un chef-d’œuvre de son corps

Mais par bonheur une fenêtre
Grande ouverte sur la vallée
Un facteur va dans les allées
Du ciel en soulevant tes lettres

Lettres ou fleurs je ne sais pas
L’encre est bleue comme les lilas
Abeilles déchiffrez la neige
Colombe emporte ces mots-là

Et toi qui m’écris sur la route
Sur le pupitre des prairies
Aide-moi à terrasser toutes
Les roses noires de ma vie.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Le cœur définitif
Traduction:
Editions: Seghers

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J’entre dans les temples obscurs (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
J’entre dans les temples obscurs,
J’accomplis mon humble rite.
Là j’attends la Belle Dame
À la lueur des veilleuses rouges.

Dans l’ombre d’une haute colonne
Je frémis quand grincent les portes.
Mais d’Elle je ne vois que l’image,
L’image radieuse, qu’un songe.

Oh! je les connais, ces chasubles,
Majestueuse Épouse Éternelle!
Et courent le long des corniches
Les sourires, les contes, les songes.

Ô Sainte, que ces cierges sont doux,
Et que Tes traits me consolent!
Je n’entends ni soupirs ni discours,
Mais je crois : Mon Aimée — c’est Toi.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Nous nous retrouvions (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Zorn
    
Nous nous retrouvions au couchant.
Ta rame fendait l’eau du golfe.
Amoureux de ta robe blanche,
Je n’aimais plus l’élégance du rêve.

Retrouvailles muettes, étranges.
Devant nous — sur la langue de sable —
S’allumaient les cierges du soir.
On songeait à la pâle beauté.

Qu’on s’approche, s’effleure et se brûle —
Le silence d’azur n’entend rien.
Mais nous nous retrouvions dans les brumes,
Où l’onde frémit sous les roseaux.

Ni douleur, ni amour, ni offense,
Tout pâlit, tout s’en va, tout s’enfuit…
Ton image blanche, les requiems,
Et la rame d’or dans ta main.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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TOI (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Daniel F. Gerhartz - Ladies and flowers  - T   (39) [1280x768]

TOI

Tu es une grande plaine parcourue de chevaux
Un port de mer tout entouré de myosotis
Et la rivière où le nageur descend
À la poursuite de son image
Tu es l’algue marine et la plante sauvage
Comme l’arnica
Tu es pleine de poissons dans ta chevelure
Tu es une belle figure
Plus belle que toi-même
Tu es celle que j’aime
Davantage que le pain
Et davantage que mes mains étendues
Sur chaque versant des collines
Tu es la petite voisine
Du trèfle et la compagne du lézard
Tu t’ensoleilles sur les pierres
Et tu es toujours sur ma joue
Si je pense à ta voix je pense au monastère
À neuf heures du soir quand les voix se répondent
Si je pense à ta bouche il me vient à la bouche
Ce goût de lait de fruits de feuilles traversées
Par les tendres ruisseaux de sève végétale
Et si je pense à toi c’est qu’il faut bien choisir
Entre avenir et souvenir.

(René Guy Cadou)

Illustration: Daniel F. Gerhartz

 

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Nuque nuées d’oiseaux (Nicole Brossard)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

nuque nuées d’oiseaux
choses essentielles qui passent par le je
ses bras ouverts
sur le double fond des images
quand la vie va
de la langue aux êtres de transparence

(Nicole Brossard)

 

Recueil: Cahier de roses & de civilisation
Traduction:
Editions: d’Art le Sabord

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SÉPARATION (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017


Illustration: ArbreaPhotos


Illustration: Pablo Picasso 
    
SÉPARATION

Éloigne-toi, femme trop lasse
pour habiller ce livre nu.
Une autre image te remplace,
qui revendique à l’inconnu
le droit de vivre de mensonges.
Tu me déplais ! écrite en vers
ou effacée. Je te prolonge
comme on prolonge un jeu pervers
qui prend fa forme d’une danse,
selon l’humeur, selon le goût
de ce grand maître : le silence,
coupeur de seins et de genoux.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    
LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE

La Terre, rêveur solitaire,
Ne va-t-elle plus t’inspirer,
Ni plus t’inviter la Nature
Si nul feu ne peut t’embraser?

Sans cesse ton esprit parcourt
Des régions obscures pour toi;
Renonce à ces randonnées vaines :
Reviens demeurer avec moi.

Je sais que mes brises des monts
Toujours t’enchantent, puis t’apaisent;
Je sais que mon soleil t’est cher
Malgré ton ondoyant vouloir.

Quand le jour se fond dans le soir
Et déserte le ciel d’été,
J’ai vu ton esprit prosterné
Dans une idolâtre ferveur.

Pour t’avoir guetté à toute heure,
Je sais mon souverain empire,
Je sais mon magique pouvoir
De bannir au loin tes ennuis.

S’il est peu de coeurs ici-bas
Que dévore autant la langueur,
Nul plus que toi ne brigue un Ciel
A l’image de cette terre.

Laisse mes vents te caresser;
Laisse que je sois ta compagne;
Toi que ne satisfait rien d’autre,
Reviens demeurer avec moi.

***

SHALL EARTH NO MORE INSPlRE THEE

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee;
Recall its useless roving—
Come back and dwell with me.

I know my mountain-breezes
Enchant and soothe thee still—
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry.

I’ve watched thee every hour;
I know my mighty sway,
I know my magic power
To drive thy griefs away.

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine;
Yet none would ask a Heaven
More like this Earth than thine.

Then let my winds caress thee;
Thy comrade let me be—
Since nought beside can bless thee,
Return and dwell with me.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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