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REVE DE MA FEMME MORTE LE 20 DU PREMIER MOIS 1015 (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022



Illustration: Zhao Ji
    
REVE DE MA FEMME MORTE LE 20 DU PREMIER MOIS 1015
Sur l’air de  » La Ville au bord du fleuve »
-Su Shi

En dix ans le vivant ne sait rien de la morte.
Puis-je t’oublier bien que nul ne m’apporte
la nouvelle de ta tombe solitaire,
dont mille lieues m’ont séparé?
A qui épancherai-je mon coeur brisé?

Même si tu m’avais revu, m’aurais-tu reconnu,
le visage couvert de poussière
et les cheveux de givre poudrés ?
Hier soir j’ai rêvé d’être de retour
et de te voir faire à la fenêtre ta toilette.

Nous nous regardions sans rien dire, noyés de pleurs.
D’année en année, j’imagine en vain
Que ton coeur se déchire par la douleur,
au clair de lune, sur le tertre planté de pins.

(Anonyme)

***

Recueil: Choix de Poèmes et de Tableaux des Song
Traduction:
Editions: China Intercontinental Press

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SEL (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2022



Illustration: Aron Mizrahi
    
SEL

Les choses étaient-elles bonnes alors ?
Oui. Elles étaient bonnes.
Le savais-tu qu’elles étaient bonnes ?
À l’époque ? À ton époque ?

Non, parce que je m’inquiétais
ou peut-être j’avais faim
ou j’étais endormie, la moitié du temps.
Parfois, il y avait une poire ou une prune
ou une tasse avec quelque chose dedans,
ou un rideau blanc, ondulant.
C’était joyeux.
Ou alors une main.
Imaginez : lumière tamisée,
tente orientale,
canopée, beauté, plénitude,
corps lovés et chéris,
effervescences, puis plus rien.

Mirages, à vous de décider.
Tout, jamais.
Bien que par-dessus ton épaule, le voici,
ton propre temps disposé comme un pique-nique
au soleil, toujours rayonnant
bien que ce soit la nuit.
Ne regardez pas derrière vous, disent-ils :
Vous transformerez tout en sel.
Mais pourquoi pas ? Pourquoi ne pas regarder ?
N’est-ce pas scintillant ?
N’est-ce pas joli, là derrière soi ?

(Margaret Atwood)

Recueil:Poèmes tardifs
Traduction: Christine Évain & Bruno Doucey
Editions: Pavillons

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Les galets (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2022



Les galets

Les galets écoutent la mer
qui leur raconte des légendes.
Le temps passe sur eux,
enracinés à même le sable;
ils imaginent peut-être
ce qu’ils aperçoivent au loin
et qu’ils ne connaîtront jamais.
Les galets demeurent sans bruit,
veillant sur les étoiles,
sur le sommeil du monde
qui se ferme dans la nuit.

(Max Alhau)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Tu peux soupirer après l’inconnu… (Edward Stachura)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2022



Carlos Schwabe   la Mort_du_fossoyeur. wikijpg [1280x768]

Tu peux soupirer après l’inconnu, mais ne te l’imagines jamais
Parce que tu ne pourras jamais t’imaginer l’inconnu
Parce que imaginer veut dire se souvenir
Tu ne te souviendras jamais de l’inconnu
parce que l’inconnu n’a jamais été dans ton âme
il n’a jamais fait partie intégrante du toi
parce que toi tu n’as jamais fait parti de l’inconnu
tu es en dehors de l’inconnu
tu es le temps, pleinement et seulement le temps
et l’inconnu est en dehors du temps, en dehors de toi
sois toi-même, sois le temps
et prends conscience pleinement et videment
qu’il n’y a rien dans le temps, donc en toi,
rien, sauf la vieillesse, les souvenirs et les rêves
et en ce moment viendra le nouveau, le jeune,
l’incomparable, l’inconnu
il viendra sans le vouloir
sans hasard mais en même temps
merveilleusement inopinément

(Edward Stachura)

Illustration: Carlos Schwabe

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Imagine imagine (Bruno Munari)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2022



Illustration: Enzo Arnone
    
imagine imagine
combien de poissons
il y a dans la mer

***

immaginare immaginare
quanti pesci sono nel mare

***

try to imagine
have you a notion
how many fish there are
in the ocean?

(Bruno Munari)

Recueil: Ciccì coccò
Traduction: traduit de l’italien par Annie Pissard Mirabel – Isabel Butter Caleffi anglais
Editions: Maurizio Corraini

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On imagine une comète qui reviendrait (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2022




    
On imagine une comète qui reviendrait
après des siècles du royaume des morts
et, cette nuit, traverserait le nôtre
en y semant les mêmes graines…

(Philippe Jaccottet)

Recueil: L’encre serait de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUAND JE FERME LES YEUX… (Louis Delorme)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021




Quand je ferme les yeux, je crois voir des étoiles
Comme si, dans mon crâne, était un univers,
Ressemblant à celui qui nous est découvert
Quand la nuit chaque soir en déchire les voiles.

A qui notre intellect a-t-il servi de toile
Pour que, dans la pensée, se fasse le transfert ?
Irréel et réel vont souvent de concert,
Nous sommes imprégnés des deux jusqu’à la moelle ;

Tous deux sont bien présents, prompts à nous égarer
Si bien que nous avons du mal à séparer
Quelquefois ce qui est de ce qu’on imagine.

Le monde n’est perçu qu’à travers l’instrument :
Télescope géant ou lunette marine,
Avons-nous bien idée de notre dénuement ?

(Louis Delorme)

Illustration: Josephine Wall

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Machine inutile (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2021



 

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Machine inutile
Il n’y a pas de paradis
Je ne peux entendre la musique de l’être.
Je n’ai reçu le pouvoir de l’imaginer.
Mon amour s’alimente à un non-amour.
Je n’avance qu’attisé par son refus.
Il m’emporte dans ses grands bras de rien.
Son silence me sépare de la vie.

Être sereinement brûlant que j’assiège.
Quand enfin je vais l’atteindre dans les yeux,
sa flamme a déjà creusé les miens, m’a fait des cendres.
Qu’importe après, le murmure misérable du poème.
C’est néant cela, non le paradis.

(André Frénaud)

 

 

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Je ne peux entendre la musique de l’être (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2021



 

Duy Huynh -   (4)

Je ne peux entendre la musique de l’être
Je n’ai reçu le pouvoir de l’imaginer
Mon amour s’alimente à un non-amour
Je n’avance qu’attisé par son refus
Il m’emporte dans ses grands bras de rien
Son silence me sépare de ma vie

(André Frénaud)

Illustration: Duy Huynh

 

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Été avec toi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2021



Été avec toi

L’été nous rassasie d’odeurs
Et de couleurs qui chatoient
Dans l’herbe grasse
Des prairies où se lève
Une aube de lait
Sur la rousseur des bovins
À l’ombre de l’arbre
Qui tressaille sous son écorce

Blanc visage du jour
Le vent dévale la pente
Et notre village jaillit
Dans un cantique de lumière

Le soleil engrosse la terre féconde
De fruits d’oiseaux
De fleurs hautes comme des arbustes
Où la moindre goutte de rosée
Enfante tout un arc-en-ciel

Le vent du large soulève ta robe
Son souffle humide baigne ton corps
Et ton visage rit comme une fleur
Tu prêtes la couleur de tes yeux
À la vague qui s’en empare à jamais
Et tu laisses tes rêves voguer
Au gré des flots vers des îles
Que tu imagines derrière l’horizon

Le soir tombe sur nous comme un caillou.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Gaëlle Boissonnard

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