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Poésie

Posts Tagged ‘imaginer’

Post-scriptum (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Post-scriptum

Dieu qu’elle était fessue la petite serveuse
flattée d’un ceinturon qui lui bridait la taille
marchant à petits pas pour franchir le portail
peinant du poids des yeux sur ses formes pulpeuses.

lorsqu’elle revenait le plateau fier et haut
on attendait déjà l’instant qu’elle se tourne
qu’elle se penche un peu pour souligner ses courbes
et le désir croissait en descendant le dos

le regard s’attachait devinait des promesses
imaginait l’endroit où poser les caresses
se perdait dans l’espoir d’une autre découverte

mais déjà d’un pied ferme elle était repartie
laissant les yeux avides et inassouvis
se heurter à la porte laissée entrouverte

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle
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Il était une fois… (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Il était une fois…

Au tableau noir,
dans l’encrier de mon enfance,
la porte du savoir
s’ouvre à la connaissance.
Monsieur l’Instituteur,
blouse grise,
leçon apprise,
odeur de cire.

Au tableau vert,
grandes vacances de l’été,
goûters brioche et confiture,
Far West et l’aventure.
De l’arc jaillit la flèche.
Sur mon cheval,
je vise un bison blanc
qu’imagine l’enfant.

Au tableau bleu,
dessiner les oiseaux,
les voiles des bateaux,
pour rêver juste un peu.
Offrir au grand voilier
l’océan de papier,
en bouteille à la mer,
un poème … à la craie.

(Jean Moraisin)

Illustration

 

 

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L’azur (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018


L’azur a-t-il été un vrai morceau du temps?
N’ai-je pas imaginé une vacance dans l’opaque?
Etais-tu venue, toi qui t’en es allée?
Ai-je été ce feu qui s’aviva, disparut?

(André Frénaud)

Illustration: Vladimir Kush

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Silence (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Illustration: Carl Schweninger
    
Silence

L’heure coulait comme un ruisseau, vive et divine,
Sous les arbres feuillus où tous deux nous rêvions ;
Et comme font les vrais amants, nous écoutions
Tout ce qui dans nos yeux attendris se devine.

Les mots ne rendent pas tout ce qu’on imagine.
Depuis que l’homme souffre en proie aux passions,
Ils trahissent, les mots ; et nous, qui le savions,
Nous gardions le silence où l’amour grave incline…

Si nous pouvions ainsi, jusqu’au bout du chemin,
Nous dire nos secrets d’un geste de la main,
Nos peines d’un regard, nos bonheurs d’un sourire…

Et nous passer des mots, infidèles, petits,
Qu’on désavoue, à peine aussitôt qu’ils sont dits, –
Comme ceux-là qu’ici, pour vous, je viens d’écrire !

(Albert Lozeau)

 

 

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Une flèche traverse l’univers (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
Une flèche traverse l’univers.
Peu importe qui l’a lancée.
Elle transperce également le fluide et le solide,
le visible et l’invisible.
Tenter de calculer son parcours
reviendrait à imaginer un mur dans le néant.

Flèche depuis l’anonyme vers l’anonyme,
depuis un abîme qui n’est pas une origine
vers un autre abîme qui n’est pas une destinée,
mouvement qui semble n’en être pas un
mais plutôt une extase à chaque instant renouvelée.

Je la trouve en ta main
ou toi en ma pensée.
Je peux la voir entrer dans un nuage,
couper en deux un oiseau,
surgir des fleurs et des pluies,
fendre une cécité,
transpercer les morts.

Peut-être son exemplaire anonymat
nous convoque-t-il à notre propre anonymat,
pour que nous puissions aussi nous libérer
de notre commencement et notre fin.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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La vie, elle ne se passe pas comme tu imagines (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



La vie, elle ne se passe pas comme tu imagines.
Elle va son chemin.
Et toi le tien.
Et ce n’est pas le même chemin.

Alors… Ce n’est pas que je voulais être heureuse, non.
Je voulais… me sauver de tout ça,
voilà : me sauver.
Mais j’ai compris tard de quel côté il fallait aller.

On croit que c’est autre chose qui sauve les gens :
le devoir, l’honnêteté, être bon, être juste.
Non. Ce sont les désirs qui vous sauvent.
Ils sont la seule chose vraie.

Si tu marches avec eux, tu seras sauvée.
Mais je l’ai compris trop tard.
Si tu lui laisses du temps, à la vie,
elle tourne d’une drôle de manière, inexorable:

et tu t’aperçois que là où tu en es maintenant,
tu ne peux pas désirer quelque chose sans te faire du mal.
C’est là que tout se complique,
il n’y a aucun moyen de s’échapper,

plus tu t’agites, plus le filet s’emmêle,
plus tu te rebelles, et plus tu te blesses.
On ne s’en sort plus.

Quand il était trop tard,
c’est là que j’ai commencé à désirer.
De toute la force que j’avais.
Je me suis fait tant de mal,
tu ne peux même pas imaginer.

(Alessandro Baricco)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Un rêve (Salvatore Adamo)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018




    
Un rêve

Un rêve, un rêve,
Un rêve sinon rien
Un rêve qui élève
Qui enivre, qui délivre
Un rêve, pour aller plus loin

Donnez-nous un rêve
Et nous soulèverons le monde
Le rêve d’un rêve
Et nous le chanterons à la ronde

Celui du semeur qui prie pour sa moisson
Ou de l’homme confiant qui construit sa maison
Celui des braves gens qui disent encore bonjour
Et de l’enfant qui rit au bonheur qui l’entoure
Celui de l’ami Pierre, celui de Thérésa
Dans la même bonté Paris et Calcutta
Celui de celles et ceux
Qui cherchent et cherchent encore
Pour rallumer des vies

En réparant les corps

Et celui de John
Si bien imaginé
Celui que personne
N’a encore exaucé

Un rêve, le rêve de ne pas tout gâcher
Le rêve de n’pas tout fiche en l’air
Pour ne pas que la terre redevienne un désert
Sans rêve et sans lumière

Donnez-nous un rêve
Et nous soulèverons le monde
Le rêve d’un rêve
Et nous le chanterons à la ronde

Celui des marins qui ont vaincu leurs peurs
Qui ont défié la mer l’immensité au coeur
Les premiers fous volants,
Ces fiers enfants d’Icare
Jubilants en suspens
Entre le vide et l’histoire

Et celui de tous ceux
Qui inventent du soleil
D’une couleur, d’une note,
D’une image ou d’un mot
Artistes et magiciens
Qui entrouvrent le ciel
Frissons d’éternité
Si chers à Cyrano

Un rêve d’amour
Et de fraternité
Plus fort que les discours
Et les mots frelatés
Celui de Martin,
Celui de Nelson
La couleur de leur peau
Portée comme une couronne

Et celui de John
Si bien imaginé
Celui que personne
N’a encore exaucé

Le rêve, le rêve… La paix

(Salvatore Adamo)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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La pensée pense (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Auguste Rodin
    
La pensée pense.
Elle ne fait rien de plus quoi qu’on imagine.
Elle ne pénètre pas le réel. Simplement, elle le pense.
Comme d’autres modes d’approche le racontent,
lui font écho sur la toile ou le calculent…

(Roger Munier)

 

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En attendant une femme près d’une statue de femme (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2018



En attendant une femme près d’une statue de femme

Je rêve d’une femme, ah, qu’elle est sensuelle!
Brûlantes, ses si belles mains
Labourent mes cheveux et me soudent contre elle.

Femme à la peau qui luit dans le jour en déclin
Comme cette autre: la statue,
Que la lune salue de son rayon si fin.

Sa lèvre veut s’offrir comme celle, ingénue,
De pierre… offrant à la lueur,
A la lune en émoi, sa belle forme nue.

Sainte et lointaine femme au baiser enchanteur!
Sainte bouche enflammant ma bouche
Et s’y collant comme une pieuvre avec fureur!

Son parfum flotte, épais, m’étouffe sur sa couche,
Et mon cœur tremble en l’adorant
Tel un palmier haut et touffu que le vent touche.

Je montre la statue. Elle se met devant.
0 toi, statue incandescente,
Tu changerais la lune en un baiser fervent.

Près de toi, j’imagine une femme vivante.
Que la statue est froide! Oui, mais…
Ses seins luisants et fiers, dans ma bouche béante…

Amplement, je les mets.

(Attila Jozsef)


Illustration

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La jeune fille aux yeux de fête (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



>La porte révèle au matin
les fatigues du chemin

Les sentiers de montagne
Mulets de la mémoire

Les prunelles dénouent la chevelure geste
audacieux des cils dont le dessein est
funeste le destin intérieur

Tirez le regard bateliers
de la feuille aux racines

Les nuages demeurent
quand les cieux perdus meurent

Projetée Toute distance est annulée La pierre
prépare son recours en grâce

La lumière a livré son secret La
nuit est une nouvelle chance

L’objet porte en lui la trace
des longues griffes de l’œil
Le paysage ému se venge

Blanc pour prouver
écran lavé

Œil pour boutonner
Œil pour échanger
Œil pour répandre amasser
dénombrer étiqueter unir
exaucer

Œil des deux rives

Médaillons imités
La palme décernée
dans l’intimité

La parole est un œil
Le silence l’épie

Les jambes de l’œil pour marcher
L’épaule de l’œil pour dormir

Et les mains
imaginent

Si belle debout
Le secret gardé

(Edmond Jabès)

Illustration: Pascal Renoux

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