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Poésie

Posts Tagged ‘imaginer’

LE feuillage s’écarte (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Incipit Liber Veneris Cæcorum

LE feuillage s’écarte en des plis de rideaux
Devant la Vénus des Aveugles, noire
Sous la majesté de ses noirs bandeaux.
Le temple a des murs d’ébène et d’ivoire
Et le sanctuaire est la nuit des nuits.
Il n’est plus d’odeurs, il n’est plus de bruits
Autour de cet autel dans la nuit la plus noire.

Nul n’ose imaginer le visage inconnu.
La Déesse règne en l’ombre éternelle
Où les murs sont nus, où l’autel est nu,
Où rien de vivant ne s’approche d’Elle.
Dans un temple vaste autant que les cieux
La Déesse Noire, interdite aux yeux,
Se retire et se plaît dans la nuit éternelle.

Les Aveugles se sont traînés à ses genoux
Pourtant, et, levant leur paupière rouge,
Semblent adorer un dieu sans courroux,
Et nul ne gémit et nulle ne bouge,
Mais, dans cette extase où meurt le désir,
Où la main se tend et n’ose saisir,
Une larme a coulé sous la paupière rouge.

(Renée Vivien)

Illustration

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L’heure de l’enfant (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018


Au milieu du clocher la grand poule a pondu
un gros oeuf qui marque les heures.
Le soleil se pose sur lui à midi pour le remonter.
Le matin, le soir le couvent, chacun à tour de rôle.

La lune, la nuit, l’endort pour qu’il se repose,
mais il continue sa besogne en rêvant.
Et à l’aube un petit coq en sort, qui chante,
qui saute, se perche vite sur le paratonnerre.
Les cloches sonnent pour le distraire ou le consoler.
Voilà mon pays où le temps se forme comme il faut
pour que je désire t’y voir naître et imaginer.

(André Frénaud)


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LES AMANTS (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



LES AMANTS

Chaque matin, le nu de 7H01 traverse le couloir.
Lui, de la cuisine, tourne les yeux
afin de saisir au vol cet éclair.
Le prodige accompli, les empreintes
s’évaporant sur le carrelage, il boit son café
et n’a aucun mal
à imaginer Sisyphe heureux.

(Gérard Noiret)

Illustration: Camille Hilaire

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Amour (Jacqueline Astégiano)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



Amour

S’il me suffit d’entendre ces mots
Perroquet rose et oiseau-lyre
Pour imaginer l’Australie
Pourquoi
Ne me parlez-vous jamais d’amour?

(Jacqueline Astégiano)


Illustration: Fabienne Contat

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J’ai voulu modifier le temps (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Illustration: Gilbert Garcin
    
— J’ai voulu modifier le temps,
brouiller les heures et les jours,
me souvenir des lendemains,
imaginer de possibles passés,
donner à chaque instant présent
l’imprécision de l’instant vécu,
l’attrait trouble de l’instant à vivre,

J’ai voulu modifier l’espace,
donner au lieu où je vis
la forme d’un lieu d’ailleurs,
confondre les éléments communs
à tous les paysages connus,
définir le lieu où je vis
ni par son nom ni par son histoire,
mais par le ciel, le vent, le froid,
la chaleur, la vallée, le fleuve,
la montagne, le rivage, la mer ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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La bougie (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



La bougie

Sur une petite table ronde, à côté de mon lit,
Ma Grand-mère posa une bougie.
Trois baisers elle me donna,
Les appelant trois rêves,
Et me borda comme j’aimais être bordée.
Puis elle quitta la chambre et referma la porte.
Je ne bougeai pas, attendant que mes trois rêves parlent,
Mais ils restèrent silencieux.
Soudain je me rappelai lui avoir rendu ses trois baisers.
Peut-être par mégarde lui avais-je donné mes rêves…
Je m’assis toute droite dans le lit.
La chambre s’agrandit, devint plus vaste qu’une église;
L’armoire à elle seule était plus haute qu’une maison
Et la cruche sur le lavabo m’adressa un sourire:
Un sourire peu amical.
Je regardai la chaise d’osier sur laquelle
Mes vêtements reposaient pliés.
Elle craqua comme si elle se tenait aux aguets.
Peut-être allait-elle s’animer, s’habiller de mes vêtements.
Mais le pire c’était la fenêtre:
Impossible d’imaginer ce qu’il y avait dehors.
Pas d’arbre en vue, de cela j’étais sûre,
Pas de plante familière ni d’allée de gravier rassurante.
Pourquoi baissait-on le store chaque nuit?
Il fallait que je sache.
Serrant les dents, je sortis du lit;
A travers une fente du store je jetai un coup d’oeil:
Il n’y avait rien à voir
Que des centaines de bougies clignotant dans le ciel
A la mémoire d’enfants apeurés.
Je me recouchai.
C’est alors que les trois rêves se mirent à chanter.

***

The candle

By my bed, on a little round table
The Grandmother placed a candle.
She gave me three kisses telling me they were three dreams
And tucked me in just where I loved being tucked.
Then she went out of the room and the door was shut.
I lay still, waiting for my three dreams to talk ;
But they were silent.
Suddenly I remembered giving her three kisses back.
Perhaps, by mistake, I had given my three little dreams.
I sat up in bed.
The room grew big, oh, bigger far than a church.
The wardrobe, quite by itself, as big as a house.
And the jug on the washstand smiled at me:
It was not a friendly smile.
I looked at the basket-chair where my clothes lay folded:
The chair gave a creak as though it were listening for something
Perhaps it was coming alive and going to dress in my clothes.
But the awful thing was the window :
I could not think what was outside.
No tree to be seen, I was sure,
No nice little plant or friendly pebbly path.
Why did she pull the blind down every night?
It was better to know.
I crunched my teeth and crept out of bed,
I peeped through a slit of the blind.
There was nothing at all to be seen.
But hundreds of friendly candles all over the sky
In remembrance of frightened children.
I went back to bed…
The three dreams started singing a little song.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Christine Pultz

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Des mots d’amour (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



    
Des mots d’amour

Des mots d’amour jamais plus la musique
je n’entendrai. J’aurai peur du silence
moi qui l’aimais ! Je chuchote parfois
pour simuler la parole d’un autre,
je parle seul pour tenter d’être deux.

Le mur est nu. J’y regarde mon ombre.
Merci, mon ombre, aimable compagnie !
et vous mémoire, apportez-moi l’aubaine
d’un souvenir, et je rêve ma vie,
tout ce passé que futur j’imagine.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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N’imaginez (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Illustration: Hans Memling
    
N’imaginez

N’imaginez la musique des anges
immatérielle, avec des sons si purs
qu’aucun humain ne pourrait les entendre.

Ce long silence au port des solitudes,
c’est la musique en nous qui nous écoute
et nous jouons pour elle malgré nous.

La nuit du coeur peut s’étendre, il nous reste
cette harmonie où nous sommes le chant
lorsque la voix des anges nous recueille.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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L’homme est capable (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
L’homme est capable de faire
ce qu’il est incapable d’imaginer.

Sa tête sillonne
la galaxie de l’absurde.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sérénité (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2017



Sérénité

Chaque matin, le nu de 7h01 file par le couloir.
Lui, dans la cuisine, tourne les yeux
afin de saisir au vol ce prodige. L’éclair passé,
les empreintes s’évaporent sur le carrelage,
il boit son café et n’a aucun mal
à imaginer Sisyphe heureux.

(Gérard Noiret)


Illustration: René Magritte

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