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Poésie

Posts Tagged ‘imaginer’

La femme qui tremble (Siri Hustvedt)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



Alice Pike Barney 29764

La femme qui tremble

[…]
Le moi est plus vaste que le narrateur qui dit Je.
Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même,
s’étend un vaste océan d’inconscient
— fait de ce que nous ne savons pas ou que nous avons oublié.
Une vérité étonnante faite de brume et de brouillard
et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve —
une vérité qui ne peut être tenue dans mes mains,
car elle est toujours en train de s’envoler et de s’échapper,
et je ne peux pas dire si c’est quelque chose ou rien.
Je la poursuis avec des mots.
Même si elle ne peut être capturée.
Et parfois, de temps en temps,
j’imagine que je m’en suis approchée.
[…]

(Siri Hustvedt)

Illustration: Alice Pike Barney

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FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Inspiré ne pense pas (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Willy Verginer 50x339

Inspiré ne pense pas.
La pureté de la ligne
un Dieu pour toi l’imagine.
Disponible, revois-la :
tout commence par finir,
les gens d’hier sont heureux,
à ton mouchoir fais un noeud,
en poche serre le bien
et puis fais semblant de rien,
mais n’oublie pas de mourir.

(Georges Libbrecht)

Illustration: Willy Verginer

 

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Une chose coulant d’une autre (Geoffrey Squires)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




    
Une chose coulant d’une autre

vers où un endroit que l’on imagine
cela restera
finalement s’y arrêtera
une espèce de destination

au-delà de laquelle on ne va pas
ou ne peut aller ou n’a pas besoin d’aller

***

One thing flowing from another

to where in some place one imagines
it will stay
come to rest finally
some kind of destination

beyond which one does not go
or cannot go or has no need to go

(Geoffrey Squires)

 

Recueil: SANS TITRE
Traduction: François Heusbourg
Editions: Unes

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Souvenir (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019




Souvenir

Tu m’as inventée. Celle que tu imagines
N’existe pas, ne peut exister nulle part.
Chez les médecins, pas de remède ; pas de réconfort
chez les poètes.
Cette ombre, ce fantôme jour et nuit te persécute.

Notre rencontre eut lieu en une année invraisemblable.
Les forces du monde étaient à bout.
Tout portait le deuil. Tout déclinait, malade.
Rien de nouveau, sinon des tombes.

Plus de lumière. Flots de la Néva, noirs comme du goudron.
Nuit, tout autour, compacte, comme un mur.
C’est alors que ta voix m’a défiée.
Ce que je faisais, je ne le comprenais pas encore.

Tu es venu vers moi, comme conduit par une étoile,
Tu foulais aux pieds l’automne tragique,
Tu es entré dans la maison à jamais déserte,
D’où avait fui le vol des poèmes brûlés.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes (Pascal)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Valérie Barcelo  les enchaines [800x600]

Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes,
et tous condamnés à la mort,
dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres,
ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables,
et, se regardant les uns les autres avec douleur et sans espérance,
attendent à leur tour.

C’est l’image de la condition des hommes

(Pascal)

Illustration: Valérie Barcelo  

 

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Dites (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Dites que je dois reconnaître
Avoir imaginé l’amour
Où n’était nul amour,
Dites que tout est un rêve
Dont l’espace court
Contient l’enfant, la femme, la tombe
Où gît mon amour :
Ce rêve est tout ce que je suis.

***

Say I must recognize
I but imagined love
Where no love was,
Say all is a dream
In whose brief span
Childhood, womanhood, the grave
Where my love lies:
That dream is all I am.

(Kathleen Raine)

 

 

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Imagine un épi (Jean-Claude Izzo)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



 

Imagine
un épi
de silence.

(Jean-Claude Izzo)

Illustration

 

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Imagine, imagine! (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2018



 

nuage

Imagine, imagine!

Si tu ne pouvais plus répondre
au téléphone et dire « allôô »,
si tu n’allais plus dîner
obéissant docile au schéma…
Imagine, imagine! Pourrais-tu l’imaginer?

(Patrizia Cavalli)

 

 

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Quelle horreur (Patrizia Cavalli)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Quelle horreur d’imaginer deux corps
qui font l’amour en proie au besoin
que quelque chose se passe
s’accomplisse et puis effilochés
par une satisfaction se recomposent
dans leur apparence.
Je préfère ce mètre de distance
où je voyais l’éternelle mer nuiteuse
calme silencieuse.

(Patrizia Cavalli)

 

 

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