Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘imaginer’

Proverbes de l’Enfer (3) (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
Proverbes de l’Enfer (3)

Les Prisons sont bâties avec les pierres de la Loi,
les Bordels, avec les briques de la Religion.

L’orgueil du paon est la gloire de Dieu.

La lubricité du bouc est la munificence de Dieu.

La colère du lion est la sagesse de Dieu.

La nudité de la femme est le travail de Dieu.

L’excès de douleur rit, l’excès de joie pleure.

Le rugissement des lions, le hurlement des loups,
les fureurs de la mer démontée sont des morceaux d’éternité
trop grands pour l’oeil de l’homme.

Le renard accuse la trappe et non lui-même.

Les joies fécondent. Les douleurs enfantent.

Que l’homme revête la peau du lion, la femme,
la toison de la brebis.

Le nid à l’oiseau, la toile à l’araignée, à l’homme l’amitié.

Le sot égoïste et souriant et le sot sombre et soucieux
seront l’un et l’autre tenus pour sages,
afin qu’ils puissent servir à notre punition.

Ce qui est maintenant prouvé, ne fut autrefois qu’imaginé.

Le rat, la souris, le renard, le lapin regardent les racines ;
le lion, le tigre, le cheval, l’éléphant regardent les fruits.

La citerne contient ; la fontaine déborde.

Une seule pensée emplit l’immensité.

Sois toujours prêt à dire ta pensée, l’homme servile t’évitera.

Tout ce qu’il est possible de croire est l’image de la vérité.

L’aigle jamais ne perdit plus de temps
qu’à suivre les leçons de la corneille.

***

Prisons are built with stones of Law, Brothels with bricks of Religion.
The pride of the peacock is the glory of God.
The lust of the goat is the bounty of God.
The wrath of the lion is the wisdom of God.
The nakedness of woman is the work of God.
Excess of sorrow laughs. Excess of joy weeps.
The roaring of lions, the howling of wolves, the raging of the stormy sea, and the destructive sword, are portions of eternity too great for the eye of man.
The fox condemns the trap, not himself.
Joys impregnate. Sorrows bring forth.
Let man wear the fell of the lion. woman the fleece of the sheep.
The bird a nest, the spider a web, man friendship.
The selfish smiling fool, & the sullen frowning fool shall be both thought wise, that they may be a rod.
What is now proved was once only imagin’d.
The rat, the mouse, the fox, the rabbet; watch the roots; the lion, the tyger, the horse, the elephant, watch the fruits.
The cistern contains: the fountain overflows.
One thought fills immensity.
Always be ready to speak your mind, and a base man will avoid you.
Every thing possible to be believ’d is an image of truth.
The eagle never lost so much time, as when he submitted to learn of the crow.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana
Publicités

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Absence (Roger Giroux)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



J’étais l’objet d’une question qui ne m’appartenait.
Elle était là, ne se posait,
m’appelait par mon nom, doucement,
pour ne pas m’apeurer.
Mais le bruit de sa voix,
je n’avais rien pour en garder la trace.
Aussi je la nommais absence,
et j’imaginais que ma bouche (ou mes mains) allait saigner.
Mes mains demeuraient nettes.
Ma bouche était un caillou rond sur une dune de sable fin:
pas un vent,

mais l’odeur de la mer qui se mêlait aux pins.

(Roger Giroux)


Illustration: Odilon Redon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si nous imaginons (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018


 



    
Si nous imaginons que quelqu’un aime, ou désire, ou hait quelque chose que nous aimons, désirons ou haïssons,
par là même nous aimerons, etc., cette chose avec plus de constance.

Mais si nous imaginons qu’il a de l’aversion pour ce que nous aimons, ou inverse,
alors nous éprouverons un flottement dans l’âme.

(Baruch Spinoza)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je suis rêveuse et fragile … (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018




    
Je suis rêveuse et fragile …

1
En effeuillant au soleil couchant
Une fleur des champs
La blanche marguerite
J’imagine un pompier pas méchant
Ou d’un soldat dans sa guérite
Nous irions dans un beau jardin
Comme un prince avec sa princesse
Et de minuit jusqu’au matin
Nous serions tout miel et caresse.

Refrain

Je suis rêveuse et fragile
La brutalité
Me blesse et me tourne la bile
La douceur c’est ma qualité
J’aime les fleurs et les mots tendres
Et les songes bleus
Parfois je sens mon cœur se fendre
En guettant un amoureux.

2
Je suis pareille aux sveltes iris
Pareille au grand lys
Pareille aux fraises mûres
Mon coeur est doux d’esprit délicat
Je suis une faible nature
L’amour trouble mon estomac
Mais quand je rêve aux aventures
Ma chair frémit, j’en suis gaga
Faut prendre ma température.

3
Hélas hélas j’ai ce soir cent ans
Un rêve épatant
Me semble aujourd’hui fade
Je veux quelqu’un vivant pour coucher
Je voudrais le marquis de Sade
Ou bien un gros garçon boucher
Et qu’il me mette en marmelade
Qui m’étreigne et fasse loucher
Et que je ne sois plus en rade.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Post-scriptum (Patrick Le Divenah)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
Post-scriptum

Dieu qu’elle était fessue la petite serveuse
flattée d’un ceinturon qui lui bridait la taille
marchant à petits pas pour franchir le portail
peinant du poids des yeux sur ses formes pulpeuses.

lorsqu’elle revenait le plateau fier et haut
on attendait déjà l’instant qu’elle se tourne
qu’elle se penche un peu pour souligner ses courbes
et le désir croissait en descendant le dos

le regard s’attachait devinait des promesses
imaginait l’endroit où poser les caresses
se perdait dans l’espoir d’une autre découverte

mais déjà d’un pied ferme elle était repartie
laissant les yeux avides et inassouvis
se heurter à la porte laissée entrouverte

(Patrick Le Divenah)

 

Recueil: Blasons du corps féminin
Traduction:
Editions: L’Échappée Belle

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il était une fois… (Jean Moraisin)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



Il était une fois…

Au tableau noir,
dans l’encrier de mon enfance,
la porte du savoir
s’ouvre à la connaissance.
Monsieur l’Instituteur,
blouse grise,
leçon apprise,
odeur de cire.

Au tableau vert,
grandes vacances de l’été,
goûters brioche et confiture,
Far West et l’aventure.
De l’arc jaillit la flèche.
Sur mon cheval,
je vise un bison blanc
qu’imagine l’enfant.

Au tableau bleu,
dessiner les oiseaux,
les voiles des bateaux,
pour rêver juste un peu.
Offrir au grand voilier
l’océan de papier,
en bouteille à la mer,
un poème … à la craie.

(Jean Moraisin)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

L’azur (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018


L’azur a-t-il été un vrai morceau du temps?
N’ai-je pas imaginé une vacance dans l’opaque?
Etais-tu venue, toi qui t’en es allée?
Ai-je été ce feu qui s’aviva, disparut?

(André Frénaud)

Illustration: Vladimir Kush

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Silence (Albert Lozeau)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Illustration: Carl Schweninger
    
Silence

L’heure coulait comme un ruisseau, vive et divine,
Sous les arbres feuillus où tous deux nous rêvions ;
Et comme font les vrais amants, nous écoutions
Tout ce qui dans nos yeux attendris se devine.

Les mots ne rendent pas tout ce qu’on imagine.
Depuis que l’homme souffre en proie aux passions,
Ils trahissent, les mots ; et nous, qui le savions,
Nous gardions le silence où l’amour grave incline…

Si nous pouvions ainsi, jusqu’au bout du chemin,
Nous dire nos secrets d’un geste de la main,
Nos peines d’un regard, nos bonheurs d’un sourire…

Et nous passer des mots, infidèles, petits,
Qu’on désavoue, à peine aussitôt qu’ils sont dits, –
Comme ceux-là qu’ici, pour vous, je viens d’écrire !

(Albert Lozeau)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une flèche traverse l’univers (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018



Illustration: Vladimir Kush
    
Une flèche traverse l’univers.
Peu importe qui l’a lancée.
Elle transperce également le fluide et le solide,
le visible et l’invisible.
Tenter de calculer son parcours
reviendrait à imaginer un mur dans le néant.

Flèche depuis l’anonyme vers l’anonyme,
depuis un abîme qui n’est pas une origine
vers un autre abîme qui n’est pas une destinée,
mouvement qui semble n’en être pas un
mais plutôt une extase à chaque instant renouvelée.

Je la trouve en ta main
ou toi en ma pensée.
Je peux la voir entrer dans un nuage,
couper en deux un oiseau,
surgir des fleurs et des pluies,
fendre une cécité,
transpercer les morts.

Peut-être son exemplaire anonymat
nous convoque-t-il à notre propre anonymat,
pour que nous puissions aussi nous libérer
de notre commencement et notre fin.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La vie, elle ne se passe pas comme tu imagines (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



La vie, elle ne se passe pas comme tu imagines.
Elle va son chemin.
Et toi le tien.
Et ce n’est pas le même chemin.

Alors… Ce n’est pas que je voulais être heureuse, non.
Je voulais… me sauver de tout ça,
voilà : me sauver.
Mais j’ai compris tard de quel côté il fallait aller.

On croit que c’est autre chose qui sauve les gens :
le devoir, l’honnêteté, être bon, être juste.
Non. Ce sont les désirs qui vous sauvent.
Ils sont la seule chose vraie.

Si tu marches avec eux, tu seras sauvée.
Mais je l’ai compris trop tard.
Si tu lui laisses du temps, à la vie,
elle tourne d’une drôle de manière, inexorable:

et tu t’aperçois que là où tu en es maintenant,
tu ne peux pas désirer quelque chose sans te faire du mal.
C’est là que tout se complique,
il n’y a aucun moyen de s’échapper,

plus tu t’agites, plus le filet s’emmêle,
plus tu te rebelles, et plus tu te blesses.
On ne s’en sort plus.

Quand il était trop tard,
c’est là que j’ai commencé à désirer.
De toute la force que j’avais.
Je me suis fait tant de mal,
tu ne peux même pas imaginer.

(Alessandro Baricco)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :