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LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2021




    
LE JOUR DE L’ANNONCIATION A PASSÉ

À vue de corbeau
le quartier est d’un blanc indécent
à la fin de juin.
Une femme arrose les fleurs et regarde
de loin les reflets noirs et aveuglants
de l’oiseau dans la cage
qu’un enfant accroche sur le balcon d’en face.
Un jour l’enfant va oublier
de fermer la porte de la cage.
Un jour la femme va traverser
l’unique mur de verre de sa boîte en béton
et ils vont se rencontrer dans l’infini
de cinq mètres entre les immeubles :
quand quelqu’un se jette dans le vide
Dieu construit un pont pour lui,
lance une échelle
ou bien lui envoie un oiseau.

Mais peut-on sortir d’un paysage
gravé dans l’œil
d’un corbeau empaillé ?

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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HORAIRE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



 


    
HORAIRE

Le vent, dans les gares de province, fait un bruit semblable à celui que j’entendais enfant.

Ce vent ne ressemble à rien
de ce qui m’environne : la ville, des rues, des immeubles, images fugitives du vide.

Cependant, je m’arrête par instants pour mieux me souvenir de ce bruit qui a disparu.

Au loin, un bout de fleuve m’emmène de l’autre côté, où le vent souffle comme toujours.

Je sors de l’ombre pour marcher sur le quai que le soleil de l’après-midi rend insupportable, bien que je n’aille nulle part.

Le vent, parfois, se limite à dire que le terminus peut être une gare de passage.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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DAME EN NOIR (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Marilyne Bertoncini
    

DAME EN NOIR

Maigres oignons
offerts à personne

Hospitalité précaire d’un coin d’immeuble
et dallage aseptisé
pour inhumanité urbaine à l’œuvre

Vertige que cette solitude

Petite dame
en noir
vieillie courbée

Courbée
de tant d’années
à préserver sa dignité.

(Françoise Coulmin)

 

Recueil: DE QUOI SE SOUVENIR ?
VAGABONDAGES dans BUCAREST À l’occasion du FESTIVAL INTERNATIONAL DE POÉSIE mai 2019
Traduction:
Editions:

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Je ne sais pas où finit La rue de Lagny (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Je ne sais pas où finit
La rue de Lagny

Elle jaillit d’un coup
Boulevard de Charonne
Et suit son cours
Sans méandres
Canal domestique

Se goinfre de carbone
En sautant le périph

Et va partager ses eaux
Entre Saint-Mandé
Rive droite
Et Montreuil
Rive gauche

Tour à tour elle irrigue
Des immeubles morts
Machines à mouliner
Le fric
Des bâtisses à habiter
En batterie
Des pavillons de banlieue

Avec arbre
Derrière leurs remparts

Je tourne
Dans la rue Robespierre

Aujourd’hui encore
Je ne saurai où finit
La rue de Lagny

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Avenue Léon Gaumont (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2019




    
Avenue Léon Gaumont

Le périph gémit

Sur la face glacée des immeubles
Les vitres ont confisqué
Le ciel

Les gens vont et viennent
Enveloppes vides
Remuant la poussière

Un petit vent en maraude
Me balaie

Je vais tenter de vivre

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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SOIR D’HIVER (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



 

SOIR D’HIVER

Les immeubles, le soir, font danser leurs carreaux
Dans des liqueurs d’orange où flottent des pépites
D’or et d’argent fondus en sanglots minéraux
Et changent le ciel noir en flocons qui palpitent.

Les gens emmitouflés, délivrés des bureaux,
Soufflant des halos blancs de froid, se précipitent
Vers les reflux venteux des bouches de métro
Et leurs pas sur l’asphalte, en cascade, crépitent.

Riant au ciel, plusieurs guirlandes vermillon
Ordonnent d’être heureux ce soir de réveillon :
Noël revient, avec ses douceurs de châtaignes.

Personne ne m’attend : mes souvenirs épars
Bercent des bonheurs morts ; vers le fleuve je pars
Marcher, jusqu’à l’heure où les lumières s’éteignent.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

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Dans les carrés de lumière (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration: Anne-Laure Maison
    
Dans les carrés de lumière
que les fenêtres des immeubles
découpent sur la nuit
se démultiplient les silhouettes
d’un petit théâtre d’ombre
jouant les scènes triviales
de la si fascinante
vie des autres

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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LES DIMENSIONS DU JOUR (VI) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017




    
LES DIMENSIONS DU JOUR (VI)

Le soleil avant de se coucher dans les carreaux
atteint sur la table la lame d’un couteau.
Les autres objets sont là, autour de lui,
à attendre la lueur qui va les faire respirer.

Le soleil se retire des champs
après avoir brisé ses lampes dans les ruisseaux.
Pour les garder longtemps au-dessus du monde
les immeubles se font hauts comme des falaises.

C’est l’heure où l’on marche sur la terre
comme sur une passerelle,
où sans te reconnaître tu te regardes dans les vitrines
que rien ne peut tout à fait éteindre.

C’est l’heure où les pierres s’endorment au fond des vallées
tranquilles comme des bateaux amarrés,
où je peux fermer les yeux jusqu’au matin
sans qu’en moi l’ombre monte autour de ton souvenir.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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La blanchisserie (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2017



La blanchisserie

Les inquisiteurs sont parmi nous.
Ils vivent dans les sous-sols des grands immeubles.
Et seule l’inscription BLANCHISSERIE trahit leur présence.
Des tables aux muscles marron bandés,
de puissants rouleaux qui écrasent lentement mais précisément,
une impitoyable courroie d’entraînement nous y attendent.
Les draps qu’on emporte de la blanchisserie
sont comme les corps exsangues des sorcières et des hérétiques.

(Zbigniew Herbert)

 

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Châtaigniers (Lawrence Sail)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2016


Le fait de ne pas nommer l’objet, mais de présenter
Les châtaigniers, peut éventuellement devenir
Un hommage aux quiddités simples des choses –
Par exemple, de quelle manière sur l’herbe trempée d’octobre
Ils reposent, ébrasés, leur tête de massue verte et piquante toute
Explosée pour laisser voir un intérieur velouté
Pas tout à fait jaune, pas tout à fait blanc ni gris:
Et, étrangement carrés, les immeubles de fruits bruns,
Les trois ou quatre qui se tiennent au milieu,
Plus ou moins emboîtés, faciles à déloger.

Il vient le sentiment que quelque chose de secret est montré,
Qu’on révèle un lieu tendre au toucher,
Une indication offerte de ce qui est interdit
A l’objet sa solitude, son indépendance.
Par-dessus le fruit tombé, l’arbre qui enfle;
En dessous, le milieu tordu des racines.
A l’intérieur de l’objet, sans nom, le sujet caché,
Son absence qui vous revient aussi naturellement
Que le cœur bondit en entendant le nom de son amour.

(Lawrence Sail)

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