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Poésie

Posts Tagged ‘immolé’

Les espaces du sommeil (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



 

Les espaces du sommeil

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles
du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s’y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.

Dans la nuit il y a le pas du promeneur
et celui de l’assassin et celui du sergent de ville
et la lumière du réverbère
et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.

Dans la nuit passent les trains et les bateaux
et le mirage des pays où il fait jour.
Les derniers souffles du crépuscule
et les premiers frissons de l’aube.
Il y a toi.

Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Un horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a vous, vous que j’attends.

Parfois d’étranges figures naissent
à l’instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux,
des floraisons phosphorescentes apparaissent
et se fanent et renaissent comme des feux d’artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Il y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.

Et l’âme palpable de l’étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles
et le chant du coq d’il y a 2000 ans
et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.

Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde
et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas,
que je connais au contraire.

Mais qui, présents dans mes rêves,
Obstinés à s’y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable
dans la réalité et dans le rêve.

Toi qui m’appartiens de par ma volonté
de te posséder en illusion
mais qui n’approches ton visage du mien
que mes yeux clos aussi bien au rêve qu’à la réalité.

Toi qu’en dépit d’un rhétorique facile
où le flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines en ruines,
où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.

Toi qui es à la base de mes rêves
et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses
et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles
et le mouvement ténébreux de la mer,
des fleuves, des forêts, des villes, des herbes,
des poumons de millions et millions d’êtres.

Dans la nuit il y a les merveilles du mondes.
Dans la nuit il n’y a pas d’anges gardiens
mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi

Dans le jour aussi.
(Robert Desnos)

Illustration: Jean Libon

Découvert ici: http://www.ville-maurecourt.fr/evenement/printemps-des-poetes-2016-a-la-mda

Merci pour la belle soirée du 20/05/2016 : lecture et chants de textes de Robert Desnos par

L’atelier d’écriture Gaz à tous les étages et les jadilleurs 

 


 

 

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Que l’eau tombe goutte à goutte (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



Que l’eau tombe goutte à goutte
Dans les paumes de la nuit,
Et nous disons : Solitude,
Remords, Enfance immolée,
Quand c’est en langage d’eau
Des choses d’eau qui se disent,
Des choses d’eau qui se font.

(Jean Rousselot)

 

 

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Pour mon Bien-Aimé (Younous Emré)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017



Illustration: Le Bernin
    
Pour mon Bien-Aimé je n’aurai plus d’âme
– seulement mon amour –
plus d’âme, plus de raison,
mais l’ivresse de mon seul amour.

Je dois, dans mon voyage,
traverser l’univers et franchir l’espace.
Je ne suis qu’un atome,
mais un atome échappé au Trésor.

Je vais.
Chaque pas me rapproche de lui.
Je vais.
Je cours vers lui, le Bien-Aimé.
Quand je le verrai,
quel poids pèsera l’humaine renommée ?
Je suis l’immolé de la cité d’amour.

Younous, donne ton âme en holocauste à l’Ami,
et puisses-tu, du secret,
transmettre l’évidence.

(Younous Emré)

 

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Je te dirai ma chambre (Kettly Mars)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2016



Je te dirai ma chambre

Je te dirai ma chambre,
mon nom d’herbe et de paille,
le poids de mes cheveux sur l’oreiller,
la brise entre les mailles du rideau.

Je t’offrirai la coupe de mes mains
pour que tu boives le lait de l’été.
Je te dirai la naissance du verbe
dans l’impatience des draps.

Je te dirai aussi mon lit
où se consume sans trêve le poème,
la nuque des draps immolés,
la chair des mots, leur lutte
pour mêler sang et chanson.

J’entre dans cette chambre
comme on va au bûcher,
je fonds dans sa fiévreuse blessure,
j’existe par sa lumière suspendue
au plafond qui se dérobe.

(Kettly Mars)

Illustration: Pascal Renoux

 

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