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Poésie

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S’endormir (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: F.A. Moore
    
S’endormir

L’homme qui s’endort, s’abandonne, se fie à quelque chose;
se remet aux choses, et à son corps, première chose ;
s’adapte en dedans,
s’adapte à n’être pas et,
comme il s’adaptait à être,
à se séparer.

Le voici qui s’assimile à ce qui existe de plus stable,
au plus petit potentiel compatible avec la vie,
— à l’état où on ne soit pas encore;
renonce à ce qui est à quelque distance ;
se retire, obéit;
immole le réel, devient tout réel,
consent à n’être que soi-même ;

change d’espèce.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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TA SEULE VIE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Elihu Vedder  Memory

TA SEULE VIE

Un jour tu vins au monde…

Sais-tu par quel hasard quels assemblages
quelle alchimie quels détours
se risquait ta venue ?

Sais-tu quels croisements de siècles d’ancêtres
d’histoires de lieux
convergeaient vers ton être ?

Au coeur de quelles métamorphoses quelles lois
quelles transcriptions quelles esquives
se déchiffrait ton signe ?

Par quel absurde devenu possible
s’agença ton projet ?

Par quelles absences quelles confluences
cheminait l’option ?

Sais-tu par quelle fissure
quel voisinage quel rythme

par quel renfort de noces
de morts et d’autres vies
se délivrait ta vie ?

Venu de si loin de tellement loin, mon frère
maraudant dans les fourrés de l’espace
franchissant les soubresauts
traversant les pesanteurs
Voilà que tu survins !…

Voilà qu’on te livra ta seule vie, mon frère,
Et que tu l’immolas avant qu’elle ne prît fin !

(Andrée Chedid)

Illustration: Elihu Vedder

 

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La Satyresse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



La Satyresse

O Vierges qui goûtez la fraîcheur des fontaines,
Etres de solitude avides d’infini,
Fuyez la Satyresse aux prunelles hautaines,
Au regard que l’éclat du soleil a terni.
Sa fauve chevelure est semblable aux crinières
Et son pas est le pas nocturne des lions.
Sa couche a le parfum du thym et des bruyères.
Elle veut l’heure intense où sombrent les rayons :
C’est l’heure qu’elle attend pour emporter sa proie,
Les seins inviolés, les fronts et les yeux purs,
Qu’elle aime et qu’elle immole à l’excès de sa joie,
Qu’elle imprègne à jamais de ses désirs obscurs.
Son passage flétrit la fraîcheur des fontaines,
Son haleine corrompt les songes d’infini
Et verse le regret des luxures hautaines
Au rêve que l’odeur des baisers a terni.

(Renée Vivien)

Illustration: Lori Earley

 

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