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Posts Tagged ‘immortalité’

ECRIT UN SOIR D’ETE (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

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ECRIT UN SOIR D’ETE

Les cloches de l’église ont sonné aux alentours leur mélancolie
Appelant les gens à prier encore,
A se plonger encore dans la tristesse, dans de plus terribles soucis,
A écouter encore plus l’affreuse éloquence d’un sermon,
A coup sûr l’esprit de l’homme est étroitement garrotté
Par quelque obscure incantation ; on voit chacun s’arracher
Aux joies du coin de l’âtre et aux airs lydiens
Aux tendres et hauts entretiens de ceux que la gloire a couronnés.
Encore, encore, les cloches sonnent et j’en sentirais un froid,
Un frisson comme celui qui vient de la tombe, si je ne savais
Qu’elles vont mourir comme une lampe consumée,
Que c’est leur dernier soupir, leur lamentation dernière
Au moment de rentrer dans l’oubli
Et que de fraîches fleurs croîtront et beaucoup de gloires
portant le sceau de l’immortalité.

(John Keats)


 

 

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MA BIBLIOTHÈQUE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Harriet Backer Bibliothèque  013

MA BIBLIOTHÈQUE

Que l’OEuvre n’ait pas conscience
d’elle-même ; qu’elle ne comprenne pas, ah,
sa beauté !

— Le soleil n’a pas non plus conscience de soi,
et envions-nous son immortalité ? —

Ah, livres
si seuls, quand je les abandonne
— seul les éclaire le soleil, lent et aveugle —
et que mes yeux ne les réunit plus!

***

BIBLIOTECA MÍA

¡Que la Obra no se sienta
a sí misma; que no comprenda ¡ay!
su hermosura!

—¿Tampoco el sol se siente,
y lo envidiamos inmortal?—

¡Ay,libros
solos, cuando me voy de ellos
—el sol se queda, lento y ciego, iluminándolos
y no los uno con mis ojos—!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Harriet Backer

 

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IMMORTALITÉ (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Koloman Moser the-light

 

IMMORTALITÉ

Toi, parole de ma bouche, animée
de ce sens que je te donne,
tu deviens mon corps avec mon âme.

***

INMORTALIDAD

Tú, palabra de mi boca, animada
de este sentido que te doy,
te haces mi cuerpo con mi alma.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Koloman Moser

 

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La nudité, l’appel, le corps qui cherche (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Lucie Llong   
    
La nudité, l’appel,
le corps qui cherche son unité à travers d’autres corps,
sa présence.

Le désir dans le crâne percé,
le sang qui cherche furieusement
à se brancher sur le nerf magique d’un destin
qui lui donnerait l’immortalité d’un sens.

Un baiser referme le monde dans sa nuit.
Un baiser plus profond que la tombe,
et le corps aimé n’est plus corps,
mais oubli, éternité.

Les corps s’aiment
parce qu’ils sont perdus,
pour se retrouver.

Nous avons tous un coeur
proche de se déchirer et prendre feu.
Un corps désiré ranime le goût blessé du vide…

Tomber dans un cri inconnu à travers le corps
qu’on sent à tel point qu’on ne le sent plus.

Le désir cherche à toucher,
mais le contact attendu
est celui de l’essence de la présence.

Aimer voudrait n’avoir pas de corps
pour aller au plus près.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Salut en l’immortalité ! (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



 

Anne-Marie Zilberman  (26)

Salut en l’immortalité !

A la très chère, à la très belle
Qui remplit mon coeur de clarté,
A l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité !

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l’éternel.

Sachet toujours frais qui parfume
L’atmosphère d’un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,

Comment, amour incorruptible,
T’exprimer avec vérité ?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !

A la très bonne, à la très belle
Qui fait ma joie et ma santé,
A l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité !

(Baudelaire)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Laisse-nous pleurer (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018



Carrie Vielle (5)

Laisse-nous pleurer

Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer !
Promets-nous à jamais le soleil, la nuit même,
Oui, la nuit à jamais, promets-la-moi ! Je l’aime,
Avec ses astres blancs, ses flambeaux, ses sommeils,
Son rêve errant toujours et toujours ses réveils,
Et toujours, pour calmer la brûlante insomnie,
D’un monde où rien ne meurt l’éternelle harmonie !

Ce monde était le mien quand, les ailes aux vents,
Mon âme encore oiseau rasait les jours mouvants,
Quand je mordais aux fruits que ma soeur, chère aînée,
Cueillait à l’arbre entier de notre destinée ;
Puis, en nous regardant jusqu’au fond de nos yeux,
Nous éclations d’un rire à faire ouvrir les cieux,
Car nous ne savions rien. Plus agiles que l’onde,
Nos âmes s’en allaient chanter autour du monde,
Lorsqu’avec moi, promise aux profondes amours,
Nous n’épelions partout qu’un mot :  » Toujours ! Toujours !  »

Philosophe distrait, amant des théories,
Qui n’ôtes ton chapeau qu’aux madones fleuries,
Quand tu diras toujours que vivre c’est penser,
Qu’il faut que l’oiseau chante, et qu’il nous faut danser,
Et qu’alors qu’on est femme il faut porter des roses,
Tu ne changeras pas le cours amer des choses.
Pourquoi donc nous chercher, nous qui ne dansons pas ?
Pourquoi nous écouter, nous qui parlons tout bas ?
Nous n’allons point usant nos yeux au même livre :
Le mien se lit dans l’ombre où Dieu m’apprend à vivre.
Toi, qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre ignorance, ou laisse-nous pleurer.

Vois, si tu n’as pas vu, la plus petite fille
S’éprendre des soucis d’une jeune famille,
Éclore à la douleur par le pressentiment,
Pâlir pour sa poupée heurtée imprudemment,
Prier Dieu, puis sourire en berçant son idole
Qu’elle croit endormie au son de sa parole :
Fière du vague instinct de sa fécondité,
Elle couve une autre âme à l’immortalité.

Laisse-lui ses berceaux : ta raillerie amère
Éteindrait son enfant… Tu vois bien qu’elle est mère.
À la mère du moins laisse les beaux enfants,
Ingrats, si Dieu le veut, mais à jamais vivants !

Sinon, de quoi ris-tu ? Va ! J’ai le droit des larmes ;
Va ! Sur les flancs brisés ne porte pas tes armes.
Toi qui ris de nos coeurs prompts à se déchirer,
Rends-nous notre innocence, ou laisse-nous pleurer !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Carrie Vielle

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Dans le ciel du néant avec presque rien (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Dans le ciel du néant avec presque rien

Par le trou de la serrure je guette la vie
je l’espionne pour comprendre
pourquoi c’est toujours elle qui gagne
tandis que nous perdons tous.
Pourquoi toutes les valeurs naissent et s’imposent
à ce qui pourrit d’abord :
le corps.
Je meurs en esprit sans trace de maladie
je vis sans nul besoin d’encouragement
je respire que je sois près ou loin
de ce qu’on touche
de chaud, qui embrase…
Je me demande quels autres arrangements
la vie va inventer
entre la débâcle d’une disparition définitive
et le miracle de l’immortalité chaque jour.
Je dois ma sagesse à la peur :
je jette
pétales, soupirs, nuances.
L’air, la terre, les racines je les garde –
je veux lâcher le superflu
pour entrer dans le ciel du néant
avec presque rien.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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J’ai cueilli des fleurs minérales (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



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J’ai cueilli des fleurs minérales
au bord des bassins des geysers
pour alimenter mes vergers
alchimiques en greffons drus
afin d’obtenir les agrumes
dont se délectent les dragons
veillant autour de mes trésors
convoités par les gens en place
que leurs espions ont alertés

J’ai cueilli des cendres vivantes
au bord des fusées retombées
des feux d’artifice en l’honneur
des dernières libérations
pour fumer les terreaux safran
des prés où joueront les enfants
des griffons nés dans les cavernes
que m’ont léguées les anciens maîtres
pour y mûrir mes talismans

J’ai cueilli les interminables
minutes des accouchements
au bord des scènes et des vies
pour en tisser l’allongement
des cases du calendrier
en plages d’immortalité
à l’abri de toutes les taxes
l’or des ans le citron des vagues
pour ouvrir les geôles du temps

J’ai cueilli des flux d’étincelles
au bord d’alambics électriques
dans les discrets laboratoires
où s’élabore l’élixir
qui dissoudra canons et tanks
épaulettes cravaches morgue
dans les piscines des gymnases
où s’exerceront les dauphins
pour explorer les autres règnes

J’ai cueilli les éclairs d’été
au bord des forêts et banquises
pour creuser dans les nuits des pôles
des galeries en draperies
s’enroulant autour de l’essieu
de notre planète et donnant
sur des trous noirs ou bien couleur
de la raie du sodium pour rendre
Vénus habitable et Pluton

(Michel Butor)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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LES MURS NE CROULENT PAS (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2018



 

LES MURS NE CROULENT PAS

Il existe, par exemple, une formule
en chaque coquillage :

la mer pousse, continuelle,
et ne peut rien contre corail,

os, pierre, marbre
taraudés du dedans par cet artisan,

l’hôte de la coque :
huître, palourde, mollusque,

c’est un maître-maçon qui façonne
la merveille de pierre :

oui, cet ermite amorphe, flasque
là-dedans, comme la planète

pressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, sanctuaire, lieu saint :

il délivre les portails
à intervalles fixes :

tiraillé par la faim,
il s’ouvre au flux de la marée :

mais l’infini ? non,
de rien-de-trop :

je ressens ma propre limite,
les mâchoires de ma coque claquent

et refusent l’invasion du sans-limite,
le poids de l’océan ; l’infinité de l’eau

ne peut me briser, moi œuf dans ma coquille ;
cercle clos, immortel, complète

plénitude, je sais la force
de la marée, et la bonace

tout autant que la lune ;
le poulpe et son obscurité

sont sans pouvoir contre
sa froide immortalité ;

de même moi à ma façon, je sais
que la baleine

ne peut me digérer :
tiens bon dans ton orbite limitée, statique,

toute petite, et les mâchoires de requin
de ce qui dehors t’entoure

te recracheront :
sois indigeste, dur, sans cœur,

et ainsi vivant en dedans,
engendre-toi, toi-même de toi-même,

et sans toi,
cette perle-de-grand-prix.

***

THE WALLS DO NOT FALL

There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the seathrust
is powerless against coral,

bone stone marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell-jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark-jaws
of outer circumstances

will spit you forth:
be indigestible, hard, ungiving

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.

(Hilda Doolittle)

Illustration

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GESTATION (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Brendan Monroe

GESTATION

Je ne parle pas de ce qui est
Je parle de ce qui se fait
De ce qui vient

Je chante pour prendre souffle
Ecouter ma voix multiple

Exercice d’oiseau

J’aime l’impatience des lèvres closes
Les cercles que font les fleuves
Les bruits des plaines
Et l’arôme inconnu qui troue le verre
En ouvrant des fissures mystérieuses
Aux dimensions d’immortalité

Je n’écoute pas les oiseaux voler dans un siècle vide

Un siècle est une harpe
Et la roue du soleil va devant
Parmi les nombres et les êtres

J’écoute un bruit nouveau
Sur le blanc troupeau des tombes fraîches

Des milliers de fleurs dorment enterrées
Sous les feuilles de la délicatesse
Les fleurs dont je rêve

Le feu annonce la venue
Brûlant comme une procession d’été
D’une rangée de morts

Je franchis le seuil de la cendre
Je salue les arbres qui penchent
Des coeurs et des sourires matériels

Au-delà de la terre qui a soif
Et des horizons légers
Les désirs passent au bout des ailes
La voix des oiseaux change
Et parle de mystérieux amours immaculés
De grands espoirs pendus au ciel
De calices pleins de sang et d’indicibles gestations

Attente étoilée
Couronne sur le temps de l’angoisse

Victoire du fond de la dimension et de l’infini
Domination de la beauté main météore
Arbre idéal qui éclate de sève et de douleur
Roule comme un fleuve puissant
Géométrie multiforme, désir, rêve, action
Sur tous ceux qui dorment

Sur toutes choses
Qui attendent

(Georges Themelis)

Illustration: Brendan Monroe

 

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