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ECCE HOMO (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020




    

ECCE HOMO

Tout ce qu’on voit est le jeu des reflets
De la grande, incertaine vérité,
Voilée, dévoilée, celle qu’on arrache
A l’infiniment fugace infini.

Mais chacun prend l’attitude qu’il peut,
Volant, couché, se dressant, accoudé
Sur le rocher, orgueilleux ou petit,
Pour contempler ou l’azur ou l’abîme.

Au loin les éperviers tournent et guettent
Et dans l’eau veillent les requins agiles,
Pendant qu’impassible un soleil éclaire
Le monde tordu par tant de tempêtes.

Mais tu es l’homme Et, là-haut, tu dois rompre,
Parmi les loups, un rameau d’olivier
Chargé de fleurs qui appellent la paix.
A toi de décider ce que tu fais.

(Mihai Beniuc)

 

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La Veuve (Jules Jouy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
La Veuve

La Veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

(Jules Jouy)

 

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J’AI VU MONTER LES PINS (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

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J’AI VU MONTER LES PINS

J’ai vu monter les pins
Vers le ciel. Impassibles.
A travers les feux des soleils.
Déjà j’ai vu l’incendie
Qui les consumera.

Sur un oreiller blanc
Les monts-ancêtres ont appuyé leurs têtes
Et se sont tus. —
Les pins bruissent.
(A qui parlent-ils ?)

Je les ai vus,
Colonnes ardentes
Qui cheminaient — vers le ciel…

Mon corps en cendres s’est effondré.

(Srecko Kosovel)

 

 

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Chanson Noire (Dimcho Debelyanov)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2020



Illustration: Etienne-Maurice Falconet
    

Chanson Noire

Je meurs et renais à la lumière –
éclatée, mon âme est en vrac,
la journée sans relâche je construis,
la nuit sans pitié je détruis.

*

Je désire une journée simple,
les orages couvrent la mer assombrie,
Je cherche une tempête – à moi
des cris et le murmure des morts.

*

je désire des aubes ardentes
mais leurs lumières m’aveuglent,
au printemps et à l’automne, je languis,
à l’automne et au printemps, j’espère.

*

Sur l’impassible fuite incessante du temps
ma vie non vécue s’estompe en silence
et mon cri meurt sur le quai
et dans un grand désert plonge.

***

Черна песен

Аз умирам и светло се раждам –
разнолика, нестройна душа,
през деня неуморно изграждам,
през нощта без пощада руша.

*

Призова ли дни светло-смирени,
гръмват бури над тъмно море,
а подиря ли буря – край мене
всеки вопъл и ропот замре.

*

За зора огнеструйна копнея,
а слепи ме с лъчите си тя,
в пролетта като в есен аз крея,
в есента като в пролет цъфтя.

*

На безстрастното време в неспира
гасне мълком живот неживян
и плачът ми за пристан умира,
низ велика пустиня развян.

(Dimcho Debelyanov)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Bulgare
Editions:

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CÉRÉMONIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020



CÉRÉMONIE

La cérémonie
commença avec une lenteur composée
mais le vin provoqua des colères inhumaines
un bouquet tomba d’un corsage
l’entame d’une brioche
le soir vira au sombre
des corps s’étreignirent sous les lampes
un souffle pur monta de la terre
des portraits impassibles
aux murs souriaient.
Prisonniers de leur matière exploitée
des objets d’autrefois
se brisèrent au grand jour
du lendemain sur la terre fertile.

(Jean Follain)

Illustration

 

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CRÉPUSCULE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

François Malespine  cm [1280x768]

CRÉPUSCULE

C’est un jour dont le soir a la beauté d’un songe,
Tant l’air que l’on respire est pur en ces beaux lieux;
Et, sous le doigt levé du Temps silencieux,
La lumière s’attarde et l’heure se prolonge…
Gardes-en longuement la mémoire en tes yeux.

Si la source a la voix de sa Nymphe limpide,
Le frêne sous l’écorce étire son Sylvain:
Un lent souffle palpite au feuillage incertain;
Le ruisseau qui s’esquive est comme un pas rapide,
Et, nocturne, le bois va s’éveiller divin!

Mais nous, nous n’avons pas en cette nuit mortelle
Qui déjà nous entoure et qui rampe à nos pieds
De fontaine éloquente et de dieux forestiers;
Nous avons peur de l’ombre, et nous redoutons d’elle
L’impassible sommeil qui nous prend tout entiers.

(Henri De Régnier)

Illustration: François Malespine

 

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TRISTESSE DE JOURNALIER (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

Kristine Kvitka (9) [1280x768]

TRISTESSE DE JOURNALIER

Le soleil a durci mon manteau à la mie tendre
Tiède est ma gourde
Et le soleil alourdit mon sang attiédi.
Assis dans les buées de ma peine et de ma sueur
Je vois les champs sans voix tanguer autour de moi.
Il est midi.
Au fond de la forêt le vent, l’avenir dorment.

En calèche, l’intendant passe.
D’un geste las ma main soulève mon chapeau,
je suis couvert de cendres et de poussière,
Le regard de mes boeufs me rafraîchit le coeur.

Au delà de la poussière, au delà des arbres,
Au delà du majestueux décor de nuages et au delà de la frondaison
de poussière
Par là où le soleil indifférent titube
Il est des villes lointaines avec des places illuminées qui roulent sous
les étoiles,
Et puis des mers, des îles flottantes, et d’ardentes montagnes d’or,
De tout cela, j’ai entendu parler,
La terre et le ciel regorgent de richesses,
mais moi
Je reste là, indécis, au milieu d’un champ qui ne m’est rien,

Etranger que personne n’attend et qui, à l’automne,
Les travaux finis, à l’ombre d’une meule de paille égrenée
Se tournera sans un mot vers la terre impassible.

(Gyula Illyès)

Illustration: Kristine Kvitka

 

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Litanies des derniers quartiers de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

la-joconde

Litanies des derniers quartiers de la lune

Eucharistie
De l’Arcadie,

Qui fais de l’œil
Aux cœurs en deuil,

Ciel des idylles
Qu’on veut stériles,

Fonts baptismaux
Des blancs pierrots,

Dernier ciboire
De notre Histoire,

Vortex-nombril
Du Tout-Nihil,

Miroir et Bible
Des Impassibles,

Hôtel garni
De l’infini,

Sphinx et Joconde
Des défunts mondes,

Ô Chanaan
Du bon Néant,

Néant, La Mecque
Des bibliothèques

(Jules Laforgue)

 

 

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CÉRÉMONIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



Henri Bruel_Le Rêve d'un Etrange Mariage- [800x600]

CÉRÉMONIE

La cérémonie
commença avec une lenteur composée
mais le vin provoqua des colères inhumaines
un bouquet tomba d’un corsage
l’entame d’une brioche
le soir vira au sombre
des corps s’étreignirent sous les lampes
un souffle pur monta de la terre
des portraits impassibles
aux murs souriaient.
Prisonniers de leur matière exploitée
des objets d’autrefois
se brisèrent au grand jour
du lendemain sur la terre fertile.

(Jean Follain)

Illustration: Henri Bruel

 

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Quelque (Michaël Donhauser)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Quelque m’a ou
dis-je et
feuillage, chose
effleuré

Crépite à peine
pendant, alors que
sur l’asphalte
cela tournoie

oscille, afin
qu’impassible
venté, oui
et puis s’en va

***

Hat mich oder
sag ich und
Blattwerk, etwas
leicht bewegt

Knistert kaum
während, wenn
am Asphalt
es sich dreht

Wippend, daß
unbetört
windig, ja
und vergeht

(Michaël Donhauser)

Illustration: ArbreaPhotos

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