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Posts Tagged ‘impassible’

CRÉPUSCULE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

François Malespine  cm [1280x768]

CRÉPUSCULE

C’est un jour dont le soir a la beauté d’un songe,
Tant l’air que l’on respire est pur en ces beaux lieux;
Et, sous le doigt levé du Temps silencieux,
La lumière s’attarde et l’heure se prolonge…
Gardes-en longuement la mémoire en tes yeux.

Si la source a la voix de sa Nymphe limpide,
Le frêne sous l’écorce étire son Sylvain:
Un lent souffle palpite au feuillage incertain;
Le ruisseau qui s’esquive est comme un pas rapide,
Et, nocturne, le bois va s’éveiller divin!

Mais nous, nous n’avons pas en cette nuit mortelle
Qui déjà nous entoure et qui rampe à nos pieds
De fontaine éloquente et de dieux forestiers;
Nous avons peur de l’ombre, et nous redoutons d’elle
L’impassible sommeil qui nous prend tout entiers.

(Henri De Régnier)

Illustration: François Malespine

 

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TRISTESSE DE JOURNALIER (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

Kristine Kvitka (9) [1280x768]

TRISTESSE DE JOURNALIER

Le soleil a durci mon manteau à la mie tendre
Tiède est ma gourde
Et le soleil alourdit mon sang attiédi.
Assis dans les buées de ma peine et de ma sueur
Je vois les champs sans voix tanguer autour de moi.
Il est midi.
Au fond de la forêt le vent, l’avenir dorment.

En calèche, l’intendant passe.
D’un geste las ma main soulève mon chapeau,
je suis couvert de cendres et de poussière,
Le regard de mes boeufs me rafraîchit le coeur.

Au delà de la poussière, au delà des arbres,
Au delà du majestueux décor de nuages et au delà de la frondaison
de poussière
Par là où le soleil indifférent titube
Il est des villes lointaines avec des places illuminées qui roulent sous
les étoiles,
Et puis des mers, des îles flottantes, et d’ardentes montagnes d’or,
De tout cela, j’ai entendu parler,
La terre et le ciel regorgent de richesses,
mais moi
Je reste là, indécis, au milieu d’un champ qui ne m’est rien,

Etranger que personne n’attend et qui, à l’automne,
Les travaux finis, à l’ombre d’une meule de paille égrenée
Se tournera sans un mot vers la terre impassible.

(Gyula Illyès)

Illustration: Kristine Kvitka

 

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Litanies des derniers quartiers de la lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2019



 

la-joconde

Litanies des derniers quartiers de la lune

Eucharistie
De l’Arcadie,

Qui fais de l’œil
Aux cœurs en deuil,

Ciel des idylles
Qu’on veut stériles,

Fonts baptismaux
Des blancs pierrots,

Dernier ciboire
De notre Histoire,

Vortex-nombril
Du Tout-Nihil,

Miroir et Bible
Des Impassibles,

Hôtel garni
De l’infini,

Sphinx et Joconde
Des défunts mondes,

Ô Chanaan
Du bon Néant,

Néant, La Mecque
Des bibliothèques

(Jules Laforgue)

 

 

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CÉRÉMONIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



Henri Bruel_Le Rêve d'un Etrange Mariage- [800x600]

CÉRÉMONIE

La cérémonie
commença avec une lenteur composée
mais le vin provoqua des colères inhumaines
un bouquet tomba d’un corsage
l’entame d’une brioche
le soir vira au sombre
des corps s’étreignirent sous les lampes
un souffle pur monta de la terre
des portraits impassibles
aux murs souriaient.
Prisonniers de leur matière exploitée
des objets d’autrefois
se brisèrent au grand jour
du lendemain sur la terre fertile.

(Jean Follain)

Illustration: Henri Bruel

 

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Quelque (Michaël Donhauser)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018



Quelque m’a ou
dis-je et
feuillage, chose
effleuré

Crépite à peine
pendant, alors que
sur l’asphalte
cela tournoie

oscille, afin
qu’impassible
venté, oui
et puis s’en va

***

Hat mich oder
sag ich und
Blattwerk, etwas
leicht bewegt

Knistert kaum
während, wenn
am Asphalt
es sich dreht

Wippend, daß
unbetört
windig, ja
und vergeht

(Michaël Donhauser)

Illustration: ArbreaPhotos

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Vagabondages (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2018




Illustration


Vagabondages

J’ai trahi ma solitude
En la divulguant

Je vois mourir le soleil
Et déchiffre les fenêtres
Où la clarté se dégrade
L’herbe pave le sol

Poussé par des vents
Qui se heurtent aux branches
Aux murs
Et au ciel impassible
Où s’ancrent des nuages
Aux cargaisons de pluie
Je traverse la nuit
À la recherche d’un matin éternel.
Légères
Des brumes flottent
Sur les bois de Vauréal
Et s’accrochent aux arbustes

La colline dégrafe son corsage de verdure

J’arrache des feuilles et des herbes
Et les froisse entre mes mains
Quand je les ouvre le paysage s’échappe
Et l’horizon tremble
Du regard je caresse la colline
Qui s’alanguit

Voyageur du silence
Je coupe le cordon qui me retient à la ville
Et soulève le poids de la boue à mes semelles

La route se déroule sous la poussière
Et je marche sur des cailloux pointus
Pour épouser le mouvement coloré des champs

(Jean-Baptiste Besnard)

Site de Jean-Baptiste

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L’Horloge (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



L’Horloge

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit :  » Souviens-toi !
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d’effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible ;

Le Plaisir vaporeux fuira vers l’horizon
Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard,
Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le Repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard !  »

(Charles Baudelaire)

 

 

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Première Élégie de Duino (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2018



 

Alexander Anufriev 41

Première Élégie de Duino

Qui donc, si je criais, parmi les cohortes des anges
m’entendrait? Et l’un d’eux quand même dût-il
me prendre soudain sur son cœur, ne m’évanouirais-je pas
sous son existence trop forte? Car le beau
n’est que ce degré du terrible qu’encore nous supportons
et nous ne l’admirons tant que parce que, impassible, il dédaigne
de nous détruire. Tout ange est terrible.
Et je me contiens donc et refoule l’appeau
de mon sanglot obscur. Hélas! qui
pourrait nous aider? Ni anges ni hommes,
et le flair des bêtes les avertit bientôt
que nous ne sommes pas très assurés
en ce monde défini. Il nous reste peut-être
un arbre, quelque part sur la pente,
que tous les jours nous puissions revoir; il nous reste
la rue d’hier et l’attachement douillet à quelque habitude du monde
qui se plaisait chez nous et qui demeura.
Oh! et la nuit, la nuit, quand le vent plein des espaces
Nous ronge la face, à qui ne resterait-elle,
tant désirée, tendrement décevante, épreuve
pour le cœur solitaire? Aux amants serait-elle
plus légère? Hélas! ils ne se cachent
que l’un à l’autre leur sort.
Ne le savais-tu pas? Hors de tes bras
lance le vide vers les espaces que nous respirons peut-être;
les oiseaux sentiront-ils l’air élargi d’un vol plus ému.

[…]

***

Die erste Elegie

Wer, wenn ich schriee, hörte mich denn aus der Engel
Ordnungen ? und gesetzt selbst, es nähme
einer mich plötzlich ans Herz : ich verginge von seinem
stärkeren Dasein. Denn das Schöne ist nichts
als des Schrecklichen Anfang, den wir noch grade ertragen,
und wir bewundern es so, weil es gelassen verschmäht,
uns zu zerstören. Ein jeder Engel ist schrecklich.
Und so verhalt ich mich denn verschlucke den Lockruf
dunkelen Schluchzens. Ach, wen vermögen
wir denn zu brauchen ? Engel nicht, Menschen nicht,
und die findigen Tiere merken es schon,
daß wir nicht sehr verläßlich zu Haus sind
in der gedeuteten Welt. Es bleibt uns vielleicht
irgend ein Baum an dem Abhang, daß wir ihn täglich
wiedersähen ; es bleibt uns die Straße von gestern
und das verzogene Treusein einer Gewohnheit,
der es bei uns gefiel, und so blieb sie und ging nicht.
O und die Nacht, die Nacht, wenn der Wind voller Weltraum
uns am Angesicht zehrt –, wem bliebe sie nicht, dei ersehnte,
sanft enttäuschende, welche dem einzelnen Herzen
mühsam bevorsteht. Ist sie den Liebanden leichter ?
Ach, sie verdecken sich nur mit einander ihr Los.
Weißt du’s noch nicht ? Wirf aus den Armen die Leere
zu den Raümen hinzu, die wir atmen ; vielleicht daß die Vögel
die erweiterte Luft fühlen mit innigerm Flug.

[…]

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Alexander Anufriev

 

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MITLA (Homero Aridjis)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018


 


 

Mitla Ruins 3

MITLA

Dames du présent et de l’oubli
les fourmis parcourent
les espaces du silence
emportant des grappes de vie
vers le monde des ombres

Comme des vampires aux ailes ouvertes
à l’horizon, se profilent, nébuleux,
les seigneurs émaciés de la mort,
qui ne font pas d’ombre sur le sable,
ni le vent ni l’instant ne les touchent.

Entre les rochers brisés qu’un jour ils détruiront
sur leur cheval ancien qui un jour tombera
sans aucun souvenir des dieux éteints
ni du fleuve impassible changé en bruine
je vois le soleil couchant

Lentes, les ombres descendent
sur les chemins chauves du Mont Alban,
elles voyagent vers l’autre monde
à travers pierres et murets
tremblantes et froides

Dans le jardin délabré au bord d’une tombe
un prêtre desséché dans sa chemise grecque
jette son spectre à la poussière
et trace d’un doigt maigre
les constellations évanouies.

(Homero Aridjis)

Illustration

 

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Le jardin de la vallée d’or (Tou Mou)

Posted by arbrealettres sur 26 avril 2018




    
Le jardin de la vallée d’or

La floraison de luxe s’est dissipée comme la poussière parfumée.
Impassible est le cours d’eau. Seule, l’herbe fête le printemps.
Le jour baisse, le vent de l’Est fait écho aux oiseaux plaintifs.
La chute des fleurs évoque le souvenir de la belle tombée du pavillon.

(Tou Mou)

 

 

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