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Poésie

Posts Tagged ‘imperceptible’

UNE CHOSE TROUBLE… (Pierre Minet)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018




    
UNE CHOSE TROUBLE…

Une chose trouble
marque le corps de sa valeur imperceptible,
grandit
vient habiter le tabernacle du regard,
laisse se fondre les plaisirs de l’ œil,
engendre dans le coeur une ligne blanche —
L’affaire naturelle: l’alliage conduit,
chaque mouvement fait languir et renaître:
depuis l’origine
la graduation des silences;
le fol alignement du cœur —
Sur nos deux bouches court le voyageur de l’amour

(Pierre Minet)

 

Recueil: Les poètes du Grand Jeu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une poignée de monde (Ludovic Janvier)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2018



 

Une poignée de monde

À supposer que les oiseaux se taisent
toujours une branche craque au bord de l’écoute

à supposer que le bois ne s’étire pas
toujours on y devine une rumeur de vent

à supposer qu’on n’entende plus le moindre souffle
dans le calme il y a toujours un bruit qui se prépare

à supposer que l’imminent demeure imperceptible
il y a ce bruit de voix que fait la pensée

à supposer que la pensée elle aussi renonce
il reste ce murmure en moi parce que je t’attends

à supposer qu’un jour je renonce à t’attendre
le silence écoutera toujours venir la fin d’attendre

(Ludovic Janvier)

Découvert chez Lara ici
 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La fatigue a des couleurs (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



La fatigue a des couleurs

La fatigue a des couleurs
Comme les saisons. Elle a
Ses douceurs et ses éclats,
Ses silences. Mais surtout
Ce qu’elle permet de voir :
D’une chose à son image
Imperceptible, une sorte
De distance sans distance.
L’incertitude du monde.
Comme un vacillement bref.

(Jacques Ancet)

Illustration

 

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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Il a suffi qu’on les nomme (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 5 avril 2018



Illustration: Alexandra Guy
    
Il a suffi
qu’on les nomme pour qu’elles s’obscurcissent

étrangères soudain, exténuées
par le poids des signes

elles avaient grandi pourtant
côte à côte, tissant leurs fils imperceptibles
sur l’étendue

les choses
de chaque jour, fidèles
équanimes

avant que les mots
s’interposent, les mots et leur mortelle exactitude.

(Claude Esteban)

 

Recueil: La mort à distance
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jardin (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



jardin

nous rendrez-vous cet air du Luxembourg
que vous traverserez longtemps sous notre regard
ironique et doux marchant non vers un prince
des plaisirs défendus mais un but sans attraits
le travail imperceptible d’équarrissage contre vous
les ombres mortes qu’il vous fallait discriminer
avec leur poids d’aïeules et tandis que nous
n’en finissions pas de jouer à l’avant-monde
et d’applaudir entre les voitures et les affiches
nos allures de guerriers mourants et vainqueurs
vous n’étiez même pas sûre à votre jeu
de rencontrer à temps la chaleur de votre corps
et l’envie folle d’être attendue perce-t-elle
aujourd’hui sous cette légèreté d’inadvertance
qui vous a fait garder le bleu marine pour au moins
le tissu tendre de votre écharpe striée d’éclairs
brun et or l’abdomen des abeilles quand vous passez
près des ruchers modèles où se renoue le temps discret

(Hédi Kaddour)


Illustration

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QUELQUE CHOSE IMPERCEPTIBLE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2018



Illustration: Vincent Lafargue
    
QUELQUE CHOSE IMPERCEPTIBLE

Le froissement du vent dans les arbres peut-être.
Ou le cri dans la nuit de la chouette chassant,
Ou que sais-je ? Un volet. Il grince à la lisière
De la fenêtre. Éveillant à peine le dormeur.
Non, tu ne comprends pas, répète infiniment
Le tilleul qui s’étire sous l’odeur de ses feuilles.
Le chat de la source dort sous le bronze de la fontaine
De ses yeux d’aveugle sourit aux choses familières,
Comme au secret de l’ombre, une passée de vent,
Un savoir près de se révéler, s’égarent, dont l’ermite,
Au milieu de la nuit, ravive sa prière.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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La généalogie du Miel n’importe à l’Abeille (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



La généalogie du Miel
N’importe à l’Abeille,
Ni la filiation de l’Extase
Ne retient le Papillon
Dans ses vols pailletés vers la cime
D’un imperceptible Rien —
La voie libre vers Tripoli
Est un souci plus essentiel —

***

The pedigree of Honey
Does not concern the Bee,
Nor lineage of Ecstasy
Delay the Butterfly
On spangled journeys to the peak
Of some perceiveless Thing —
The right of way to Tripoli
A more essential thing —

(Emily Dickinson)

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Les bateaux (Al Berto)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



Illustration
    
les bateaux sont la dernière image qui nous reste pour fuir
mais seules les paroles nous enivrent
ce sont les longues flammes qui dévorent les bateaux et la mémoire
où nous voyageons
nous oublions ce qu’on nous a enseigné
et si par hasard nous ouvrions les yeux
l’un vers l’autre
nous trouverions une autre immobilité un autre abîme
un autre corps raidi
palpitant dans l’imperceptible et nocturne blessure

je passe la nuit dans la vie précaire du feu
cette rumeur de mains qui effleure le corps
endormi dans la surface du miroir
je suis saisi du désir trouble de te réveiller
et de la peur de vouloir encore tout réinventer

***

os barcos são a única imagem que resta para fugir
mas só as palavras nos embriagam
são labareda que devora os barcos e a memória
onde nos movíamos
esquecemos o que nos ensinaram
e se por acaso abríssemos os olhos
um para o outro
encontraríamos outra imobilidade outro abismo
outro corpo hirto
latejando na imperceptível ferida nocturna

pernoito na precària vida do fogo
este rumor de mãos ao de leve pelo corpo
adormecido na superfície do espelho
assalta-me o desejo incerto de te acordar
e o medo de querer de novo tudo reinventar

(Al Berto)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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MATRICE ET RÊVE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



 

MATRICE ET RÊVE

Choses imperceptibles, taillées
chaque nuit :
souffle, traversée
souterraine de l’hiver : mots-puits
tombant dans la lumière minée
de ruisselet-berceuse
et gouffre.

Tu passes.
Entre peur et mémoire,
l’agate
de ton pas devient
pourpre
dans la poussière de l’enfance.

Soif : et coma : et feuille —
des bribes
de ce qu’on ne sait plus : le message non signé
enfoui dans mon corps.

Le linge blanc
étendu sur la corde. L’armoise
écrasée
dans le champ.

L’odeur de menthe
venant des ruines.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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