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Poésie

Posts Tagged ‘impétueux’

LA FIN (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019




    
LA FIN

Au bout de l’effort immense,
Me voici vainement
Arbre tempétueux

Inhabile mortel appliqué,
Plus ignorant que le plus humble des miens,

Plus ancien…

(Armand Robin)

 

Recueil: Ma vie sans moi suivi de Le monde d’une voix
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les Soeurs de Charité (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2018



Illustration: Alex Alemany
    
Les Soeurs de Charité

Le jeune homme dont l’oeil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu’eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu,

Impétueux avec des douceurs virginales
Et noires, fier de ses premiers entêtements,
Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales,
Qui se retournent sur des lits de diamants ;

Le jeune homme, devant les laideurs de ce monde,
Tressaille dans son coeur largement irrité,
Et plein de la blessure éternelle et profonde,
Se prend à désirer sa soeur de charité.

Mais, ô Femme, monceau d’entrailles, pitié douce,
Tu n’es jamais la Soeur de charité, jamais,
Ni regard noir, ni ventre où dort une ombre rousse,
Ni doigts légers, ni seins splendidement formés.

Aveugle irréveillée aux immenses prunelles,
Tout notre embrassement n’est qu’une question :
C’est toi qui pends à nous, porteuse de mamelles,
Nous te berçons, charmante et grave Passion.

Tes haines, tes torpeurs fixes, tes défaillances,
Et les brutalités souffertes autrefois,
Tu nous rends tout, ô Nuit pourtant sans malveillances,
Comme un excès de sang épanché tous les mois.

– Quand la femme, portée un instant, l’épouvante,
Amour, appel de vie et chanson d’action
Viennent la Muse verte et la Justice ardente
Le déchirer de leur auguste obsession.

Ah ! sans cesse altéré des splendeurs et des calmes,
Délaissé des deux Soeurs implacables, geignant
Avec tendresse après la science aux bras almes,
Il porte à la nature en fleur son front saignant.

Mais la noire alchimie et les saintes études
Répugnent au blessé, sombre savant d’orgueil ;
Il sent marcher sur lui d’atroces solitudes
Alors, et toujours beau, sans dégoût du cercueil,

Qu’il croie aux vastes fins, Rêves ou Promenades
Immenses, à travers les nuits de Vérité
Et t’appelle en son âme et ses membres malades
0 Mort mystérieuse, ô soeur de charité.

(Arthur Rimbaud)

 

Recueil: Rimbaud Cros Corbière Lautréamont Oeuvres Poétiques complètes
Traduction:
Editions: Robert Laffont

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Naguère, il y eut un jeune homme (Sôseki)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




    
Naguère, il y eut un jeune homme qui, après avoir laissé un poème en testament,
s’est jeté du haut d’une cascade de cent ciquante mètres, dans un torrent.

Je pense que ce jeune homme a sacrifié sa précieuse vie pour le seul mot de beauté.

Cette mort est impétueux, mais il est difficile d’expliquer le motif qui a conduit à cette mort.
Ceux qui n’en saisissent pas le sens, peuvent-ils s’en moquer ?

(Sôseki)

 

 

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JE suis venu vers toi (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



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JE suis venu vers toi, Mer, comme vont tes fleuves
Impétueux et forts, rongeant le frein des rives,
Tes fleuves triomphants dans leurs courses déclives,
Les fleuves souriants et doux où tu t’abreuves;

Je suis venu noyer mon coeur en tes flots gris,
Mon coeur et ma pensée altière d’insurgé;
Moi dont le rêve aventureux a voyagé
Confiant vers la gloire acerbe du mépris;

Ó Mer, je suis venu vers toi, l’Insatiable,
Vers le gouffre oublieux et vers l’immense tombe,
Engloutir mon orgueil en l’abîme où retombe
La buée éphémère au mirage implacable;

Mer, prends mon coeur, avec ses rêves chers et vains,
Et mon amour futile et son ambition,
Mer, dans l’oubli passif de toute vision,
Je veux errer parmi le deuil de tes grands pins;

Car, par la plaine ensoleillée et dans l’ivresse,
J’ai marché, radieux de gloire anticipée;
Mer d’oubli, sois le but de ma folle équipée :
Voici que sombre au large un soleil en détresse…

(Francis Vielé-Griffin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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C’est l’instant qui est éternel (Piero Bigongiari)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



 

Jeanie Tomanek summoningthestorm

C’est l’instant qui est éternel

C’est l’instant qui est éternel : il n’a de fin
qu’hors de lui ; et en lui explosent
et les signes et les songes, de ce qui n’est pas
le temps dont l’auréole déjà s’atténue.

Le vent qui s’est fait impétueux
fond et le feu et la cendre, il tisse
dans son contre-instant le plus sec
son repos désormais impossible.

Je suis là, lui hurles-tu, je suis là
les nids sont pleins de déplumés
qui guettent leurs ailes à l’éclair
des tempêtes. C’est ce qui reste de moi

de ces instants fatals d’une fête
renfermé dans ses immortels numéros.
Le pied déjà, ne foule plus les traces
de sa dernière mue.

Tout est sommeil, jusqu’au bonheur
Dans cette métamorphose des formes
dans leur ultime réalité — qui sait ?

(Piero Bigongiari)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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L’Inspiration (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Michael Putz-Richard 
    
L’Inspiration

Ah ! lorsque débordait ainsi la poésie,
Torrent impétueux, brûlante frénésie,
Dans mon âme vibraient d’indicibles accords ;
Comme sous l’ouragan bat la vague marine,
Sous la muse mon cœur battait dans ma poitrine,
Mais ma lyre jamais n’égalait mes transports !…
Par l’inspiration je restais oppressée,
Comme la Druidesse au sommet du Dolmen ;
J’implorais, pour donner un corps à ma pensée
Ton langage éthéré, musique, écho d’Eden !

Il est des sentiments, mystérieux, intimes.
Qu’aucun mot ne peut rendre, et que toi seule exprimes ;
Ces rêves, incompris du monde où nous passons,
Ces extases d’amour, d’un cœur qui vient de naître,
Alors, j’aurais voulu, pour les foire connaître,
Moduler sous mes doigts de séraphiques sons !

J’aurais voulu, penchée à la harpe sonore,
Répandre autour de moi l’âme qui me dévore,
Dans des flots d’harmonie aux anges dérobés !
Oui, j’aurais voulu voir, quand mon âme est émue,
Tous les cœurs palpitants, d’une foule inconnue,
Sous mes accents divins demeurer absorbés !

Vains désirs ! jeune aiglon, on a coupé mes ailes,
On a ravi mon vol aux sphères éternelles,
Pour me faire marcher ici-bas en rampant !
Si la Muse, parfois, vient visiter ma route,
Mon chant meurt sans écho, personne ne l’écoute ;
Et l’hymne inachevée en larmes se répand !

(Louise Colet)

 

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Parfois (Echrefoghlou Roumi)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2017




    
Parfois je tombe dans les mers, vague furieuse je déborde
Je tombe aux mains des ignorants qui m’achètent à bas prix

Parfois je monte vers les cieux et je vire avec le destin
Parfois je m’enfle avec la lune, parfois je tourne avec le soleil

Parfois je monte à l’Arafat, je dis «Me voici», je me découvre
Parfois je remplace la victime et, bélier, je me laisse immoler

Parfois je suis soufi au couvent, parfois pécheur à la taverne
Parfois dans la ronde je tourne, parfois je suis le saz dont on joue

Parfois prudent, parfois impétueux je me mêle à la foule
Parfois seigneur, parfois faucon royal je chasse et me fais chasser

Parfois océan, parfois lac, parfois Sultan, parfois esclave,
Parfois printemps, parfois rose de main en main je m’effeuille

Il n’y a ni relais ni arrêt, ni corps ni être humain
A part Dieu en somme il n’y a rien, alors où donc est-ce que je tourne ?

Ceux qui ont le mal d’amour, qu’ils viennent, je les panserai
Ils boiront le breuvage d’amour, ils auront nouvelle de l’ami

Ils ouvriront leur oeil caché et verront leur moi véritable
Je tournerai leur face vers l’ami, je leur rendrai le monde importun

J’éteindrai le feu de leur être, je romprai le talisman de leurs digues
J’enlèverai les barrières de leur moi, pour cet ami je les harnacherai

Ces coeurs devenus de pierre je les casserai avec la masse d’amour
Je ferai couler l’eau de la vie qui sera source dans leur coeur

J’ai vu l’ami et suis venu, mon tour accompli je suis venu
L’ami aux amis a dit de venir, je suis venu apporter la nouvelle.

(Echrefoghlou Roumi)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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La pluie venue (Song Tche-Wen)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017




La pluie venue du mont Ki-chan avait passé rapidement avec le vent impétueux.
Le soleil se montrait pur et radieux au-dessus du pic occidental,
les arbres de la vallée du Midi semblaient plus verdoyants et touffus.

Je me dirigeai vers la demeure sainte
où un bonze vénérable me fit un accueil bienveillant.
Le religieux et moi nous nous sommes unis dans une même pensée ;
nous avions épuisé ce que la parole peut rendre
et nous demeurions silencieux.

Je regardais les fleurs immobiles comme nous,
j’écoutais les oiseaux suspendus dans l’espace,
et je comprenais la grande vérité.

(Song Tche-Wen)

 

 

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L’Offrande à la Nature (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



L’Offrande à la Nature

Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité.
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence,
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon coeur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature,
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau

 

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M’entendez-vous, disciple? (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2017



Face contre terre, je suis couchée
— Enragée — sur mon lit.
Si vous vouliez
Devenir mon disciple,

je deviendrais à l’instant
— Entendez—vous, disciple? —

Couverte d’or et d’argent,
Salamandre et Ondine.
Nous serions assis sur le tapis
Près de la cheminée.

La nuit, le feu, le visage de la lune. ..
— M’entendez-vous, disciple? —

Impétueux — mon cheval
Aime la course effrénée! —
je lancerais dans le feu
Le passé — pile après pile :

Des vieilles roses et des vieux bouquins.
— M’entendez-vous, disciple? —

Et quand se serait couché
Cet amas de cendres, —
Seigneur, de vous
Je ferais une merveille!

Vieillard ressuscité en jeune homme
— M’entendez-vous, disciple? —

Et quand vous vous seriez jeté
De nouveau dans le piège de la science,
je resterais plantée là,
Me tordant les bras de bonheur,

Sentant que tu es devenu grand
— M’entendez-vous, disciple? —

(Marina Tsvétaïéva)


Illustration: Zhaoming Wu

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