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Posts Tagged ‘implorer’

Un billet de femme (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Max Gasparini -   (19) [1280x768]

Un billet de femme

Puisque c’est toi qui veux nouer encore
Notre lien,
Puisque c’est toi dont le regret m’implore,
Ecoute bien :

Les longs serments, rêves trempés de charmes,
Ecrits et lus,
Comme Dieu veut qu’ils soient payés de larmes,
N’en écris plus !

Puisque la plaine après l’ombre ou l’orage
Rit au soleil,
Séchons nos yeux et reprenons courage,
Le front vermeil.

Ta voix, c’est vrai ! Se lève encor chérie
Sur mon chemin ;
Mais ne dis plus :  » A toujours !  » je t’en prie ;
Dis :  » A demain !  »

Nos jours lointains glissés purs et suaves,
Nos jours en fleurs ;
Nos jours blessés dans l’anneau des esclaves,
Pesants de pleurs ;

De ces tableaux dont la raison soupire
Ôtons nos yeux,
Comme l’enfant qui s’oublie et respire,
La vue aux cieux !

Si c’est ainsi qu’une seconde vie
Peut se rouvrir,
Pour s’écouler sous une autre asservie,
Sans trop souffrir,

Par ce billet, parole de mon âme,
Qui va vers toi,
Ce soir, où veille et te rêve une femme,
Viens ! Et prends-moi !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Max Gasparini

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Sans l’oublier (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



 

Jonathon Earl Bowser -1-1024

Sans l’oublier

Sans l’oublier, on peut fuir ce qu’on aime.
On peut bannir son nom de ses discours,
Et, de l’absence implorant le secours,
Se dérober à ce maître suprême,
Sans l’oublier !

Sans l’oublier, j’ai vu l’eau, dans sa course,
Porter au loin la vie à d’autres fleurs ;
Fuyant alors le gazon sans couleurs,
J’imitai l’eau fuyant loin de la source,
Sans l’oublier !

Sans oublier une voix triste et tendre,
Oh ! que de jours j’ai vus naître et finir !
Je la redoute encor dans l’avenir :
C’est une voix que l’on cesse d’entendre,
Sans l’oublier !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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Masse (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2019



Illustration
    
Masse

La bataille finie,
et mort le combattant, est venu vers lui un homme
qui lui a dit : « Ne meurs pas; je t’aime tant! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Deux autres hommes vinrent à lui et lui redirent :
« Ne nous quitte pas! Courage! Reviens à la vie! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Vingt, cent, mille, cinq cent mille se rendirent près de lui
clamant : « Tant d’amour et ne rien pouvoir contre la mort! »
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

L’entourèrent des millions d’individus,
implorant d’une seule voix : « Reste, frère!
Mais le cadavre, hélas! persista à mourir.

Alors, tous les hommes de la terre
l’entourèrent; les vit le cadavre triste, ému;
il se releva lentement,
serra dans ses bras le premier homme; se mit à marcher…

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Tu n’es aucun des autres (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2019



 

Tu n’es aucun des autres

N’espère rien de ce que t’ont laissé
Écrit tous ceux qu’implore ton effroi;
Tu n’es aucun des autres et tu te vois
Centre du labyrinthe qu’ont tramé
Tes pas. Jésus, Socrate à l’agonie
Ne te sauveront pas, ni le vaillant
Siddharta d’or qui, au jour déclinant,
Dans un jardin à la mort a dit oui.
Poussière aussi est le mot que ta main
Vient d’écrire, le verbe prononcé
Par ta bouche. L’Hadès est sans pitié
Et la nuit divine n’a pas de fin.
Ta matière est le temps, cet incessant.
Tu n’es que chaque solitaire instant.

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Retour à Nouakchott (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



20 April 2004

20 April 2004

 

Retour à Nouakchott

Je te retrouve dans le souffle du vent
Exsangue brûlé par le sable sans relâche
Tant de dunes impatientes le long de ma route
Surgissent des limbes de l’inconsolé mirage

Les caravanes portées par la distance d’antan
Immobiles et langoureuses l’ombre aussi rare
Que l’acacia sec et endurci sous le soleil de plomb
Mon chant comme prière implorant le firmament

J’ai de toi désert la soif affranchie des frontières
Le rêve qui s’enlise ensablé habillé de lumière
Tout l’océan aimant chargé de lourdes pirogues
Butin d’arc-en-ciel pour des frères noirs et blancs

Où as-tu égaré fleuve ton limon pour nourrir la terre ?

(Tahar Bekri)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Et sans ire (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018



Illustration: Lore
    
et sans ire
et sans heure
sans ores
sans implorer
sans labourer dans la mémoire
sans errer dans le passage de la nuit à l’amour
et de l’amour à son attente

et nous partirons dans un coeur abandonné
et nous partirons dans l’espace ouvert de ton regard

et nous partirons dans un coeur qui attend
amarré au bord d’un précipice
ne pas dessiner l’itinéraire
ne pas employer la plume
sauf s’ils parlent d’oiseaux
ne rien prévoir
pour que rien ne vienne pas
et nous partirons comme part l’obscurité
dans le petit matin des prières enfantines

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Réversibilité (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Réversibilité

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu’on froisse?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine?
Ange plein de bonté connaissez-vous la haine?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,
Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avide!
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté;
Mais de toi je n’implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières!

(Charles Baudelaire)

 

 

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Le Mort Joyeux (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




Le Mort Joyeux

Dans une terre grasse et pleine d’escargots
Je veux creuser moi-même une fosse profonde,
Où je puisse à loisir étaler mes vieux os
Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux;
Plutôt que d’implorer une larme du monde,
Vivant, j’aimerais mieux inviter les corbeaux
A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux,
Voyez venir à vous un mort libre et joyeux;
Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords,
Et dites-moi s’il est encor quelque torture
Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

(Charles Baudelaire)

Découvert ici: \ »Rouge Dessin\ »

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ALLIANCE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



Illustration: F.A. Moore
    
ALLIANCE

Elle s’abandonne dans la trêve engendrée par la nuit.
Au dedans d’elle tout fait l’amour.

Alliance entre ce qui est contemplé et sa contemplation.
Joie de transgresser, imploration de points vivants de référence
et de la réalité totale perceptible en un instant qui est tous les instants.

Elle s’abandonne à une pensée démesurée
et à l’envoûtement par un espace défini :
un lieu qui oeuvre comme appel.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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DÉFONCEMENT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




DÉFONCEMENT

Quelqu’un a voulu ouvrir une porte.
Ses mains font mal,
agrippées à leur prison d’os de mauvais augure.
La nuit entière s’est débattue contre sa nouvelle ombre.
Il a plu dans le petit matin et on martelait avec des éperons.
L’enfance implore depuis mes nuits de crypte.
La musique émet des couleurs ingénues.
Des oiseaux gris au jour naissant sont à la fenêtre
Close ce que mon poème est à mes maux.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Jan Nieuwenhuys

 

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