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Dans un poème ou dans un conte (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019


 


 

Dans un poème ou dans un conte,
le sens n’importe guère;
ce qui importe, c’est ce que créent dans l’esprit du lecteur
telles ou telles paroles dites dans tel ordre ou selon telle cadence.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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LE MOT ET LA CHOSE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: René Magritte
    
LE MOT ET LA CHOSE

Ce qui nous importe aujourd’hui,
ce n’est plus seulement la rencontre insolite
d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table d’opération,
mais le passage subit du Fictif au Réel.

J’imagine quelque chose
qui commencerait par une phrase et finirait pas une corde.
Ou bien un son qui tombe sur le sol,
et soudain, c’est une pierre!

La corde, on s’y pend,
n’est-ce pas?
Et la pierre,
elle vous tue?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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À partir d’un certain point (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Eliane Marque
    
À partir d’un certain point,
recueillir d’autres détails n’importe plus.
Toute information accable ou trouble.
Tout signe est destiné à s’invalider
dans l’inévitable rencontre
avec le signe contraire.

A partir d’un certain point,
seule compte la transposition de réalité
qui défait les signes,
rompt les sceaux arrogants
et ouvre les vannes
des courants imbriqués obscurément.

Alors toute donnée nouvelle
entrave la réalité,
divise l’énergie du fond,
affaiblit la pensée.

Une fleur ne s’actualise pas.
Personne n’a décrit une rose.
Une fleur est le poids de sa vision.

L’être est toujours
le contraire de ses données.
Ou la conflagration qui les détruit.

***

A partir de cierto punto,
no interesa recoger más detalles.
Ya toda información abruma o confunde.
El destino de todo signo es invalidarse
en el encuentro inevitable
con el signo contrario.

A partir de cierto punto,
sólo importa la transposición de realidad
que deshace los signos,
rompe los sellos prepotentes
y abre las compuertas
de los caudales oscuramente imbricados.

Entonces todo dato nuevo
traba la realidad,
divide la energía del fondo,
debilita el pensamiento.

Una flor no se actualiza.
Nadie ha descripto una rosa.
Una flor es el peso de su vision.

El ser es siempre
lo opuesto a sus datos.
O la conflagración que los destruye.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Fatigués d’attendre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




Illustration: W. Hoffacker
    
Fatigués d’attendre le prévu,
un désir, l’automne, la mort,
nous passons à attendre l’imprévu.

Et tout comme il ne fut jamais important
que le prévu arrive ou n’arrive pas,
à présent il n’importe pas davantage
que l’imprévu arrive ou n’arrive pas.

Bien plus que l’objet
ou l’anxiété de notre attente,
ce qui importe c’est le changement
de notre sens d’attendre,
ce changement qui mènera peu à peu à une autre attente

par-delà le prévu et l’imprévu :
l’attente désintéressée de toute forme d’attente.

***

Fatigados de esperar lo previsto,
un deseo, el otoño , la muerte,
pasamos a aguardar lo imprevisto.

Y así como nunca importó demasiado
que lo previsto llegara o no llegara,
ahora tampoco importa demasiado
que lo imprevisto venga o no venga.

Mucho más que el objeto
o la ansiedad de nuestra espera,
lo que importa es el cambio
de nuestro sentido de esperar,
ese cambio que llevará poco a poco a otra espera,
mils alla de Io previsto y lo imprevisto,
la espera desinteresada de toda forma de espera.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Les saisons de passage (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Les saisons de passage

La terre a-t-elle un nom de l’autre côté d’ici
Voici enfin le jour où il me faut savoir
Je déserte comme l’oiseau pour ses noces
Que lui importe les toits et sous les toits la vie

L’amour a-t-il un nom de l’autre côté d’ici
Et cette liberté notre risque et notre mesure
La brèche donne-t-elle sur l’aube donne-t-elle
sur la nuit

Mais voilà l’instant où je rejoins les choses
Un appel une blessure ou la rose ont suffi
Et je suis en ta main
Terre ma terre aimée mon enjeu et ma cause.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Et il n’importe plus (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2018



Illustration: Madeleine Lemaire    
    
Et il n’importe plus que le vin d’or
déborde de ta coupe cristalline,
ou que l’âpre liqueur
trouble le verre limpide…

Tu connais les galeries secrètes
de l’âme, les chemins des songes,
et le soir tranquille
où ils vont mourir… C’est là que t’attendent

les fées silencieuses de la vie;
vers un jardin à l’éternel printemps
un jour elles t’emmèneront.

(Antonio Machado)

 

Recueil: Champs de Castille précédé de Solitudes, Galeries et autres poèmes et suivi de Poésies de la guerre
Traduction: Sylvie Léger et Bernard Sesé
Editions: Gallimard

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Je dois me mettre en marche (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018




    
Je dois me mettre en marche,
sachant que comme tous ceux qui m’ont précédée,
je n’arriverai nulle part,
que comme tous ceux qui sont partis avant moi,
j’échouerai,
que je vais vers ma défaite certaine
et que pourtant tout cela n’est pas le moins du monde triste.

Personne n’exige de moi que je réussisse,
mais seulement que je franchisse un pas en direction de la lumière.

L’important n’est pas que je porte le flambeau jusqu’au bout,
mais que je ne le laisse pas s’éteindre.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: Le livre de poche

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Dans la mort (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Dans la mort je me reposerai en moi,
ne reposerai qu’en moi.

C’est pourquoi il importe, dès que vivant,
d’être à soi-même son repos.

(Roger Munier)

 

Recueil: Requiem
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Le bien que rien ne contient (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2018


 


 

Patricia Traub 14

Le bien que rien ne contient

Il avait son bien.
C’était le seul bien qui lui importait.
Rien ne pouvait le contenir, ni une poche, ni la paume de sa main.
On pouvait, parfois, en capter une trace dans ses yeux.
Il voulait partir. Partir avec son bien. Il fit ses valises.
Aux barrières les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Ils n’avaient pas ouvert ses valises. Il s’en revint avec son bien.
Il se fit couper un vêtement sans plis, ni poches, et se présenta aux barrières, sans bagages.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il s’en retourna. Mais il lui fallait vraiment partir. Avec son bien.
Alors il alla, nu, aux barrières.
Les douaniers lui dirent : Vous ne pouvez pas passer ce que vous avez.
Il demeura nu. Avec son bien. Que rien ne pouvait contenir.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Patricia Traub

 

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Champ de tir (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



Illustration
    
Champ de tir

Coups d’oeil bavards
Coups d’oeil en biais
Coups d’oeil vides
Coups d’oeil sans importance
Coups d’oeil qui importent
Coups d’oeil lourds de sens ou sans poids
Coups d’oeil prostitués
Coups d’oeil superficiels
Coups d’oeil profonds
Coups d’oeil épées
Coups d’oeil de feu
Coups d’oeil clandestins
Coups d’oeil en silence.

T’es-tu jamais demandé
s’ils se croisent correctement
tous ces différents coups d’oeil ?

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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