Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘imposé’

ENFIN (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




ENFIN l’occasion attendue, du temps libre
De toutes ces tâches, imposées volontairement ou non,
Cependant maintenant, prise au piège, je m’affole, j’essaie
De trouver un prétexte, n’importe quoi pour me dérober
À une confrontation avec la page blanche.
Il n’y a pas d’hôte invisible dans ma chambre:
Les temps et les lieux sont à eux, non à nous,
Rendant leur présence présente, infinie.
Ce vide est le terme
De bien des dérobades: nous nous détournons
Rien qu’un instant en l’incommensurable absence.

***

AT LAST the awaited opportunity, time free
Of all those tasks, imposed or self-imposed,
Yet now, trapped, I panic, try
To think of some pretext, anything to evade
A confrontation with the unwritten page.
There is no invisible visitant in my room:
The times and places are theirs, not ours,
Who make their presence present, infinite.
This blankness is the term
Of many evasions: we turn aside
Only for a moment into immeasurable absence.

(Kathleen Raine)

Illustration: Catherine Mayet

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je déteste qu’on attende du réel quelque chose comme un sens (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2016



Je déteste qu’on attende du réel quelque chose comme un sens.
C’est déjà une façon de tricher avec le monde.

L’altérité me paraît bien plus proche de ce que la vie offre à vivre que cette question.
Le sens, c’est toujours orienter l’action ou le temps dans une seule direction
imposée par un groupe qui se considère comme le meilleur.
Réclamer du sens, c’est faire surgir un monde trop sémantique, trop orienté,
c’est faire de l’autre en tant qu’être différent un ennemi, c’est vouloir l’exterminer.

Tandis que prôner un monde uniquement anxieux de l’autre,
c’est une façon d’accueillir un réel bien plus dynamique.
Les sociétés perdues et perplexes ne posent pas de problème.
Apporter du sens, c’est se boucher la vue.

Si l’on vit avec quelqu’un que l’on aime, si on lui dit:
«C’est pour ça que je t’aime, voilà le sens de mon amour»,
il faut fuir car c’est déjà de la trahison.
On n’est pas pour une raison avec quelqu’un, on est face à lui, face à son étrangeté.
Le fait de se réunir sur ce qu’on ignore de l’autre est pour moi bien plus important
que de prétendre connaître quelque chose de l’autre.

(Pascal Quignard)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je finirai par me retrouver (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2015



À chanter les plages humaines
Pour toi la vivante que j’aime
Et pour tous ceux que nous aimons
Qui n’ont envie que de s’aimer
Je finirai bien par barrer la route
Au flot des rêves imposés
Je finirai par me retrouver
Nous prendrons possession du monde

(Paul Eluard)


Illustration: Gilbert Garcin

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :