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Poésie

Posts Tagged ‘improbable’

PASSANT QUI RENTRE RAVI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020



Illustration: Max Patte
    
(Recueil Une voix sans personne)
PASSANT QUI RENTRE RAVI

Passant qui rentre ravi
d’accord avec Mars inégal
voici voici que j’entends
un chant secret mais non triste

Le même toujours le même
depuis mille ans que je vis
c’est toi, présence paisible,
qui parle et parle à voix basse

Un geste un souffle et les choses
un mot un signe et les êtres
perdent leurs formes de fer,
— ce mot c’est toi qui le donnes

Par toi le jour dans leur ombre
se glisse, par toi l’écho
mes yeux font la nuit légère
les corps les murs transparents

Je suis la rencontre obscure
je vais je viens je connais
la terre dort dans mes mains
le temps c’est moi c’est ici

C’est moi c’est vous et les heures
le ciel la rue et le vent
chacun chacun comme nous
regarde entend et s’étonne

Printemps probables délices
espace ruses clartés
visage de vie et de mort

— je parle à des lèvres scellées

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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C’est tellement rare (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019




    
C’est tellement rare,
c’est tellement improbable,
c’est tellement miraculeux
que c’est peut-être ça la civilisation et la culture.

Rencontrer quelqu’un qui écoute.

(Michel Serres)

 

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FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il n’y a pas de fin heureuse (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



Illustration
    
Il n’y a pas de fin heureuse.

Au milieu,
le bonheur est improbable
et s’il survient,
il a presque toujours les yeux bandés.

À la fin,
les yeux n’ont pas besoin de bandeaux
pour ne pas voir.

Ne pas voir et ne pas être heureux
composent l’ultime équation.
Les autres équations possibles
tombent derrière la pensée
comme si un terrain plus fertile
les eût attendues là.

Il n’y a pas de fin heureuse.
La place du bonheur
a été occupée par un appel.
Et on ne sait même pas
si l’appel s’entend jusqu’à la fin.

***

No hay final feliz.

En el medio,
la felicidad es improbable
y si aparece
tiene casi siempre los ojos vendados.

Al final,
los ojos no necesitan vendas
para no ver.
No very no ser feliz

componen la última ecuación.
Las otras ecuaciones posibles
se caen detrâs del pensamiento,
como si alti las aguardara
un terreno más fértil.

No hay final feliz.
El lugar de la felicidad
lo ha ocupado un llamado.
Y ni siquiera sabemos
si el llamado se oye hasta el final.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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AVEN (Jean-Dominique Rey)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



AVEN

Genêt rude
inscrit
sur l’espace improbable
du temps

la terre cède
au sel
ses deniers opaques

roc rouillé
qui se cache
sous les lichens

forêt rongée
dont l’humide silence
broie les pierres

aux fortes houles
les rois enfouis
sortent des runes

(Jean-Dominique Rey)

Illustration

 

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En cette chair au précaire équilibre (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2019



En cette chair
Au précaire équilibre
Entre espoir et affliction

En cette pulpe savoureuse
Sillonnée par le rêve
Ravagée par le temps

Hors des gouffres de cette chair
Jusqu’aux épaules de l’espace
S’élèveront toujours les ailes

D’un infini improbable
D’un chant indéfini
D’un vol incandescent.

(Andrée Chedid)

Illustration: Marie-Paule Deville Chabrolle

 

 

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Nuages sur la mer (Maryse Chaday)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2018



 

mer

nuages sur la mer
en d’improbables montagnes
chercher, chercher encore

(Maryse Chaday)

 

 

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ASCÈSE VERS L’INVISIBLE (Jean-Claude Xuereb)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



 

Remedios Varo Uranga_Création de l’artiste suivant les vibrations du violon de son cœur [1280x768]

ASCÈSE VERS L’INVISIBLE

Voyageur immobile autour de l’écritoire
j’entrevois un sage — silhouette voûtée —
en marche pas à pas vers son aire sacrée
il sait qu’il s’effondrera avant de l’atteindre
portant il continue de pousser son corps
entre appel du gouffre et cognements des artères

Il rêve du compagnonnage d’un disciple
sur l’épaule duquel il pourrait s’appuyer
aux moindres défaillances du coeur ou des muscles
qui saurait lire la graphie des chemins
et décrypter la connivence des étoiles

Mais il va seul vers une improbable rencontre
ses forces s’épuisent sa vue baisse il ne sait
qui il est qui l’attend le surveille invisible
lui adresse des signes qu’il ne voit pas
dans la solitude qui précède la mort

Sur sa dépouille vont s’acharner les rapaces

(Jean-Claude Xuereb)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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Lidl (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Lidl

Lidl

Les allées du Lidl
et les Gitanes
et leurs enfants
et les gâteaux qui rendent gros
et le mauvais whisky
et le papier cul qui se troue
et la queue interminable
et l’air conditionné
me rendent
heureux.
Il y a toujours
des articles improbables
boussoles de survie
casques de moto
réveil station météo
à côté
des petits-beurre
et du gel douche
qui pique
le sguègue.
Et tout ça
pour pas cher !

(Balbino)

 

 

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Monter la garde (Marcel Bréchet)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Monter la garde…
Veiller sur la nuit du désert
Faire trêve avec les chacals
Qui exorcisent le silence,
Amadouer l’angoisse
Qui rampe sur l’échine
Ondulante des chevaux de frise,
Et s’agrippe aux pieds du mirador.
Calculer la durée de vie
D’une dernière cigarette…
Attendre l’irréparable.
Se rappeler le mot de passe
Guetter l’aube improbable,
Ecarquiller les yeux, ne pas dormir,
ne pas mourir
Avant que ne s’effacent les étoiles.

(Marcel Bréchet)

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