Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘improbable’

Lidl (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018



 

Lidl

Lidl

Les allées du Lidl
et les Gitanes
et leurs enfants
et les gâteaux qui rendent gros
et le mauvais whisky
et le papier cul qui se troue
et la queue interminable
et l’air conditionné
me rendent
heureux.
Il y a toujours
des articles improbables
boussoles de survie
casques de moto
réveil station météo
à côté
des petits-beurre
et du gel douche
qui pique
le sguègue.
Et tout ça
pour pas cher !

(Balbino)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Monter la garde (Marcel Bréchet)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



Monter la garde…
Veiller sur la nuit du désert
Faire trêve avec les chacals
Qui exorcisent le silence,
Amadouer l’angoisse
Qui rampe sur l’échine
Ondulante des chevaux de frise,
Et s’agrippe aux pieds du mirador.
Calculer la durée de vie
D’une dernière cigarette…
Attendre l’irréparable.
Se rappeler le mot de passe
Guetter l’aube improbable,
Ecarquiller les yeux, ne pas dormir,
ne pas mourir
Avant que ne s’effacent les étoiles.

(Marcel Bréchet)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’alluvion (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
L’alluvion

Au fer de ta métamorphose
Au pont d’acier de tes deux fleuves
Je t’ai nommée
La souveraine vive

Et je t’avais conviée
Parmi les nids
(L’oiseau de proie descend, calme et livide)
Parmi les nids et les gravats
Et les combes herbeuses

D’où venait que j’aimais l’ordre improbable de ton sang
Ta voix d’ivresse entre les feuilles
Et les feuillages de ton nom

J’ai aimé
J’ai vécu
Dans la circulation rêvée de ton passage
Et j’aimais que tes mains se répandent

Dans l’alluvion où l’autre preuve est la rosée.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Vent et nuit (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Bénédicte Pontet
    
Vent et nuit

L’herbe est noire ce soir dans le vent mort
L’inconnu vent qui porte l’eau d’un feu
Et tient le sol avec deux étincelles en cendre

Tu ignores le vent car il porte il anime
Le double sein gravé de ta venue
Et ton double regard méconnaît le profond
Et le sel fertile de tes mains dans la grâce

Mais tu connais le péché brûlant de tes mains libres
Et désertes
Et nues dans le noir de ta rosée
Moi je t’appelle
Et tu n’as pas de nom qui sonne
Parmi les fleurs, parce que ton nom
Est l’improbable vent

Parce qu’il couvre le monde
D’insoutenables nuits.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

UNE FOIS SEULEMENT (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



 

 

UNE FOIS SEULEMENT

C’était en des temps si obscurs
Que nulle mémoire profane n’en garde trace

Bien avant les images et les couleurs
La source du chant s’imaginait
À bouche fermée
Comme une chimère captive

Le silence était plein d’ombres rousses
Le sang de la terre coulait en abondance
Les pivoines blanches et les nouveau-nés
S’y abreuvaient sans cesse
Dans un foisonnement de naissances régulières

L’oiseau noir dans son vol premier
Effleura ma joue de si près
Que je perçus trois notes pures
Avant même qu’elles soient au monde

Une fois, une fois seulement,
Quelque chose comme l’amour
À sa plus haute tour
Que se nomme et s’identifie

Le secret originel
Contre l’oreille absolue révélé
Dans un souffle d’eau
Candeur déchirante
Fraîcheur verte et bleue

Une fois, une fois seulement,
Ce prodige sur ma face attentive
Ceci, quoique improbable, je le jure,
Sera plus lent à revenir
Que la comète dans sa traîne de feu.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Imagine une rose intégrale (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 9 mars 2018



imagine une rose intégrale
enfermée dans le vol d’un oiseau.

De la rose intégrale
s’échappe un ruban de roses
fleurissant dans une improbable
pensée sans fin
(…)

***

une rose improbable
âpre et solitaire
née et non-née
se confond avec
l’impossible et l’insaisissable
silence

de la nuit du non-être

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Cette chair (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018



 

Illustration: Viviane-Josée Restieau

    
Cette chair

En cette chair
Florissante ou putride
Carnassière ou paisible

En ce tissu de fange
En cette substance qui croît
Pour un jour s’abolir

En ces fibres
Où le verbe s’incarne
Où fermente le réel

En cette matière
Où se greffe le coeur
En cet éphémère perpétué

En cette trame obscure
S’implante la poésie
Réside toute pensée

En cette chair
De clémence ou de turpitudes
Liée à l’astre indélébile

En cette chair
Au précaire équilibre
Entre espoir et affliction

En cette pulpe savoureuse
Sillonnée par le rêve
Ravagée par le temps

Hors des gouffres de cette chair
Jusqu’aux épaules de l’espace
S’élèveront toujours les ailes

D’un infini improbable
D’un chant indéfini
D’un vol incandescent.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Une porte (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Illustration: Laurent Chéhère
    
Une porte perd son cadre
monte d’un cran vers le ciel
la grande fenêtre la rejoint
la maison perd le toit
la terrasse se promène avec le linge qui sèche
les formes du temps changent de repères
les souvenirs s’en mêlent
le passé n’est plus simple
le futur descend l’escalier étroit
la maison loge des bribes d’imparfait
sous le dôme de l’improbable.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

J’ai longtemps attendu (Tahar Ben Jelloun)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Amedeo Bocchi
    
J’ai longtemps attendu sur le versant sud de la lumière
L’arrivée de l’aimée
Embellie des jours suspendus

J’ai imaginé sa voix
J’ai dessiné la grâce de ses mouvements
Je l’ai invitée dans mes rêves
Je l’ai habillée
Robes et kaftans d’Orient

J’ai marché sur le fil improbable du désir
Une rencontre c’est un peu de hasard
Le temps et le vide
La raison et l’absurde qui sourient

Il faut renoncer à comprendre
Prendre le train de la nuit
Les yeux fermés
Et la lumière au bout du tunnel

J’ai longtemps vécu d’espoir
Embarqué par l’illusion
Un doux mensonge à soi
Une promesse et du vent

Sur les lèvres gercées du temps
Sur le corps meurtri par l’attente
Dans la clarté des évidences
J’ai vu l’aimée
Avancer vers l’horizon où j’ai enfoui mon visage

L’ai-je vue ou imaginée
Je sais qu’elle existe
Je sais son sourire qui affole les regards
Je sais les yeux mouillés de brume
Les mains prêtes pour recevoir

Je sais qu’elle viendra un jour
Ramasser ce qui subsistera de mes solitudes
Elle m’emmènera là où on dépose
Les âmes et les armes.

(Tahar Ben Jelloun)

 

Recueil: Que la Blessure se ferme
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le véritable malheur (Giuseppe Conte)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2016



Le véritable malheur

C’est ainsi: le véritable malheur
ignore toujours qui il est.
Tu ne peux l’attribuer
à aucune cause. Ni à une promesse
non tenue, ni à un but
non rejoint, ni à un amour
quémandé en vain.

Le véritable malheur te prend par la main
et t’accompagne sans dire un mot.
Qu’il te caresse ou t’étrangle
pour lui ça ne change rien.
Inutile d’espérer qu’il s’endorme
quand vient le soir.

Le véritable malheur tu le sens
comme une eau qui s’infiltre, comme la sable
que le ressac prend et laisse,
éternel, sans tourments, avec moins
d’angoisse en lui
que la joie.

(Giuseppe Conte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Alexandre Cabanel

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :