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L’HEURE D’AMOUR (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



L’HEURE D’AMOUR

Dans l’oiseau la pendule chante.
Les miroirs sont voilés de pleurs.
De la saison qu’amour invente
Le temps ne cueille pas la fleur,
Blanche edelweiss, étoile blanche
Dont la montagne est une hanche
Et dont la neige est de chaleur.

En l’indécis les heures sonnent.
Est-il déjà temps de dormir ?
La plus belle n’est plus personne,
Vous ne pourrez y revenir,
Son regard est de coquillage
Et sous les sables de son âge
L’oubli s’enlace à l’avenir.

—  » Venez, venez.  » —  » La méfiance
Me dit de ne vous suivre pas,
Les jeux de votre préférence
Sont passe-temps vers le trépas.  »
—  » Non, non je t’ouvre les espaces
Où la caresse se déplace
Suivant l’empreinte de tes pas.  »

Des peureux les lèvres sont sèches.
De la peur les pas sont comptés
Et le cheval de leur calèche
Ne peut descendre ni monter.
Dans l’attelage qui m’emporte
Je fuis du temps les saisons mortes.
Mes chevaux ne sont pas domptés.
—  » Dans la chambre aux heures fermée
Notre voyage sera grand.
L’étendue y est enfermée
Nous en serons les continents.  »
—  » Non, l’heure est couchée à ma place,
A sa lèvre une fleur de glace,
En ses mains mon baiser mourant.  »

Le temps d’amour est d’autre monde,
Son flot se cache dans la nuit
Des gorges où le baiser gronde,
Et sa belle étoile luit
Qu’au fond de la nuit des prunelles,
Dans ces ténèbres personnelles
D’où le désir n’est éconduit.

Je voyage et mon ombre porte
Celui qui me porte en m’aimant.
L’amour se tient à notre porte,
Ses soupirs sont mes diamants.
En me voyant ainsi parée
L’heure s’enfuit désemparée
Et retourne à ses battements.

D’imprudence je suis la reine,
De mes biens mes doigts sont les monts
Que gravit celui qui m’entraîne
A suivre ce que nous aimons.
Les lèvres des amants sont claires ;
L’amour les lave de prières.
Son accent chasse les démons.

(Louise de Vilmorin)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Les deux amitiés (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Alexandr Sulimov -    (8)

Les deux amitiés

Il est deux Amitiés comme il est deux Amours.
L’une ressemble à l’imprudence ;
Faite pour l’âge heureux dont elle a l’ignorance,
C’est une enfant qui rit toujours.
Bruyante, naïve, légère,
Elle éclate en transports joyeux.
Aux préjugés du monde indocile, étrangère,
Elle confond les rangs et folâtre avec eux.
L’instinct du coeur est sa science,
Et son guide est la confiance.
L’enfance ne sait point haïr ;
Elle ignore qu’on peut trahir.
Si l’ennui dans ses yeux (on l’éprouve à tout âge)
Fait rouler quelques pleurs,
L’Amitié les arrête, et couvre ce nuage
D’un nuage de fleurs.
On la voit s’élancer près de l’enfant qu’elle aime,
Caresser la douleur sans la comprendre encor,
Lui jeter des bouquets moins riants qu’elle-même,
L’obliger à la fuite et reprendre l’essor.
C’est elle, ô ma première amie !
Dont la chaîne s’étend pour nous unir toujours.
Elle embellit par toi l’aurore de ma vie,
Elle en doit embellir encor les derniers jours.
Oh ! que son empire est aimable !
Qu’il répand un charme ineffable
Sur la jeunesse et l’avenir,
Ce doux reflet du souvenir !
Ce rêve pur de notre enfance
En a prolongé l’innocence ;
L’Amour, le temps, l’absence, le malheur,
Semblent le respecter dans le fond de mon coeur.
Il traverse avec nous la saison des orages,
Comme un rayon du ciel qui nous guide et nous luit :
C’est, ma chère, un jour sans nuages
Qui prépare une douce nuit.

L’autre Amitié, plus grave, plus austère,
Se donne avec lenteur, choisit avec mystère ;
Elle observe en silence et craint de s’avancer ;
Elle écarte les fleurs, de peur de s’y blesser.
Choisissant la raison pour conseil et pour guide,
Elle voit par ses yeux et marche sur ses pas :
Son abord est craintif, son regard est timide ;
Elle attend, et ne prévient pas.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Alexandre Sulimov

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L’imprudence (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Bruno Di Maio tre15 [1280x768]

L’imprudence

Comme une fleur à plaisir effeuillée
Pâlit, tombe et s’efface une brillante erreur.
Ivre de toi, je rêvais le bonheur :
Je rêvais, tu m’as éveillée.

Que ce réveil va me coûter de pleurs !
Dans le sein de l’amour pourrai-je les répandre ?
Il m’enchaînait à toi par des liens de fleurs ;
Tu me forces à les lui rendre.

Un seul mot à nos yeux découvre l’avenir ;
Un reproche souvent attriste l’espérance.
Hélas ! S’il faut rougir d’une tendre imprudence,
Toi qui la partageas, devais-tu m’en punir ?

Loin de moi va chercher un plus doux esclavage,
va ! De tout mon bonheur j’ai payé ton bonheur.
Eh bien ! Pour t’en venger, tu m’as rendu mon coeur,
Et tu me l’as rendu brûlant de ton image.

Je le reprends ce coeur blessé par toi !
Pardonne à mon imprévoyance :
Je lui dois ton indifférence ;
Que te faut-il encor pour te venger de moi ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Bruno Di Maio

 

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L’INSPIRATION (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017



    
L’INSPIRATION

De son juchoir
la poule laisse choir
un oeuf

c’est une imprudence
un moment d’absence
mais il tombe pouf
dans la paille :
la fermière était prévoyante

—combien de poèmes brisés
que ne recueille aucun recueil

(Raymond Queneau)

 

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LES CHAMPIGNONS (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



LES CHAMPIGNONS

Sous les bois, l’automne s’enfonce
Avec ses gros sabots pleins d’eau ;
Sur ses pas, au travers des ronces,
Naissent les champignons nouveaux…
Va, ma mie, aux bois de chez nous,
(Il est un peu tôt pour qu’on danse !)
Fais bonne cueillette et surtout
Pas d’imprudence !

Les champignons, les champignons !…
Y en a des mauvais et des bons !

Les vrais mousserons sont tout roses
Comme un baiser entre nous deux,
Mais, à ça près, la même chose,
Y a des faux mousserons près d’eux.
Les trahisons sifflent toujours
Derrière le baiser qui sonne.
Comme en les jours de notre amour
Qui suit l’Automne.

Les champignons, les champignons !…
Y en a des mauvais et des bons !

Que l’on se trompe et que l’on s’aime :
On ne peut pas changer son coeur!
Mais on peut encor, tout de même,
N’y cuisiner que du bonheur…
Les faux mousserons ont poussé
Comme les vrais, sans nous attendre,
Mais c’est à nous de les laisser
Ou de les prendre !

Les champignons, les champignons !…
Y en a des mauvais et des bons !

Laisse à pourrir dans la clairière
Comme champignons vénéneux
Tous les soucis et les misères .
Et reviens où sont les vielleux.
Là, vers ton devantier à fleurs
Et vers ta caresse fleurie,
Je tends mon bec, je tends mon coeur,
Ce soir, ma mie.

Qu’ils soient tous bons les champignons !
Et que tous nos baisers soient bons !

(Gaston Couté)

Illustration

 

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Cascade (Jean-Claude Faucheux)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2016



Je t’apprendrai à jouer avec le feu
à te rompre le cou à te briser les reins
à marcher dans le vide sur une corde raide
à te casser les dents à suer eau et sang
à encaisser les coups sans plier le jarret
à griller les feux rouges de l’humaine bêtise
à déraper sur l’aile de l’utopie folle
à piler sur un mètre au passage de l’amour
(il est aveugle)
Il faudra bien t’apprendre
à cascader ta vie
puisque ta mère a eu l’imprudence divine
de te donner le jour.

(Jean-Claude Faucheux)

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