Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘impuissant’

La vie a une musique de fond (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2019



La vie a une musique de fond.
Nul ne sait reconnaître son origine,
mais il nous semble parfois nous rappeler sa mélodie.

C’est assez peut-être
pour ne pas nous sentir complètement étrangers,
quand toutes les musiques s’éclipsent
comme des soleils impuissants
dans les agitations subreptices
des espaces muets.

Bien que nous vivions à peine,
la musique de fond de la vie
nous permet pour le moins
d’écouter la rumeur de vivre.

(Roberto Juarroz)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

La mémoire (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2019


 


 

Gene Pressler

La mémoire

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : « Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois ! »

(François Coppée)

Illustration: Gene Pressler  

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Mer et brume (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




Illustration
    
Mer et brume
fusion laiteuse

Chacune se nourrit
de l’autre
l’absorbe

Au loin la corne
dite de brume
tente de les séparer

De glisser entre elles
le tranchant aigu
de la différence

N’y parvient pas

Brame
insistante
impuissante

Profil bas
le jour
et pesanteur du ciel

Brume de mort
infiltrée
dans le crépuscule
des cellules

Ni lame
ni corne
sachant disjoindre

Fusion morne

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Enfer (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Enfer

Quand je regarde au ciel, la rage solitaire
De ne pouvoir toucher l’azur indifférent
D’être à jamais perdu dans l’immense mystère
De me dire impuissant et réduit à me taire,
La rage de l’exil à la gorge me prend!

Quand je songe au passé, quand je songe à l’histoire,
A l’immense charnier des siècles engloutis,
Oh! je me sens gonflé d’une tristesse noire
Et je hais le bonheur, car je ne puis plus croire
Au jour réparateur des futurs paradis!

Quand je vois l’Avenir, l’homme des vieilles races
Suçant les maigres flancs de ce globe ennuyé
Qui sous le soleil mort se hérissant de glaces
Va se perdre à jamais sans laisser nulles traces,
Je grelotte d’horreur, d’angoisse et de pitié.

Quand je regarde aller le troupeau de mes frères
Fourmilière emportée à travers le ciel sourd
Devant cette mêlée aux destins éphémères,
Devant ces dieux, ces arts, ces fanges, ces misères,
Je suis pris de nausée et je saigne d’amour!

Mais si repu de tout je descends en moi-même,
Que devant l’Idéal, amèrement moqueur,
Je traîne l’Être impur qui m’écoeure et que j’aime,
Étouffant sous la boue, et sanglote et blasphème,
Un flot de vieux dégoûts me fait lever le coeur.

Mais, comme encor pourtant la musique me verse
Son opium énervant, je vais dans les concerts.
Là, je ferme les yeux, j’écoute, je me berce.
En mille sons lointains mon être se disperse
Et tout n’est plus qu’un rêve, et l’homme et l’univers.

(Jules Laforgue)


Illustration: Jerome Bosch

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Et pourtant les murs ne tombent pas (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



Les murs ne tombent pas
[43]

Et pourtant les murs ne tombent pas,
je ne sais pas pourquoi ;

un sifflement : zrr,
éclair dans une dimension

in-connue, non-déclarée ;
nous sommes impuissants,

poussière et poudre emplissent nos poumons
nos corps butent en passant

des portes tordues sur leurs gonds,
et les linteaux penchent

en diagonale ;
nous ne cessons de marcher

dans un air raréfié
qui s’épaissit en brouillard aveugle,

puis un pas rapide de côté,
car même l’air

est peu fiable,
épais quand il devrait être fin

et ténu
quand les ailes se séparent et s’ouvrent,

et l’éther
est plus lourd que le plancher,

et le plancher s’affaisse
tel un navire en détresse ;

nous ne connaissons aucune règle
de procédure,

nous sommes des voyageurs, qui découvrent
l’in-connu,

le non marqué ;
nous n’avons pas de carte;

peut-être atteindrons-nous le port,
la porte du paradis.

***

Still the walls do not fall,
I do not know why;

there is zrr-hiss,
lightning in a not-known,

unregistered dimension;
we are powerless,

dust and powder fill our lungs
our bodies blunder

through doors twisted on hinges,
and the lintels slant

cross-wise;
we walk continually

on thin air
that thickens to a blind fog,

then step swiftly aside,
for even the air

is independable,
thick where it should be fine

and tenuous
where wings separate and open,

and the ether
is heavier than the floor,

and the floor sags
like a ship floundering ;

we know no rule
of procedure,

we are voyagers, discoverers
of the not-known,

the unrecorded;
we have no map;

possibly we will reach haven,
heaven.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Orage (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2018


 


William Turner   Orage 

Orage

Orage
quelques gouttes
puis
la mer
est giflée
comme une
putain
par de mâles
torrents.
Elle se débat
face aux touristes
impuissants
prêts à tout
pour sauver
leur
ice-cream.
Laissez battre cette femme
par son époux
légitime.

Infidèle l’a-t-elle été ?
en accueillant
en son sein
nos corps gras
et
indignes.

Quelques gouttes
la mer s’en prend une
et toi
tu te blottis
contre mon torse
vidé
de sa colère.

(Balbino)

Illustration: William Turner

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Séparation (Ida Faubert)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2018



 

Asit Kumar Patnaik 1968 - Indian painter -   (8)

Séparation

Et puis, tu t’en iras. Je te verrai partir
Et je suivrai des yeux la voile qui t’emmène,
Retenant mes sanglots pour ne pas défaillir
Sous le poids accablant de mon immense peine.

Tu t’en iras! Nos mains se désenlaceront,
Et nous ne vivrons plus les minutes divines,
Où, si près l’un de l’autre et ton front sur mon front,
Nous entendions nos coeurs bondir dans nos poitrines.

Et devant ma douleur tu seras impuissant,
Toi, qui fus mon amour, ma joie et ma folie,
Et tu vas emporter la chaleur de mon sang,
Car je t’ai tout donné de ce qui fut ma Vie !

(Ida Faubert)

Illustration: Asit Kumar Patnaik

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

La solitude souffre (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



La solitude souffre,
elle écrit des poèmes très ordinaires,
la solitude descend au fond des mots,
ferme toutes les portes,
pleure doucement sur les malheurs du monde.

La solitude se détache du monde,
elle devient étrangère au monde, aux choses, aux êtres.

La solitude se tait, mâche le désespoir,
assiste impuissante à la destruction du monde.
L’odeur du café, le ricanement du tiroir, la présence de l’ange,
la température trop basse pour la saison, l’ombre des âmes mortes,
… tout cela aussi connaît la solitude

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Salvador Dali

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Mon esprit est un gros morceau de néant irrévocable (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
mon esprit est
un gros morceau de néant irrévocable dont le toucher et le goût et
l’odorat et l’ouïe et la vue ne cessent de frapper et de tailler avec
des outils fatals tranchants
dans une agonie de ciseaux sensuels j’accomplis des contorsions
de chrome et exécute des enjambées de cobalt
néanmoins je
sens que je ingénieusement suis modifié que je légèrement
deviens quelque chose d’un peu différent, en fait
moi-même
Là-dessus impuissant j’émets des hurlements lilas et des
mugissements écarlates.

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

BRUME GRISE (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
BRUME GRISE

Brume grise sur la baie de Knebel.
Des couteaux vibrant en cachette.
A cet endroit presque fortuit
qui me touche presque fortuitement.
Qui a le pouvoir ?

Et sous l’eau.
Sous la même brume gris-ardoise
qui coule si profondément en moi.
Des couteaux vibrant en cachette.
Qui n’a pas le pouvoir ?

Des pies de mer impuissantes. —
Des cris déchirants. —
Brume grise sur la baie de Knebel.

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :