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Posts Tagged ‘inadvertance’

A UNE JEUNE FILLE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
A UNE JEUNE FILLE

Tu es une goutte d’or tombée de la lumière de l’aurore
à l’extrême rivage de l’océan de ma vie.

Tu es la première fleur shiuli en mon automne,
fleur recouverte par la rosée.

Tu es l’arc-en-ciel, dans le ciel si loin,
se penchant pour baiser la terre.

Tu es la divination du premier croissant de lune
touchée par les blanches transparences d’un nuage.

Tu es le secret du ciel révélé à la terre
par quelque divine inadvertance.

Tu es la vision du poète,
vision d’un souvenir qui relève de sa naissance oubliée.

Tu es son petit chant perdu,
retrouvé par hasard.

Tu es le murmure de mots
qui vont au-delà de la parole.

Tu es l’esclavage
qui conduit à une liberté illimitée.

Tu ouvres la fenêtre, et tu m’appelles
à la fleur de lotus de la blanche et pure lumière.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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IMAGE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



IMAGE

D’une femme qui fut rencontre fugitive
je conserve le nom bien enfermé : c’est un coffret :
j’en élève parfois les syllabes rouillées
qui grincent tels de vieux pianos désaccordés :
de la pluie surgissent aussitôt les arbres de l’époque,
les jasmins, les deux nattes victorieuses
d’une femme au corps disparu, perdue,
noyée dans le temps comme dans les lentes eaux d’un lac :
ses yeux s’y sont éteints comme charbons en cendre.

I1 existe pourtant dans ce qui se dissout
un parfum mort, des veines enterrées
ou simplement la vie au milieu d’autres vies.

Tourner la tête vers — et seulement —
vers la pureté, fleure bon :
tâter le pouls du zénith torrentiel
de notre jeunesse amoindrie :
envoyer rouler une bague dans le vide,
pousser les hauts cris en plein ciel.

Le temps, à grand regret, me manque pour mes vies,
la minime, le souvenir laissé dans un compartiment,
dans une chambre ou bien en quelque brasserie
comme un parapluie resté sous l’averse :
ces lèvres qu’on ne voit pourraient bien être celles
que l’on entend soudain comme rumeur marine,
dans une inadvertance du chemin.

C’est pourquoi Irène ou Rosa, Maria ou Leonor,
vides coffrets, fleurs sèches dans un livre
appellent du fond de l’esseulement :
alors i1 faut ouvrir, écouter ce qui est
sans voix, et regarder ce qui n’existe pas.

(Pablo Neruda)


Illustration: Francine Van Hove

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Jardin (Hédi Kaddour)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2018



jardin

nous rendrez-vous cet air du Luxembourg
que vous traverserez longtemps sous notre regard
ironique et doux marchant non vers un prince
des plaisirs défendus mais un but sans attraits
le travail imperceptible d’équarrissage contre vous
les ombres mortes qu’il vous fallait discriminer
avec leur poids d’aïeules et tandis que nous
n’en finissions pas de jouer à l’avant-monde
et d’applaudir entre les voitures et les affiches
nos allures de guerriers mourants et vainqueurs
vous n’étiez même pas sûre à votre jeu
de rencontrer à temps la chaleur de votre corps
et l’envie folle d’être attendue perce-t-elle
aujourd’hui sous cette légèreté d’inadvertance
qui vous a fait garder le bleu marine pour au moins
le tissu tendre de votre écharpe striée d’éclairs
brun et or l’abdomen des abeilles quand vous passez
près des ruchers modèles où se renoue le temps discret

(Hédi Kaddour)


Illustration

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Qui témoigne pour nos blessures ? (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



Qui témoigne pour nos blessures ?

C’est par inadvertance que vient
l’arbre dans la terre, c’est par jeu
que la feuille naît dans l’arbre
et nul ne sait pourquoi le vent
et la pluie décident soudain
de se perdre dans ses branches.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?

C’est par inadvertance que vient
la faim sous la dent, c’est par jeu
que la proie devient mâchoire
et nul ne sait pourquoi le sang
et la blessure décident soudain
de hanter les rêves de la terre.

Tu pourrais vivre sans savoir
mais qui peut vivre sans témoin ?
C’est par inadvertance que vient
la pensée dans la chair, c’est par jeu
que le fantôme revient dans le coeur
et nul ne sait pourquoi la mémoire
et la justice décident soudain
de témoigner pour nos blessures.

(Alain Suied)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Jean-Georges Cornélius

 

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