Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘inaperçu’

MA JEUNESSE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



 

Edvard Munch, Despair  500

MA JEUNESSE

Je n’ai pas fait tout mon chemin
Que déjà je tourne la tête
Pour découvrir comment s’est faite
Ma jeunesse et je n’en sais rien
Ma jeunesse et je n’en vois rien

Elle a dû passer poliment
Et pour ne déranger personne
N’a laissé que l’écho qui sonne
Au fond de la tête et qui ment
Au fond de la tête et qui ment

Peut-être sans que je l’aie su
Avons-nous fait la route ensemble
Tout le long de ces jours qui tremblent
D’être passés inaperçus
D’être passés inaperçus

J’ai pourtant cueilli mes saisons
Sans en laisser échapper une
J’ai pourtant payé à la lune
Ma part de rime et de raison
Ma part de rêve et de chanson

Je m’en venais d’après le vent
Afin que tu m’y reconnaisses
Et si j’ai croise ma jeunesse
L’aurai laissé passer devant
Je l’ai laissé passer devant

(Gilles Vigneault)

Illustration: Edvard Munch

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Quel mot fit notre perte ? (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



Quel mot fit notre perte ?
quel geste inaperçu rompit notre équilibre ?
qui donc nous réveilla distants?
Les barques des pêcheurs sont désertées
et l’Automne n’a plus de feuilles.

(Pierre Béarn)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Penser à toi (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017



Illustration: Montserrat Gudiol
    
Penser à toi
reste mon silence le plus précieux
le plus long le plus orageux silence.
Tu es en moi toujours
comme mon coeur inaperçu
mais comme un coeur qui ferait mal
blessure qui ferait vivre.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Soleil inaperçu (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



 

Soleil inaperçu

Le temps nous aura disjonctés, me dis-je
Dans l’opacité de nous qui s’accroît.
Je trace à la craie un semblant de croix
Sur le tombeau d’illusoires prodiges.
Plus rien ne s’accorde au flux de nos gestes
Ni rose des vents ni rose des os.
Le sang s’aveugle en son propre réseau
De notre peau subsiste un palimpseste.
La vie est notre dette. Qui l’endosse?
Des rêves le brouillon s’est détaché.
L’arrière-écrit nous demeure caché
De tout penser quelque leurre est la fosse.
Est-ce le temps qui nous creuse et divise
Semant nos feuilles mortes sur le sol
Et de nos nuits désaxant la boussole
Voile en nos yeux une terre promise ?
Pourtant nous sommes faits de ce tissu
C’est lui qui se reprend puis se démaille.
De quel aimant sommes-nous la limaille
Captifs de quel soleil inaperçu?

(Charles Dobzynski)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

L’ÎLE NOUS RESTE EN MÉMOIRE

L’île nous reste en mémoire
comme le changement sur un miroir
ou une rivière souterraine.

L’île se perd en allant.
Elle semble être tranquille.
Une moitié à présent dans l’ombre

et pourtant elle augmente en allant,
aussi mémorable que les phases de la lune.
Elle fait des avances inaperçues

avec un semblant d’abandon ;
elle glisse entre les doigts,
une pierre au lustre laiteux…

Non, tu ne peux la tenir, elle
se tortille comme une femme ! Ses nuits
nous restent en mémoire : les yeux

d’or de la chèvre noire tirant sur sa
corde nous fixent quand nous passons,
le coq leghorn, blanc

comme un corps nu se tortillant, la croix
incluse dans un code secret, la nuit
incluse dans la rose…

Oh, le poids de nos flots
comparé à celui d’une île
Car nous sommes ancrés, l’île

un constant et blanc glissement !

***

THE ISLAND IS MEMORABLE TO US

The island is memorable to us
as the change of a mirror
or an underground river.

The island loses in going.
It appears to be still.
Half of it, now, is in shadow,

and yet it increases in going,
memorable as the moon’s changes.
It makes unnoticed advances

with an appearance of yielding;
it slips through the fingers,
a stone with a milky luster…

No, you cannot hold it, it
twists like a woman! Its nights
are memorable to us: the black

rope-straining goat’s golden
eyed gaze at our passings,
the leghorn rooster, white

as a bare body’s twisting, the cross
enclosed by the cipher, the night
enclosed by the rose…

Oh, heavy our flow
compared to the weight of an island!
For we are the anchored, the island

a constant white gliding!

(Tennessee Williams)

 

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

Bradley Walker Tomlin number-14-1949

RECHERCHE D’UNE DÉFINlTION
(en regardant un tableau de Bradley Walker Tomlin)

Toujours la plus petite action

possible
en ce temps d’actions

plus vastes que la vie, un geste
vers l’objet qui passe

presque inaperçu. Un petit vent

agitant un feu de joie, par exemple,
que j’ai découvert l’autre jour
par hasard

sur le mur d’un musée. Presque rien
ne s’y trouve : quelques touches
de blanc

jetées négligemment sur le noir pur
du fond, rien de plus

qu’un petit geste
essayant de n’être rien

de plus que lui-même. Et pourtant
il n’est pas ici
et à mes yeux la question
ne sera jamais
d’essayer de simplifier
le monde, mais une manière de chercher un lieu
par où pénétrer le monde, une manière d’être
présent
au milieu des choses
qui nous ignorent — mais dont nous avons besoin
tout autant que nous avons besoin
de nous-mêmes. Un instant à peine auparavant
la belle

femme
qui était auprès de moi
avait dit combien elle désirait
un enfant
et qu’il était grand temps de
la féconder. Nous sommes convenus
d’écrire chacun un poème
qui utilise les mots «un petit
vent
agitant un feu de joie». Depuis ce temps-là
rien

n’a plus de sens que la petite
action
présente dans ces mots, l’action
d’essayer de prononcer

des mots

qui ne veulent presque rien dire. Jusqu’au bout
je veux être égal

à tout ce que
mon oeil m’apportera, comme si
je pouvais finalement me voir moi-même

disparaître
dans les choses presque
invisibles

qui nous entraînent nous-mêmes et tous
les enfants à naître

dans le monde.

(Paul Auster)

Illustration: Bradley Walker Tomlin… peut-être ce tableau dont parle Paul ?

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Percevoir (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
Percevoir avec le cerveau du chat
petit entre ses deux oreilles
mais de connexions très subtiles :
odeurs, présence, inaperçues de nous

regarder
avec les yeux à facettes des mouches

comprendre avec l’intelligence d’une seiche
immense, nous dit-on,
— et plus nous serions seiche,
plus la profonde mer nous bercerait.

Toutes ces versions du monde
inconnues
trouvons jouissance à songer à elles

qui nous observent
et
peut-être
ne nous envient pas d’être nous.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Depuis longtemps je me suspectais moi-même (Marin Sorescu)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



Illustration: René Magritte
    
Depuis longtemps je me suspectais moi-même,
Aussi toute la journée je me suis filé
A distance discrète.

Or, sachez que je suis plus dangereux que je ne l’imaginais :
Quand je vais dans la rue, je regarde à droite, à gauche,
Comme si je ne cessais de photographier
Les maisons, les hommes, les poteaux télégraphiques,
Toutes ces richesses.

Puis, sans raison,
Pour passer inaperçu peut-être,
Je modifie l’expression de mon âme.
Mon visage comme un alphabet morse
Transmet sans cesse Dieu sait quel secret
Aux hommes de la lune qui sont à notre écoute.

Quand je suis devant ma table,
Je déchire une feuille de papier
En petits morceaux qui, sitôt roulés en boules,
Sont projetés dans l’oubli,
Ce qui est très bizarre.

Cette nuit je descendrai en rêve
Par une corde qu’à cet effet j’ai dans ma poche,
Pour voir ce que là-bas l’individu avoue,
Ce dont il se souvient spontanément
Et — ce qui importe plus — qui notamment
Lui fournit ces rapports sur les choses ?
Après quoi je me mettrai
A rédiger la fiche.

(Marin Sorescu)

 

Recueil: Céramique
Traduction: Françoise Cayla
Editions: Saint-Germain-des-Prés

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Un Secret (Félix Arvers)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Un Secret

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère:
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas! J’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas;

A l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle:
« Quelle est donc cette femme? » et ne comprendra pas.

(Félix Arvers)

Illustration: Fabienne Contat

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

Si l’on pouvait être aussi ouvert qu’une chambre d’été (Bo Carpelan)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



Si l’on pouvait être aussi ouvert qu’une chambre d’été où le vent
file inaperçu et où le parfum rêche du fourré de framboises se dresse
dans la chaleur vers les jeux des hirondelles et des enfants –
si l’on pouvait se contenter d’herbe, la distraction du jour,
et vivre un peu, profiter de ce qui arrive sans crier gare.
Dans le feuillage du chêne, quelque chose bouge, un sentiment
crépusculaire entre les arbres qui se trouvaient là de bonne heure.
Savoir confiant comment les heures du bonheur disparaissent,
comment les enfants se cachent, les nuages font surface, un bateau
accoste sur le bord de la baie, toi tenant les rames, moi sur le banc de nage.

***

Om man kunde vara lika öppen som ett sommarrum
där vinden osedd går och hallonsnårens sträva doft
i värmen stiger upp mot svalors lek och barnens –
om man kunde nöja sig med gräset, dagens distraktion,
och leva lite, ta till vara det som händer obeaktat,
i ekens lövverk någonting som rör sig, en känsla
av skymning mellan träden som tidigt fanns där.
Att utan oro veta hur de glada timmarna försvinner,
hur barnen gömmer sig, moln dyker upp, en båt
stöts up på viken, du vid årorna och jag på aktertoften.

(Bo Carpelan)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :