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Poésie

Posts Tagged ‘incarner’

La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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NOUS CHANTERONS… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
NOUS CHANTERONS…

Nous chanterons la non-rencontre :
Le seuil et le tracé perdus

Nous chanterons la non-rencontre :
La vie erronée dans un pays erroné
De nouveaux rats incarnent l’avidité ancienne

***

CANTAREMOS…

Cantaremos o desencontro :
O limiar e o linear perdidos

Cantaremos o desencontro :
A vida errada num país errado
Novos ratos mostram a avidez antiga

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

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Sur la robe elle a un corps (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



Sur la robe
elle a un corps

Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
Glorieuse
Si tu t’incarnes avec esprit
Les couturiers font un sot métier
Autant que la phrénologie
mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes
Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
Les étoiles creusent le ciel
Les couleurs déshabillent
« Sur la robe elle a un corps »
Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils quand les eaux se déversent
dans le dos avec les omoplates glauques
Le ventre un disque qui bouge
La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
Ventre
Disque
Soleil
Les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses

(Blaise Cendrars)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Fabienne Contat

 

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Peau-aime (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



 

 

Peau-aime (2)

Ô mon ange aux yeux bleus comme l’azur marin
L’indigo d’océans s’élevant vers les ciels
Ton sourire est pareil à un arc-en-ciel
Je te salue beauté incarnant le divin

Tes seins rassemblent toutes les splendeurs des mondes
Et tes hanches celles de tous les univers
Tes fesses sont semblables aux globes et aux sphères
Tant elles sont parfaitement courbes et rondes

Ton corps a le parfum des siècles et des ères
Qui tournoient lentement par devers l’infini
Quant à ton âme elle a l’apparence jolie

De la sainte la fée ou bien de la houri
Or ton regard est pur autant que les éthers
De cette éternité s’ouvrant comme la mer

(Jean-Claude Demay)

Illustration: Carolus-Duran

 

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Harmonie (Jean-Claude Demay)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2017



Harmonie

Tu as cette beauté issue du fond des âges
Il passe dans tes yeux l’aile même des anges
Et tous les univers et tous les paysages
Soudain sont révélés par ta voix très étrange

Incarnant les splendeurs tes gestes sont très lents
Tu ressembles alors aux déesses antiques
Qui regardent au loin s’éloigner l’océan
Ton sourire semble provenir de l’Attique

Les étoiles tremblent au rebord de tes cils
Ton regard est pareil aux astres qui tournoient
Sous la voûte nocturne qui danse gracile

Aux stridences des astres et semblerait-il
Que ton visage s’illumine des éclats
De bonheur de liesse et de profonde joie

(Jean-Claude Demay)

Illustration: James Sant

 

 

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ÉLÉMENTAIRE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2016


 


Brigitte Chataignier prana1

 

ÉLÉMENTAIRE

(sur une chorégraphie de Brigitte Chataignier)
je ne sais pas
j’ouvre
les yeux
sur le monde
je ne sais pas
ne sais pas
dans la nuit
dans le noir
les mots
apparaissent
les mots
résonnent

le mot danse
apparaît
j’aimerais tant
oh oui
avec
tout mon corps
avec
toute ma voix
m’incarner
complètement
absolument

j’aimerais
j’aimerais
oui
j’aimerais tant

je ne sais pas
j’ouvre les yeux
sur chaque moment
le regard
l’infini
le regard
l’infini
j’écoute
j’écoute de toutes mes forces

et le mot terre apparaît

je respecte la terre
le son de la terre
je sonde la terre
le corps de la terre
les éléments se tiennent
par la main
tous les éléments

je descends dans la terre
les manteaux
qui me recouvrent
tombent les uns après les autres
je passe
de l’autre côté de la tombe
de l’autre côté des cendres

j’expire
je vais au bout du corps
au bout de la terre
au bout de la femme
j’inspire

(Zéno Bianu)

 

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Petit Tableau (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2016


Petit Tableau

Une pomme multicolore
Que l’arc-en-ciel relie au soleil
Cette grosse pomme d’or.

Quelques fleurs éclosent
Dans un vase bleu que tiennent
Des mains aux ongles peints

Un oeil aux longs cils
Qui battent comme des ailes
Lorgnent la pomme
Qui incarne le péché.

(Jean-Baptiste Besnard)

Le Blog de Jean-Baptiste ici

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SAISONS (François Montmaneix)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



SAISONS

Par la neige d’un silence
la fraîcheur de ma lucarne
sabots vifs un feu s’élance
dans la lueur qui l’incarne.

La femme qui vient d’éclore
tendrement ouvre les airs
m’envahit de son aurore
et s’accroît de mes éclairs.

Voici dans le fruit ce bol
où nous goûterons la terre
voici dans l’oiseau ce verre
où nous boirons notre envol.

(François Montmaneix)

 

 

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ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE (Joseph Brodski)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2015



ÉPITAPHE POUR UN CENTAURE

Dire qu’il fut malheureux serait trop dire,
ou trop peu : fonction de l’auditoire.
Pourtant l’odeur qu’il dégageait était légèrement offensante
et son galop, bien difficile à suivre à hauteur.
Il disait, On avait prévu une statue, mais quelque chose avait raté :
le moule ? la fabrication ? la gestion ?
Ou la guerre n’avait pas eu lieu, on avait pactisé avec l’ennemi,
et lui, on l’avait laissé là, sans doute avec mission d’incarner
l’Intransigeance, l’Incompatibilité, ces choses qui ne prouvent pas tant
la singularité d’un être, sa valeur, mais un simple probable.
Des années durant, tel un nuage, il avait erré dans les champs d’oliviers,
admirant que l’unijambisme engendrât l’immobilité.
Il apprit à se mentir à lui-même et en fit un art,
faute de meilleure compagnie, et pour vérifier sa santé mentale.
Et il mourut assez jeune, parce qu’il trouva que
sa part animale était moins durable que son humanité.

(Joseph Brodski)

Illustration: Gustave Moreau

 

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Je porte mes orages sur mes épaules (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2015




Alors que le ciel plonge ses racines dans le sol
Au milieu des heures souriantes
Je crucifie le temps
Sensible aux appels
Je suis plusieurs vélléités
Plusieurs désirs d’être
Et incarne de multiples personnages
Qui sont ce que je suis
Devant l’écho muet des jours anciens
Je porte mes orages sur mes épaules

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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