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Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

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Retouche à novembre (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 20 novembre 2017




    
retouche à novembre

des peupliers montent la garde
sur le canal plus verni qu’un cercueil
le ciel en berne est incliné

le vent avale un requiem
et l’écluse est en larmes
la terre est au plus bas

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Vestiaire des anges
Editions: Grasset

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Bourreaux ou frères (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Près de vos armes, hommes inflexibles,
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.
Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on le ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir, pour en arracher les images,
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi:

Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous,
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà – je marche parmi vous,
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule: poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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HEMORRAGIE, ASCENSION (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



HEMORRAGIE, ASCENSION

Près de vos armes, hommes inflexibles
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.

Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir pour en arracher les images
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi.
Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme dans une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà je marche parmi vous
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule : poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)


Illustration: Jean Delville

 

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Chaque arbre incliné (Dominique Sampiero)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



chaque arbre incliné est un homme
qui parle à la terre une lave

grise murmurante
ne t’arrête pas marche

les visages ont usé le temps sur
leur front l’horizon pleure sous

la peau se fissure casse
puis se redresse encore

et c’est le lieu maintenant
qui nous regarde dans les yeux

(Dominique Sampiero)

Illustration: Kazimir Malevitch

 

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Les anges (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015


Statue_Mère_et_enfants_Temple_Square

 

Les anges ne sont pas des personnes
ne sont que des silences
de purs silences gardiens
On peut en voir souvent
si on regarde bien
dans les jardins publics
auprès d’une femme
penchée sur son enfant
ou d’un arbre
incliné sur son ombre

(Christian Bobin)

 

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LE RÊVE DE MON ENFANT (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2015



 

Helene Knoop 121

LE RÊVE DE MON ENFANT

[…]
Dès lors un mal secret répandit sa pâleur
Sur ce front incliné, qui brûlait sous mes larmes.
Je voyais se détruire avant moi tant de charmes,
Comme un frêle bouton s’effeuille avant la fleur.
Je le voyais ! et moi, rebelle… suppliante,
Je disputais un ange à l’immortel séjour.
Après soixante jours de deuil et d’épouvante,
Je criais vers le ciel :  » Encore, encore un jour  »
Vainement. J’épuisai mon âme tout entière ;
A ce berceau plaintif j’enchaînai mes douleurs ;
Repoussant le sommeil et m’abreuvant de pleurs,
Je criais à la mort :  » Frappe-moi la première !  »
Vainement. Et la mort, froide dans son courroux,
Irritée à l’espoir qu’elle accourait éteindre
Et moissonnant l’enfant, ne daigna pas atteindre
La mère expirante à genoux.
[…]

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Helene Knoop

 

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