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Poésie

Posts Tagged ‘incolore’

L’EAU (Jeanine Moulin)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2019



eau

L’EAU

Captive d’une bouteille,
l’eau n’a de regard pour personne.
Elle pleure sur son ennui d’exister.

Passive en ses parois de verre
elle attend d’être bue
par une bouche qui la réchauffera.

Incolore, comme le temps,
elle patiente dans sa robe liquide,
dans son calme obligé,
jusqu’au moment de devenir,
une évaporée qui monte aux nues.

(Jeanine Moulin)

 

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L’ÎLE SUR LE LAC, À INNISFREE (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

L’ÎLE SUR LE LAC, À INNISFREE

Que je me lève et je parte, que je parte pour Innisfree,
Que je me bâtisse là une hutte, faite d’argile et de joncs.
J’aurai neuf rangs de haricots, j’aurai une ruche
Et dans ma clairière je vivrai seul, devenu le bruit des abeilles.

Et là j’aurai quelque paix car goutte à goutte la paix retombe
Des brumes du matin sur l’herbe où le grillon chante,
Et là minuit n’est qu’une lueur et midi est un rayon rouge
Et d’ailes de passereaux déborde le ciel du soir.

Que je me lève et je parte, car nuit et jour
J’entends clapoter l’eau paisible contre la rive.
Vais-je sur la grand route ou le pavé incolore,
Je l’entends dans l’âme du coeur.

***

THE LAKE ISLE OF INNISFREE

I will arise and go now, and go to Innisfree,
And a small cabin build there, of clay and wattles made :
Nine bean-rows will I have there, a hive for the honeybee,
And live alone in the bee-loud glade.

And I shall have some peace there, for peace comes dropping slow,
Dropping from the veils of the morning to where the cricket sings ;
There midnight’s all a glimmer, and noon a purple glow,
And evening full of the linnet’s wings.

I will arise and go now, for always night and day
I hear lake water la pping with low sounds by the shore;
While I stand on the roadway, or on the pavements grey,
I hear it in the deep heart’s core.

(William Butler Yeats)

Illustration

 

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NOCHE (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



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NOCHE

Médaillon de crêpe chinois
piqué sur l’étoffe indolore
du ciel des nuits qu’un chien aboie
vaguement glauque et incolore
glousse la lune

Il est tard près de moi dors bien
je suis arrimé à ma table
j’écris mais sans plus croire à rien
d’un indifférent redoutable
sous la lulune

Le chien aboie
la lune boit
moi je me noie
dans mes lacunes

(Louis Calaferte)

 

 

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Marée (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018



Marée

La vie se retire,
Tire ses galets:
Par cette marée
Le désert empire.

Epaves, larcins,
Monstres affalés,
Feuillages brûlés
Des arbres marins

S’entassent, s’emmêlent
Dans les plis salés
Du sable léché
Par l’ennui du jour.

L’ombre défendue.
Le chant qui défaille.
Une coque bâille
Au vent qui la tue.

Le soleil dévore
De pâles méduses.
La mer au loin s’use
En jeux incolores.

Trop tard si la force
Un instant perdue
S’amasse et reflue
Vers la rive sèche:

La vague ne sent
A ses lèvres bleues
Que le baiser creux
De mille ossements.

(Jean Joubert)

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Voici le Réel longtemps caché (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



 

Tibet-Abhisambodhi-Vairocana-Mandala

Voici le Réel longtemps caché
dans les noms et les formes

le moment où
vingt mille respirations
atteignent leur plénitude

« la pluie aussi fait partie du chemin »

et la musique
et le corps dansant

abhisambhodi

l’univers un tourbillon incessant
sous les lois du changement
mais une lumière peut en jaillir

une averse de lumière
qui inonde le cerveau

« flux de conscience pure
courant d’émotion incolore »

***

Now the long-hidden Real
within the names and forms

the moment when
twenty thousand breathings
reach their plenitude

« rain also is of the process »

and the music
and the dancing body

abhisambhodi

it all whirls incessantly
under the laws of change
but there is light in it

there is a rain of light
flooding the brain

« a pure flow of consciousness
a stream of colourless emotion »

(Kenneth White)

 

 

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Au moulin (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



    
Au moulin d’encre on y apporte
les draps noirs de l’illusion
Les reflets indigo s’en vont
avec les frappes du torrent
et le gris ciselé des nuages

Au moulin d’eau on y apporte
les draps blancs de la famine
Les reflets jaunâtres s’en vont
et la solitude la bile
avec les croûtes d’argile

Au moulin d’or on y apporte
les draps verts de la magie
Les reflets de mousse s’en vont
drôles de barbes assagies
postiches sur des troncs d’arbre

Au moulin du rêve au moulin du son aigu
au moulin du raclement de gorge
on y apporte les draps incolores du sens
mais rien ne part rien ne s’accroche
ton sur ton ni foi ni teinte

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sur cet arbre est un oiseau (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
Sur cet arbre est un oiseau;
il danse dans la joie de la vie.

Nul ne sait où il est.
Et qui peut dire quel est le refrain de sa chanson ?
Où l’ombre la plus épaisse tombe des branches, c’est là qu’il a son nid.
Il y vient au soir et s’en vole au matin; je ne le comprends pas.
Nul ne peut me dire quel est cet oiseau qui chante en mon âme.
Ses plumes ne sont ni colorées ni incolores.

— Il n’a ni forme ni contour.
Il se tient dans l’ombre de l’amour.
Il dort au sein de l’Inaccessible, de l’Infini et de l’Éternel
et nul ne sait quand il s’envole et nul ne sait quand il revient.

Kabîr dit : « Ô frère Saint ! profond est ce mystère.
Laisse les sages chercher où habite cet oiseau. »

(Kabîr)

 

 

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SUITE A LA FÊTE (André Lartigue)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



SUITE A LA FÊTE

Quand la ville noyée
Allumera ses feux

Et que de nos amis
Les soirs seront plus doux

Je chercherai encor
Ton regard incolore

Telle que je t’aimai
Je ne te connais plus

Et seul le dur sommeil
Où tu t’es arrêtée

Et que je connaîtrai
Peut-être un jour d’octobre

Saura nous démontrer
La valeur de nos lèvres

(André Lartigue)

 

 

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L’ARAIGNÉE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



L’ARAIGNÉE

C’est une araignée énorme qui ne marche plus;
une araignée incolore dont le corps,
tête et abdomen, saigne.

Aujourd’hui je l’ai vue de près. Avec quel effort
vers tous ses flancs
elle étirait des pattes innombrables.
Et j’ai pensé à net yeux invisibles,
nautoniers fatals de l’araignée.

C’est une araignée qui palpitait fixement
sur un rasoir de pierre ;
abdomen d’un côté,
tête de l’autre.

Avec toutes ces pattes, la pauvre, elle ne sait comment
avancer. Et, en la voyant ainsi
aujourd’hui, abasourdie, en transe,
quelle peine m’a fait cette voyageuse.

C’est une araignée énorme, son abdomen
l’empêche d’escorter sa tête.
J’ai pensé à ses yeux
à ses nombreuses pattes…
Comme elle m’a fait de la peine cette voyageuse !

***

LA ARAÑA

Es una araña enorme que ya no anda;
una araña incolora, cuyo cuerpo,
una cabeza y un abdomen, sangra.

Hoy la he visto de cerca. Y con qué esfuerzo
hacia todos los flancos
sus pies innumerables alargaba.
Y he pensado en sus ojos invisibles,
los pilotos fatales de la araña.

Es una araña que temblaba fija
en un filo de piedra;
el abdomen a un lado,
y al otro la cabeza.

Con tantos pies la pobre, y aún no puede
resolverse. Y, al verla
atónita en tal trance,
hoy me ha dado qué pena esa viajera.

Es una araña enorme, a quien impide
el abdomen seguir a la cabeza.
Y he pensado en sus ojos
y en sus pies numerosos…
¡Y me ha dado qué pena esa viajera!

(César Vallejo)

Illustration: Odilon Redon

 

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Aquarium (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



Aquarium

Hélas ! mes vœux n’amènent plus
Mon âme aux rives des paupières,
Elle est descendue au reflux
De ses prières.

Elle est au fond de mes yeux clos,
Et seule son haleine lasse
Élève encore à fleur des eaux
Ses lys de glace.

Ses lèvres au fond des douleurs,
Semblent closes à mille lieues,
Et je les vois chanter des fleurs
À tiges bleues.

Ses doigts blanchissent mes regards,
En suivant la trace incolore
De ses lys à jamais épars
Et morts d’éclore.

Et je sais qu’elle doit mourir
En joignant ses mains impuissantes,
Et lasses enfin de cueillir
Ces fleurs absentes.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: John Everett Millais

 

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