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L’ARAIGNÉE (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



L’ARAIGNÉE

C’est une araignée énorme qui ne marche plus;
une araignée incolore dont le corps,
tête et abdomen, saigne.

Aujourd’hui je l’ai vue de près. Avec quel effort
vers tous ses flancs
elle étirait des pattes innombrables.
Et j’ai pensé à net yeux invisibles,
nautoniers fatals de l’araignée.

C’est une araignée qui palpitait fixement
sur un rasoir de pierre ;
abdomen d’un côté,
tête de l’autre.

Avec toutes ces pattes, la pauvre, elle ne sait comment
avancer. Et, en la voyant ainsi
aujourd’hui, abasourdie, en transe,
quelle peine m’a fait cette voyageuse.

C’est une araignée énorme, son abdomen
l’empêche d’escorter sa tête.
J’ai pensé à ses yeux
à ses nombreuses pattes…
Comme elle m’a fait de la peine cette voyageuse !

***

LA ARAÑA

Es una araña enorme que ya no anda;
una araña incolora, cuyo cuerpo,
una cabeza y un abdomen, sangra.

Hoy la he visto de cerca. Y con qué esfuerzo
hacia todos los flancos
sus pies innumerables alargaba.
Y he pensado en sus ojos invisibles,
los pilotos fatales de la araña.

Es una araña que temblaba fija
en un filo de piedra;
el abdomen a un lado,
y al otro la cabeza.

Con tantos pies la pobre, y aún no puede
resolverse. Y, al verla
atónita en tal trance,
hoy me ha dado qué pena esa viajera.

Es una araña enorme, a quien impide
el abdomen seguir a la cabeza.
Y he pensado en sus ojos
y en sus pies numerosos…
¡Y me ha dado qué pena esa viajera!

(César Vallejo)

Illustration: Odilon Redon

 

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Aquarium (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2016



Aquarium

Hélas ! mes vœux n’amènent plus
Mon âme aux rives des paupières,
Elle est descendue au reflux
De ses prières.

Elle est au fond de mes yeux clos,
Et seule son haleine lasse
Élève encore à fleur des eaux
Ses lys de glace.

Ses lèvres au fond des douleurs,
Semblent closes à mille lieues,
Et je les vois chanter des fleurs
À tiges bleues.

Ses doigts blanchissent mes regards,
En suivant la trace incolore
De ses lys à jamais épars
Et morts d’éclore.

Et je sais qu’elle doit mourir
En joignant ses mains impuissantes,
Et lasses enfin de cueillir
Ces fleurs absentes.

(Maurice Maeterlinck)

Illustration: John Everett Millais

 

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AQUARIUM (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2016


 


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AQUARIUM

Hélas ! mes vœux n’amènent plus
Mon âme aux rives des paupières,
Elle est descendue au reflux
De ses prières.

Elle est au fond de mes yeux clos,
Et seule son baleine lasse
Élève encore à fleur des eaux
Ses lys de glace.

Ses lèvres au fond des douleurs,
Semblent closes à mille lieues,
Et je les vois chanter des fleurs
A tiges bleues.

Ses doigts blanchissent mes regards,
En suivant la trace incolore
De ses lys à jamais épars
Et morts d’éclore.

Et je sais qu’elle doit mourir
En joignant ses mains impuissantes,
Et lasses enfin de cueillir
Ces fleurs absentes.

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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L’eau vivante (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2016



L’eau vivante vraiment et vraiment féminine
Aime le ciel, comme en un hymen consenti,
Reflétant ses couleurs — et sans nul démenti !
Car, pour lui correspondre en tout, elle élimine
Les choses qui pourraient mitiger son reflet,
Et soi-même s’oblige à rester incolore.
Quel émoi douloureux si le vent éraflait
Ce cristal où le ciel lointain trouve à s’enclore,
Infidèle miroir désormais nul et nu!
Il est des jours dans cet amour tout ingénu,
Dans cet amour du ciel et de l’eau, des jours tristes
Où le ciel gris clans l’eau se retrouve si peu;
Puis d’autres où l’eau gaie absorbe tout son bleu,
Bleu de mois de Marie et de congréganistes.
Mais c’est le soir surtout que devient mutuel
Leur amour, à l’heure où l’eau pâmée et ravie
Brûle des mêmes feux d’étoiles que le ciel!
Lors plus rien n’est dans eux qui les diversifie.
Ressemblance ! Miracle inouï de l’amour
Où chacun est soi-même et l’autre tour à tour…
Or, dans l’assomption de la lune opportune,
— Comme l’amour de deux amants silencieux,
Pour se prouver, se réciproque dans leurs yeux,—
On voit le ciel et l’eau se renvoyer la lune

(Georges Rodenbach)

 

 

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Pieds et poings liés (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2015




Pieds et poings liés

Quand je serai le cheval de pierre
debout devant l’éternité
je demanderai aux divinités des plantes
le manteau de pluies indispensable aux voyageurs éternels
Aujourd’hui je suis dans un puits glacé
où pleurent les madones noyées par leurs larmes et la pluie éternelle
qui recouvre les pensées des hommes
leurs souvenirs et leurs ambitions déjà flétris
par une main inexperte
et incolore comme l’eau d’une carafe
où vit cependant l’oeil de ma bien-aimée
couleur de citron et d’orage implacable

(Benjamin Péret)

 

 

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