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Posts Tagged ‘incomparable’

Ivresse rimbaldienne (Nimrod)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Ivresse rimbaldienne

Un bleu outremer guette au fond de mon oeil son écho.
Toujours je le préférai aux joies réverbérantes.
Il m’offre à toute heure du jour l’ivresse des solitudes.
je suis l’empailleur de l’espoir ici-bas, son tombeau incomparable !

L’enfance est un passeport égaré le long des routes
Indélicates. Elles desservent des foules des forêts
Abruptes et bourrues, insensibles à la patience des nuages.

Où s’en sont allées mes jeunes années ? Le temps les frictionne
De son amour universel. J’en appelle à l’ordre luciférien
Sans perdre de vue ni la douceur des nuées
Ni la beauté des ombres dociles errantes

Il ne tient qu’à moi de leur tourner le dos.
De chiffrer leurs mêlées leurs aises sur le plancher des vaches.
Le bonheur un brin paresseux suit sa pente.

(Nimrod)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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IVRESSE D’AMOUR (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2018



Illustration 
    
IVRESSE D’AMOUR
Li-Taï-Pé

Le vent agite doucement, à l’entour du Palais des Eaux,
les fleurs embaumées des nénuphars.

Sur la plus haute terrasse de Kou-sou
on peut apercevoir le roi de Lou, étendu nonchalamment.

Devant lui, Sy-Ché, la beauté même, danse, avec une grâce incomparable,
des gestes délicats et sans force.

Puis elle rit d’être aussi voluptueusement lasse, et, languissante,
vient s’appuyer du côté de l’Orient, au rebord de jade blanc du lit royal.

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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La Beauté est mon calvaire (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



La Beauté est mon calvaire.
Toute beauté me plonge au sein du désespoir
en me rappelant que j’en suis bannie
et en me renvoyant à ma propre nuit intérieure,
chaque nouveau chant, chaque nouvelle partition de lumière
renouvelant sous une forme chaque fois plus éclatante et plus irrévocable
l’anathème m’interdisant d’en approcher.

Ma pauvreté spirituelle, que rehausse leur incomparable richesse,
est faite des plus beaux cantiques, des mélodies les plus chastes,
et mon âme, que blesse éternellement le songe immaculé de la Beauté,
doit vivre à travers elle sa propre nuit spirituelle…

N’existant qu’afin que la spiritualité soit hors de moi plus pure,
l’intelligence plus haute et la bonté plus lumineuse,
il me faut vivre de cette misère sans aucun moyen d’y échapper.

(Lydie Dattas)

 

 

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LES FLEURS (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2018



Illustration: Josephine Wall 
    
LES FLEURS

J’ai quinze ans, je me prends par la main.
Conviction d’être jeune avec les avantages d’être très caressant.

Je n’ai pas quinze ans.
Du temps passé, un incomparable silence est né.

Je rêve de ce beau, de ce joli monde de perles et d’herbes volées.
Je suis dans tous mes états.

Ne me prenez pas, laissez-moi.

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésies 1913-1926
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sa voix est cassonade (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



    

Sa voix est cassonade
cantatrice rossignol aux gammes
d’herbe et de rosée
Les mots d’arabe posés oiseaux de jour
sur les fils pour le linge des jeunes filles
qui répètent les paroles fredonnent
derrière la fraîcheur des murs
blanchis par la nostalgie d’amour
et ce qui avait goût de jasmin
quand la vie n’avait pas trahi
sa première ligne

Sa voix rappelle qu’il est un jardin
où les roses de Saâdi brillent encore
où tu pourrais poser la tête et pleurer
jusqu’à trouver la paix du coeur
et le sourire incomparable des yeux
quand l’amour repart

Quelque part le chant si pur
monte dans le crépuscule

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Girafes (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 23 novembre 2017




    
J’ai maintes fois vu des girafes arpenter la plaine,
avec leur grâce incomparable, quasi végétative,
comme s’il ne s’agissait pas d’un troupeau d’animaux,
mais d’une famille de rares fleurs colossales,
tachetées et montées sur de hautes tiges.

(Karen Blixen)

 

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Vieille Clameur (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



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Vieille Clameur

Une tige dépouillée dans ma main c’est le monde
La serrure se ferme sur l’ombre et l’ombre met son oeil à la serrure
Et voilà que l’ombre se glisse dans la chambre
La belle amante que voila l’ombre plus charnelle que ne l’imagine
perdu dans son blasphème le grand oiseau de fourrure blanche
perché sur l’épaule de la belle,
de l’incomparable putain qui veille sur le sommeil
Le chemin se calme soudain en attendant la tempête
Un vert filet à papillon s’abat sur la bougie
Qui es-tu toi qui prends la flamme pour un insecte
Un étrange combat entre la gaze et le feu
C’est à vos genoux que je voudrais passer la nuit
C’est à tes genoux
De temps à autre sur ton front ténébreux et calme
en dépit des apparitions nocturnes,
je remettrai en place une mèche de cheveux dérangée
Je surveillerai le lent balancement du temps et de ta respiration
Ce bouton je l’ai trouvé par terre
Il est en nacre
Et je cherche la boutonnière qui le perdit
Je sais qu’il manque un bouton à ton manteau
Au flanc de la montagne se flétrit l’edelweiss
L’edelweiss qui fleurit dans mon rêve et dans tes mains quand elles s’ouvrent :

Salut de bon matin quand l’ivresse est commune
quand le fleuve adolescent descend d’un pas nonchalant
les escaliers de marbre colossaux
avec son cortège de nuées blanches et d’orties
La plus belle nuée était un clair de lune récemment transformé
et l’ortie la plus haute était couverte de diamants
Salut de bon matin à la fleur du charbon
la vierge au grand coeur qui m’endormira ce soir
Salut de bon matin aux yeux de cristal aux yeux de lavande aux yeux de gypse
aux yeux de calme plat aux yeux de sanglot aux yeux de tempête
Salut de bon matin salut
La flamme est dans mon coeur et le soleil dans le verre
Mais jamais plus hélas ne pourrons-nous dire encore
Salut de bon matin tous ! crocodiles yeux de cristal orties vierge
fleur du charbon vierge au grand coeur.

(Robert Desnos)

Illustration

 

 

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Elle marche tout en beauté… (George Gordon Lord Byron)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Elle marche tout en beauté…

Elle marche tout en beauté comme la nuit
Des climats sans nuage et des cieux étoilés ;
Et le plus pur de la clarté comme de l’ombre
Se rassemble dans son aspect et dans ses yeux,
Prenant le velouté de la tendre lumière
Que refuse le ciel au jour éblouissant.

Une nuance en plus, un seul rayon en moins,
Gâteraient à demi la grâce incomparable
Qui vient flotter dessus chaque tresse d’ébène,
Ou sur ses traits se pose avec légèreté ;
Là, des pensées d’une douceur sereine expriment
La pureté, la tendresse de leur demeure.

Et parant cette joue, parant aussi ce front
Si calmes et si doux, pourtant si éloquents,
Le sourire charmeur, les couleurs éclatantes,
Ne parlent que de jours vécus dans la bonté,
Esprit en paix avec toute chose ici-bas,
Coeur dont l’amour traduit la profonde innocence!

***

She walks in beauty…

She walks in beauty, like the night
Of cloudless climes and starry skies;
And all that’s best of dark and bright
Meet in her aspect and her eyes:
Thus mellowed to that tender light
Which heaven to gaudy day denies.

One shade the more, one ray the less,
Had half impaired the nameless grace
Which waves in every raven tress,
Or softly lightens o’er her face;
Where thoughts serenely sweet express
How pure, how dear their dwelling place.

And on that cheek, and o’er that brow,
So soft, so calm, yet eloquent,
The smiles that win, the tints that glow,
But tell of days in goodness spent,
A mind at peace with all below,
A heart whose love is innocent!

(George Gordon Lord Byron)


Illustration: Frederic Leighton

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Ici même (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Ici même

Nous sommes tous à attendre que l’on coupe nos liens.
Le travail doit bientôt être achevé. La souffrance
a été l’acide qui a brulé tout ce qui n’a pas été nous-mêmes
et nos traits se dessinent sur le cuivre de l’amertume,
les larmes ont dissous les frontières de nos yeux,
et nos faces qu’un souffle se tient prêt à disperser,
s’unissent aux forêts, aux plaines, aux nuages,
dans ce halo qui entoure les villes au bord de la mer.

Si nous avons été la citadelle assiégée, le monde
a été l’armée qui envahit déjà nos ruelles,
nous avons vite connu les limites de notre vie
comme la chèvre attachée qui n’a plus rien à brouter,
tout autour il y a le pré abondant de la mort,
notre corps était le compas dans les branches
s’écartent de plus en plus jusqu’à que le cercle
se confonde avec l’âme et devienne visible.

Il faudra qu’on coupe les liens pour comprendre
que nous n’avons pas à nous en aller et qu’ici même
où nous sommes à nous débattre est le miracle

nous verrons tout à coup les lumineux contours
qui étaient là depuis toujours à nous solliciter
nous serons comme la barque heureuse qui découvre
qu’autour d’elle est le lac serein, non pas la terre.

Il a fallu peiner et souffrir et pleurer
implorer la délivrance pour être enfin dignes
d’apprendre qu’ici même est l’endroit incomparable
où notre âme rayonne et se mêle au tout harmonieux.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Georges Janclos

 

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RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2015



 

Tereza Vlcková -a-perfect-day-elise...-10

RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE

Je commencerai par être
un verbe
sans limites
un langage
où rien ne serait dit
mais tout pressenti
dans le monde visible
et nulle part ailleurs
un grain de sable
qui dialogue avec les dieux
une élévation
dans l’affection et le bruit neufs
un miracle inouï
sous le soleil de la conscience
je commencerai par être
en devenant ce que je suis

Je commencerai par être
un dispositif
d’émerveillement
un voyage
au bout du possible
vers
ce qui m’apprend
à mourir
la raison
la plus silencieuse
en moi-même
le loup
chaviré
d’une langue universelle
je commencerai par être
là voix d’une résonance

Je commencerai par être
un souffle
d’année-lumière
contre le vertige
de la tentation
du malheur
une anthologie
des bouleversements
un retour
de nuit blanche
qui coule
dans les veines
une tendresse
démesurée
je commencerai par être
au milieu de la poussière

Je commencerai par être
un sourire
blessé
une fêlure
centrale
un tressaillement
une souveraineté
fluide
tendue
la part donnée
offerte
au vide
une salve
dans l’imprévisible
je commencerai par être
avec la peau des dents

Je commencerai par être
le refus
de rêver pareil
le refus
du bureaucrate intérieur
une exaltation sereine
un visage
qui se transforme
en tigre
à chaque émotion
un visage sans visage
qui accueille
tous les visages
un tremblement de ciel
je commencerai par être
jusqu’au paroxysme

Je commencerai par être
mille kilomètres
de battements
de coeur
à la seconde
ici-haut
contre tous les robots
couleur chair
un saut
dans la vie
un saut
dans le vide
un saut
de lumière noire
je commencerai par être
une pulpe d’aimantation

Je commencerai par être
un soir
d’anéantissement
la plus haute
obstination
une science
de l’excès
l’empreinte
digitale
de la mort dans la vie
le toujours
maintenant
la parfaite
insoumission
je commencerai par être
à bout portant

Je commencerai par être
celui qui
chaque jour
découvre l’infinie
première fois
la parure du chaos
l’abandon
des masques
l’éclosion accélérée
d’une fleur de sens
celui qui
ne veut plus
traduire la vie
en cendres mortes
je commencerai par être
incomparable

Je commencerai par être
au diapason
d’un vent bleu
une danse exacerbée
des atomes
une mise au jour
de l’ossature du temps
le feu insoupçonné
de ma propre consumation
une vigilance détendue
une porte battante
qui va et qui vient
quand j’inspire
quand j’expire
je commencerai par être
jusqu’au bout du monde

Je commencerai par être
un maquisard de l’esprit
un étoilement
de précipices
pour saluer sans fin
les grands isolés
une secousse
de moelle
à mourir de fou rire
un accomplisseur
secret
préférant le coup de sang
au coup de dés
un infini départ
je commencerai par être
repassionné

(Zéno Bianu)

Illustration: Tereza Vlcková

 

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