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Poésie

Posts Tagged ‘inconcevable’

Nous sommes dans l’inconcevable (René Char)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



Nous sommes dans l’inconcevable,
mais avec des repères éblouissants.

(René Char)

 

 

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Ô inconnue discrète (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 6 avril 2019



Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.

Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son oeil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.

Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon coeur distrait, en levant ton regard.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Eugène de Blaas

 

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Elle parlait autrement que nous tous (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



 

Charles Edward Perugini  f3_b

Elle parlait autrement que nous tous,
d’autres choses d’ici, mais jamais dites
avant qu’elle ne les eût dites. Elle était tout :
Nature, amour et livre.

Comme l’aurore, toujours,
elle commençait de façon imprévue,
si loin de tout ce que l’on rêve !
Toujours, comme midi,
elle arrivait à son zénith, d’une manière
insoupçonnée,
si loin de tout ce que l’on raconte !
Comme le crépuscule, toujours,
elle se taisait d’une façon inconcevable,
si loin de tout ce que l’on pense !

Si loin, si près
de moi son corps ! Son âme,
si loin, si près
de moi!
… Nature, amour et livre.

***

Hablaba de otro modo que nosotros todos,
de otras cosas de aquí, mas nunca dichas
antes que las dijera. Lo era todo:
Naturaleza, amor y libro.

Como la aurora, siempre,
comenzaba de un modo no previsto
¡tan distante de todo lo soñado!
Siempre, como las doce,
llegaba a su cenit, de una manera
no sospechada,
¡tan distante de todo lo contado!
Como el ocaso, siempre,
se callaba de un modo inesperable,
¡tan distante de todo lo pensado!

¡Qué lejos y qué cerca
de mí su cuerpo! Su alma,
¡qué lejos y qué cerca
de mí!
… Naturaleza, amor y libro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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Il y a des gens qui arrivent et des gens qui partent (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Il y a des gens qui arrivent et des gens qui partent.
Mais il est une gare où ceux-là qui arrivent
sont justement ceux-là qui partent.
Une gare où ceux qui arrivent ne sont jamais arrivés,
où ceux qui sont partis ne sont jamais revenus.
(…)
Ils ne savent pas qu’à cette gare-là on n’arrive pas.
Ils attendent le pire
– ils n’attendent pas l’inconcevable

(Charlotte Delbo)

 

 

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LA BOITE NOIRE (Jean Tortel)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018




LA BOITE NOIRE

Voûtée lisse et
Travaille la boîte
Interdite aux yeux.

A partir du creux
Et dans l’humide
Les lucioles extrêmes
Echardent les os les plus durs.

J’y suis.

Dedans.

C’est moi qui.

C’est quand
Mes cellules remuent
(Sans moi) que

J’y suis.

Etanche, impénétrable sauf
Qu’elle s’ouvre sur un caillou
(Coule et s’abîme dans les yeux)

Remue un peu mou
(Sans doute)
Un peu gluant de tant d’images
De partout venues.

Se concentrent
Là-dedans à l’étroit
Rosâtres dans les canaux.

Dedans
Cela circule
Par battements même la nuit

Et quand on ne sait pas

Si ça circule.

La ligne est d’ombre entre celui
Qui regarde et cela
Qui se fait regarder

S’ouvre et se ferme appel
Et distance l’écartement

De l’ombre différente qui
Bougea pour signifier
L’infranchissable.

Le noir et le blanc ce n’est
Pas le jour et la nuit
Ni qu’on regarde.

Plutôt le ciel inconcevable
Ou bien le rectangle vide avec
Le tracé.

(Jean Tortel)

 

 

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L’universelle harmonie (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



 

Pour moi, si j’ai tant griffonné de carnets,
ce n’a jamais été que pour surprendre un brin des musiques de l’inconcevable existence,
percevant aux heures de gloire l’universelle harmonie dans le crissement d’une cigale.

(Henri Thomas)

 

 

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Est-il possible (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Irina Vitalievna Karkabi
    
Est-il possible, chérie, que je te caresse,
Que j’écoute le son de ta voix divine ?
Impossible nous semble toujours la rose,
Inconcevable le rossignol.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Goethe Le Divan
Traduction: Henri Lichtenberger
Editions: Gallimard

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Le lamantin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
Le lamantin est un être de première main.
Il n’adhère à aucun credo.
Il ne vise aucun au-delà.
Se moque du lendemain.
Peines ou récompenses, paradis ou enfer
— tout cela l’ennuie, insondablement.
Il ne cherche pas à être respectable —
il croît en profondeur.
Il ouvre au silence.
Le lamantin s’exprime —
dans l’insoumission de son discret vertige.

Le lamantin célèbre la lenteur,
la haute justesse des ralentis internes.
Il ne croit pas
au salut par procuration.
Il parie sur
la sagesse
de son propre frémissement.
Il sait s’abandonner;
se laisse inspirer,
renonce à tout point de vue.
La conscience totale est sa seule méthode.
Le lamantin est toujours hors sujet.

Le lamantin n’a aucun principe —
sinon l’absence de tout fondement.
Il porte en lui le grand mystère.
Flotte dans l’inconcevable.
Il ne cherche pas la compétition,
mais l’accomplissement.
Il sort du temps à volonté.
C’est un saint doué d’humour.
Il n’a nul souci d’avoir raison.
N’a que faire
de la mauvaise conscience chronique.
Il préfère l’ouverture à l’amertume.
Le lamantin ne communique pas —
il communie en permanence.

Le lamantin se tient à l’embouchure,
comme un prisme de la création.
Il a le temps,
il fait la planche entre deux eaux.
Il devine
qu’il est une image possible de Dieu —
mais ne s’en soucie guère.
Un bijou facétieux
que n’épuise pas le poids du savoir.
Il sait être grave, mais avec élégance.
Il est pur accueil —
jusqu’à se faire balafrer
par les hélices des hors-bord.
Le lamantin est un Grand Commençant.

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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ô inconnue discrète (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2016



Ô mes amis, vous tous, je ne renie
aucun de vous; ni même ce passant
qui n’était de l’inconcevable vie
qu’un doux regard ouvert et hésitant.

Combien de fois un être, malgré lui,
arrête de son oeil ou de son geste
l’imperceptible fuite d’autrui,
en lui rendant un instant manifeste.

Les inconnus. Ils ont leur large part
à notre sort que chaque jour complète.
Précise bien, ô inconnue discrète,
mon coeur distrait, en levant ton regard.

(Rilke)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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RENCONTRE (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016



RENCONTRE

Rien, bien sûr, ne survient entièrement de lui-même.
Il faut se mettre à chercher pour trouver. Au matin,
le soleil entre par la fenêtre du levant; il use
la pourpre des deux fauteuils; il s’attarde puis se retire
en laissant dans son sillage l’idée d’une mansuétude —
cette extinction paisible.
Et les fleurs du tapis,
piétinées depuis si longtemps, revendiquent leur existence,
elles écoutent en dessous du plancher
le galop rythmé de chevaux telluriques. La femme taciturne
entre alors. Tu vois bien qu’elle évite
de piétiner ces fleurs.
L’inconcevable, sans doute n’est-il supportable qu’à deux,
mais il n’apparaît jamais qu’à un seul.

(Yannis Ritsos)

 

 

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