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Poésie

Posts Tagged ‘inconnaissable’

Ils vont au désert (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019




    

Ils vont au désert, hommes et dieux,
peuple d’avant, peuple de nuit,
le langage en eux mûrit comme
une rivière, leurs yeux sont inconnaissables.

D’autres auront vécu séparés,
confiants dans le sommeil, ils s’étonnent
d’une ombre de mouette au grand large
de mer, et du pouvoir du sang.

Chacun tourne la roue du monde,
évoquant des issues nouvelles,
l’impossible si proche, multiplié,

Tandis que de minuscules abeilles noires,
mi-vivantes, mi-mortes, tombent du livre
dans l’oblique lumière.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Tu lis, voyageur (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



Illustration: Ousmane Dermé 
    
Tu lis, voyageur, et tu passes d’un monde
à l’autre. Tu es le chemin
entre la masse noire des arbres
et la quiétude d’un jardin de fleurs.

Tu lis perdant que le jour se perd, mais toi
réunifiant ton être dispersé,
tu t’accrois de silencieuses paroles
et la monnaie des sources sonne sous tes pas.

Et lorsque le ciel descend dans les poitrines
tu es le lieu du souffle, aussi loin que possible
toi-même et devant toi.

Si quelquefois tu te heurtes
à l’éclair, c’est que tu croyais avoir perdu
pied dans la blancheur et l’inconnu.

Un instant tu as oublié le nom
des choses : la nuit est vide,
l’heure n’est plus cette écriture
du sable et des oiseaux.

Un instant tu es entré dans
la non-vision du soleil, dans
l’immobile minuit, dans la cave
de l’impossible naissance

Du monde il n’y avait nulle
apparence, nul être, pas même
la trace d’un brin d’herbe ou l’hypothèse

D’un nuage, ni début ni fin,
seulement cette mesure de l’in-
connaissable et la parfaite absence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CHUTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Jacob-Peter Gowi
    
LA CHUTE

C’est la chute, la chute éternelle
d’eau, de pierre, d’oiseaux blessés, le coeur blessé,
la cascade de la délivrance. Les anges tombent
comme des amants de l’azur, séparés,
et meurent de cette même mort qui nous achève tous.

Tombant dix millions d’années, nous nous jetons
dans les bras accueillants du temps;
notre vol nuptial doit finir dans la mort,
délivrance toujours recommencée
tandis que le mystique acharné„ retient son souffle.

La surface aux aguets de la mer vivante
toujours intacte, offre le sourire de l’amour,
là où le sang vivant se noie dans son extase,
régi par la nature qui fait bouger les montagnes,
se croyant délivré quand il est le moins libre.

Allons-nous sombrer, sombrer ensemble dans l’abîme?
Ici, sur le pic, neige et vent nous invitent
à tomber dans leurs gouffres.
La voie est tracée, inconnaissable la fin,
la mer nous emportera là où mènent courants et marées.

***

THE FALL

It is the fall, the eternal fall of water,
of rock, of wounded birds, and the wounded heart,
Me waterfall of freedom. Angels fall
like loyers from the azure, separate,
and die by that saine death that ends us ail.

Falling ten million years, we fling ourselves
again info the inviting arms of time;
our nuptial flight must end again in death
that serves for freedom time and lime again
while the hard labouring mystic holds his breath.

The watching surface of the living sea
ever intact, :miles with the face of love,
where living blood drowns in its ecstasy,
impelled by nature that can mountains move,
feeling most freedom when it least is free.

Shall we go down, shall ive go down together?
here on the mountain top, the wind and snow
urge us to fall, and go the way they go.
The way is clear, the end we shall not know,
the sea will carry us where tides run and currents flow.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Parler (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



XIR201627

Parler —

Art de laisser filer la sonde dans la profondeur
que ne peut soupçonner l’homme de surface, l’homme actif, psychique.
Car nous, riverains ou nageurs,
toujours nous péririons dans l’ignorance de l’altitude sous nous,
sans la parole qui opère à tout instant le sondage pour nous,
et qui ainsi est notre profondeur,

Ecrire, c’est écrire malgré tout.
Comme une barque assemblée contre l’Océan sans mesure
— et la barque tire sa forme de l’Enorme qu’elle affronte en craignant la défaite,
et différents sont les esquifs autant que les ports d’un pôle à l’autre —
ainsi le style est ajointement malgré tout, manière de se jeter à cœur perdu mesure de l’immense;
et chacun reçoit figure de l’aspect que montre l’Elément où de son côté il se trouve jeté,
de la terreur déterminée que lui inspire l’indéterminé.

Faire front dans le tumulte pour m’y tenir à flot, quelque temps, sur l’inconnaissable.
—La phrase, ligne de flottaison.

(Michel Deguy)

Illustration: Hokusai

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Je ne foule pas la corolle de merveilles du monde (Lucian Blaga)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



 

Je ne foule pas la corolle de merveilles du monde
et je ne tue pas
avec ma raison les mystères rencontrés
en chemin
dans les fleurs, les yeux, sur les lèvres ou les tombes.
D’autres avec leur lumière
anéantissent le charme caché dans l’insondable
obscurité des profondeurs,
mais moi,
avec ma clarté moi je fais croître l’inconnaissable
et comme la lune avec ses blancs rayons
loin d’amoindrir ajoute en tremblant
à l’envoûtement nocturne,
j’apporte moi aussi à l’horizon ténébreux
de vastes frémissement de mystère sacré,
et tout ce qui est incompris
se transforme en énigmes plus grandes encore
sous mon regard —
car mon amour englobe
les fleurs et les yeux, les lèvres et les tombes.

(Lucian Blaga)

Découvert ici: schabrieres

Illustration: Adrian Chesterman

 

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L’imagination (Michel Deguy)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



L’imagination est l’hôte de l’inconnaissable
Ayant plongé au fond de l’inconnu
Elle en revient en poèmes chez les humains
Leur dit avec les images
C’est inimaginable mais c’est comme ça

(Michel Deguy)

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Je crois au Soleil (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017




    
Je crois au Soleil du Testament,
Je vois les lueurs lointaines.
J’attends que l’universelle lumière
Monte de la terre printanière.

Tout ce qui respire le mensonge
Se détourne, en tremblant d’effroi.
Devant moi — vers les routes en débâcle
S’enfuit un sillon doré.

Je m’en vais, traversant
Des lys la forêt interdite.
Et les ailes des anges bruissent
Dans le ciel au-dessus de moi.

D’une lumière inconnaissable
A jailli le tremblé.
Je crois au Soleil du Testament,
Ce sont Tes yeux que je vois.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Dans le moulin de ma solitude (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2017



Dans le moulin de ma solitude, vous entriez comme l’aurore,
vous avanciez comme le feu.
Vous alliez dans mon âme comme un fleuve en crue.
Et vos rives inondaient toutes mes terres.
Quand je rentrais en moi, je n’y retrouverais rien :
là où tout était sombre, un grand soleil tournait.
Là où tout était mort, une petite source dansait.
Une femme si menue qui prenait tant de place : je n’en revenais pas.
Il n’y a pas de connaissance en-dehors de l’Amour.
Il n’y a dans l’amour que de l’inconnaissable.

(Christian Bobin)

Illustration

 

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DE LA TOUR (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017




    
DE LA TOUR

Cette terre grise lissée par le vent dans ses croupes,
dans son galop vers la mer,
dans sa ruée de troupeaux sous les dômes
et les contreforts de l’intérieur, vue
dans le vertige depuis les glacis, file
la lumière, file de mystérieuses années-lumière,
file un seul destin de multiples façons,
dit : « regarde-moi, je suis ton étoile »
et en cet instant s’enfonce plus profond
dans le coeur l’épine de la vie.
Cette terre toscane nue et pure
où court la pensée de celui qui reste
ou qui, issu d’elle, s’en éloigne.

Mes années, plus de quarante, essaiment toutes
hors de leur nid d’abeilles. Elles cherchent
ici plus qu’ailleurs leur pain, s’enquièrent
de nous, de vous murés dans la croûte
de ce corps lumineux. Et persiste,
persiste à pulluler la mort — la vie —
tendre et hostile, claire et inconnaissable.

Voilà ce que l’oeil saisit de cette tour de guet.

***

DALLA TORRE

Questa terra grigia lisciata dal vento nei suoi dossi
nella sua galoppata verso il mare,
nella sua ressa d’armento sotto i gioghi
e i contrafforti dell’interno, vista
nel capogiro dagli spalti, fila
luce, fila anni luce misteriosi,
fila un solo destino in moite guise,
dice : « guardami, sono la tua stella »
e in quell’attimo punge più profonda
il cuore la spina della vita.
Questa terra toscan brulla e tersa
dove corre il pensiero di chi resta
o cresciuto da lei se ne allontana.

Tutti i miei più che quarant’anni sciamano
fuori del loro nido d’ape. Cercano
qui più che altrove il loro cibo, chiedono
di noi, di voi murati nella crosta
di questo corpo luminoso. E seguita,
seguita a pullulare morte e vita
tenera e ostile, chiara e inconoscibile.

Tanto afferra l’occhio da questa torre di vedetta.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Qui créa l’univers? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2016



Quand il n’y avait ni air ni eau,
Alors, qui créa l’univers?
Alors il n’y avait ni bouton ni fleur,
Alors il n’y avait ni sein, ni semence.

Alors il n’y avait ni science, ni Véda,
Alors il n’y avait ni parole, ni saveur,
Alors il n’y avait ni corps, ni âme,
Ni terre, ni ciel!

Alors, il n’y avait ni Guru, ni disciple,
Ni Accessible, ni Inaccessible, ni deux Chemins!

Comment décrire la nature de l’Inconnaissable,
qui n’a ni village ni demeure?
Celui qui apparaît à la fois comme Qualifié et Non-qualifé,
comment L’appellerai-je?

(Kabîr)


Illustration

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