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Poésie

Posts Tagged ‘inconsolé’

Deux voyageurs errant dans un seul rêve (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



Deux voyageurs errant dans un seul rêve
Par des chemins d’or sur l’argent des mers
Au Paradis perdu nous sommes revenus,
Un instant réunis sous les arbres en fleurs,
Pour reprendre nos routes,
Inconsolés, et chacun seul.

***

Two wanderers in a single dream
By paths of gold on silver seas
We to lost Paradise came home,
Together stood beneath those blossoming trees,
But went our ways
Uncomforted, and each alone.

(Kathleen Raine)

Illustration: Gustave Doré

 

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Je t’ai nommé l’indienne (Ernest Pépin)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2018



    

Je t’ai nommé l’indienne
(Extrait)

1
Femme d’embruns brûlés
Et de bourgeons d’étoile
Qui crayonne les cyclones
La monture des marées
Et par ravine chaude où sommeille ta chaleur
Redonne au monde le bel incendie
La première étincelle
La parole inconsolée des mythes

2
Il fait toujours soleil
Dans la splendeur des songes
Et la roue de tes mains
Lavée du plus beau sang
Au nom du chant des mers disparues
Témoigne

3
Femme aux tempes de pierre polie
Aux temples couleur de jungle
Qui conjure un mauvais sort
Danse de couleuvres
Terre tremblée
Cri mouillé
Femme du fond des nuits
Qui sort les pagaies lumineuses
De sa révolte
Épouse des aurores boréales
Ruche zélée des moussons
Remuant les vagues du commencement

4
Femme
Plus tendre que le coeur du déluge
Un grand sillage phosphorescent
Ta liberté
Feu de l’amour libre
Qui nourrit le soleil
Ta liberté
Mémoire
Tressant
La gerbe des rosées
L’impossible poinçon rouge cousu au front
Des voyances

(Ernest Pépin)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Ces mots rentrés qui m’étouffaient (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018



Illustration: Guy Baron
    
Ces mots rentrés qui m’étouffaient
Personne à qui parler
Personne à qui me confier

Hébété de souffrance et de solitude
j’allais me poster sur ce chemin
qui longe le parc où s’élève
l’imposante demeure du couple
qui t’avait adoptée
Tu lisais te baignais jouais au tennis
et je te guettais à travers les arbres
Je t’ai aimée avec la fureur
de mes quinze ans
Mais en raison du secret
un mur s’était érigé dans ma tête
et je n’ai pu le défoncer
Aller à toi
m’était interdit

Tu n’as jamais rien su de cet amour
coupable Rien su de ce qui m’a
dévasté Rien su de cet été noir
de cette fournaise de ces jours
où j’ai failli m’effondrer

J’ignorais que je voyais en toi
celle que je n’ai pas connue
et que je n’ai cessé de chercher

Reviennent sans fin les mornes
journées torrides de cet été noir

Tu es partie
et tu n’as rien su

Inconsolé
Inconsolable

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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La sagesse des verts (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
La sagesse des verts

Verts cendreux, flétris, effacés
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur lassé
Epris d’ombre et de cécité,

Verts des mousses à la racine
D’un vieil érable desséché,
Sourds autant qu’un sanglot caché
Mourant au creux de la poitrine.

Nuance vraiment d’un mystique
Pénétrant, rappelant la fine
Tonalité des dalmatiques
Qu’un reflet de cierge satine.

Et verts, pourtant inconsolés
Sous le ciel d’hiver impassible,
Parlant de désirs immolés
Et de rêves inaccessibles

Ou que le réel étouffa…
Vert mélancolique et d’antan
Qu’ont les gourgouran de sopha
Ou les menuets chevrotants

Au fond du passé; verts des mousses
Qui parez cet arbre chancreux,
Vous scandez, accord qui s’émousse,
Un langage mystérieux.

Mais, ô paroles estompées,
J’ai saisi vos subtilités
Et je comprends vos mélopées
De tristesse et de volupté,

Verts cendreux, effacés, flétris
Et qui niez l’intensité
De vivre, comme un coeur épris
De néant et de cécité.

(Marie Dauguet)

 

 

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DÉJÀ ! (Henry Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017



Illustration: Edvard Munch
    
DÉJÀ !

Hé quoi ?… Déjà ?… Amour léger comme tu passes !
A peine avons-nous eu le temps de les croiser
Que mutuellement nos mains se désenlacent.
Je songe à la bonté que n’a plus le baiser.

Un jour partira donc ta main apprivoisée !
Tes yeux ne seront plus les yeux dont on s’approche.
D’autres auront ton coeur et ta tête posée.
Je ne serai plus là pour t’en faire un reproche.

Quoi ? sans moi, quelque part, ton front continuera !
Ton geste volera, ton rire aura sonné,
Le mal et les chagrins renaîtront sous tes pas ;
Je ne serai plus là pour te le pardonner.

Sera-t-il donc possible au jour qui nous éclaire,
A la nuit qui nous berce, à l’aube qui nous rit,
De me continuer leur aumône éphémère,
Sans que tu sois du jour, de l’aube et de la nuit ?

Sera-t-il donc possible, hélas, qu’on te ravisse,
Chaleur de mon repos qui ne me vient que d’elle !
Tandis que, loin de moi, son sang avec délice
Continuera son bruit à sa tempe fidèle.

La voilà donc finie alors la course folle ?
Et tu n’appuieras plus jamais, sur ma poitrine,
Ton front inconsolé à mon coeur qui console,
Rosine, ma Rosine, ah ! Rosine, Rosine !

Voici venir, rampant vers moi comme une mer,
Le silence, le grand silence sans pardon.
Il a gagné mon seuil, il va gagner ma chair.
D’un coeur inanimé, hélas, que fera-t-on ?

Eh bien, respire ailleurs, visage évanoui !
J’accepte. A ce signal séparons-nous ensemble…
Me voici seul ; l’hiver là… c’est bien… Nuit.
Froid. Solitude… Amour léger comme tu trembles !

(Henry Bataille)

 

Recueil: Le Beau Voyage

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Tu es (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Tu es le ténébreux le veuf l’inconsolé
Tu inventas la couleur des voyelles l’i rouge
Et tu penses donc tu es…
Demain dès l’aube demain dès l’aube tu partiras
Tu te souviens
… La carotte ce sont les vers du nez
C’est toto biographique l’âne dans l’enraciné
Puissent mes feuilles ne pas trop faner.

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Georges de La Tour

 

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PRÉMICES DU DESERT (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



Illustration: Leon Levinstein
    
PRÉMICES DU DESERT

Elle s’engage entre les murs, elle est proie de la lumière…
peut-être était-ce toi, à présent c’est une apparition
ou peut-être tout ce qui n’a ni repos
ni mouvement ni lieu et n’est ni vrai
ni privé de substance, vacuité que seuls
de purs miroirs trahissent en frémissant.

C’est une figure errante, sans répit…
elle est nôtre, je la croyais une chimère
si quelqu’une par miracle apparaissait
sous des pentes arides, inconsolée,
dans des rues sombres où rien ne vit plus,
rien sinon l’espoir du tonnerre.

***

PRIMIZIE DEL DESERTO

S’AVVIA TRA I M URI, È PREDA DELLA LUCE

S’avvia tra i muri, è preda della luce…
forse eri tu, ora è un’apparizione
o forse è tuno ció che non ha pace
o sede o movimento e non è vero
né insostanziale, vanità che solo
puni specchi tradiscono fremendo.

È una vaga figura, non ha requie…
è nostra, la credevo una chimera
se alcuna ne appariva per miracolo
sono aride pendici inconsolata
per vie cupe ove mente vive più,
riente se non la speranza del tuono.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Jusqu’à la fin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2017



    Illustration
    
Jusqu’à la fin
Vous serez témoins

Stèles érigées par les humains
Au bord des champs
Au coeur des ruines

Témoins de vaines gloires
De deuils inconsolés
De massacres sans fin
De l’immonde du monde

Jusqu’à la fin
Jusqu’au moment où nul
Ne sera là
Pour déchiffrer
Les signes gravés

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

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Sens dessus dessous (Maurice Fanon)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2017



Illustration: Emil Nolde
    
Sens dessus dessous

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Pour deux sous de fleurs
Pour dessus de lit
On se prend le cœur
Quand le cœur nous dit
Qu’on se couche ici
Qu’on se couche ailleurs
Tu es plus jolie
Sans papier à fleurs
Qu’on se touche ici
Qu’on se touche ailleurs
De la bouche au lit
On se sait par cœur

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Si tu étais fleur
Au jardin l’été
Je serais flâneur
Banc ou jardinier
Si tu étais sœur
Au cloître inconsolée

Je serais le Seigneur
Son fils ou un abbé
Si tu étais guillotine
À la Santé
Je prierais ces messieurs
De bien me condamner

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

Et que vienne l’heure
De nous séparer
On se donne une heure
Tout est pardonné
Et que vienne l’heure
Pour moi de pleurer
Si je pleure pour toi
Je serai satisfait
Et que vienne l’heure
De ta tombe fleurie
À la première fleur
Je choisis de mourir

Bras dessus, bras dessous
On se « tu », on se « vous »
Bras dessus, bras dessous
Sens dessus dessous

(Maurice Fanon)

 

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Elle vécut ici sans moi celle qui fut l’oiseau de passage en mon hiver inconsolé (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



Elle vécut ici sans moi celle qui fut l’oiseau
de passage en mon hiver inconsolé
elle a dormi sur cette plage, elle a lissé
son corps impatient à la douceur de ces eaux
C’est là qu’elle m’a dit qu’en l’ombre elle était mienne
là qu’elle m’a donné l’espoir inespéré
de croire que « je t’aime » ensemençait le même
sens jour après jour que « toujours je t’aimerai »
et c’est là que je vis dans la rumeur des mots
éteints, sur le sable sec qui brasse l’écho
du destin de l’insecte que l’orage mêle
si frêle aux grains du roc où se liment ses ailes
et c’est là dessillés qu’entre la vague et l’air
mes yeux cherchent l’espace où son serment se perd.

(Robert Mallet)

 

 

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