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Posts Tagged ‘incurable’

Clair de lune (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

Clair de lune

Penser qu’on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l’épigastre.

Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t’avances
Aux soirs d’août par les féeries du silence !

Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !

Oh ! monter, perdu, m’étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !

Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icares !

Oeil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;

Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;

O pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !

O Diane à la chlamyde très-dorique,
L’Amour cuve, prend ton carquois et pique

Ah ! d’un trait inoculant l’être aptère,
Les coeurs de bonne volonté sur terre !

Astre lavé par d’inouïs déluges,
Qu’un de tes chastes rayons fébrifuges,

Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m’y lave les mains de la vie !

(Jules Laforgue)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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Les clefs (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2018


Si vaste soit le chant nul ne sait ce qu’il dit.
les clefs sont dans les fleurs dans les pierres perdues
dans les roues fracassées et le cri incurable
et dans les corps absents nocturnes oubliés.

(Lionel Ray)

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GRAVÉ SUR UN MUR D’HÔPITAL (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2018



Illustration: Dominique Leuthold
    
GRAVÉ SUR UN MUR D’HÔPITAL

Ci-gît, malade, un étudiant :
son destin est impitoyable !
Epargnez-lui toute potion :
le mal d’amour est incurable !

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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Angoisse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Angoisse

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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La vie est du futur un souhait agréable (Jean-Baptiste Chassignet)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




Illustration: Carrie Vielle
    
La vie est du futur un souhait agréable

La vie est du futur un souhait agréable,
Et regret du passé, un désir indompté
De goûter et tâter ce qu’on n’a pas goûté ;
De ce qu’on a goûté, un dégoût incurable :

Un vain ressouvenir de l’état désirable
Des siècles jà passés, du futur souhaité,
Un espoir incertain, frivolement jeté
Sur le vain fondement d’une attente muable.

Une horreur de soi-même, un souhait de sa mort,
Un mépris de sa vie, un gouffre de remords,
Un magasin de pleurs, une mer de tempête :

Où plus nous approchons du rivage lointain,
Plus nous nous regrettons et lamentons en vain
Que le vent ait si tôt notre course parfaite.

(Jean-Baptiste Chassignet)

 

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Le premier flocon dans la nuit des temps (Christian Hubin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2016



 

Le premier flocon dans la nuit des temps, sa chute
frôlant l’absolu. Le plus loin est pour nous, pour
l’autre dans nous, pour le plus démuni en qui la
rocaille incurable espère.

(Christian Hubin)

 

 

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La Folle (Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2016



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La Folle

Errante, elle demande aux enfants d’alentour
Une fleur qu’elle a vue un jour en Allemagne,
Frêle, petite et sombre, une fleur de montagne.
Au parfum pénétrant comme un aveu d’amour.

Elle a fait ce voyage, et depuis son retour
L’incurable langueur du souvenir la gagne :
Sans doute un charme étrange et mortel accompagne
Cette fleur qu’elle a vue en Allemagne un jour.

Elle dit qu’en baisant la corolle on devine
Un autre monde, un ciel, à son odeur divine,
Qu’on y sent l’âme heureuse et chère de quelqu’un.

Plusieurs s’en vont chercher la fleur qu’elle demande,
mais cette plante est rare et l’Allemagne est grande ;
Cependant elle meurt du regret d’un parfum.

(Sully Prudhomme)

 Illustration

 

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Chanson d’automne (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 juin 2016



Chanson d’automne

Voici venir l’automne aux averses moroses
Noyant l’été banal béni des amoureux
Qui stupides et lents vont par les chemins creux
Complotant l’héritier de leurs sales névroses.

Adieu lilas, blés d’or, poussière, robes roses.
Dans le spleen désolé des orgues douloureux,
Prés du feu tisonnant aux regrets des jours heureux,
Nous sauvons la tristesse incurable des choses…

Jouir ! Gloire immortelle ! – O temps !
Spleen ! Gloire ! Amour, argent.

Des clairons éclatants,
Des héros nus et beaux
A l’assaut de l’olympe ardent de l’Iliade !
Oh ! Pourquoi suis-je né dans ce siècle si triste,
Pourquoi suis-je ici bas !
L’Univers le sait-il?
Oh ! Si j’avais un but !
Aimer ! Vivre ! Jouir !
Ma vie est-elle un rêve?
J’existe !- Est-ce bien vrai?
Gloire ! Aimer ! Epuiser ma vie unique !

(Jules Laforgue)

 

 

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ÂME (Maurice Maeterlinck)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2016



 

ÂME

Mon âme !
Ô mon âme vraiment trop à l’abri !
Et ces troupeaux de mes désirs dans une serre !
Attendant une tempête sur les prairies !

Allons vers les plus malades :
Ils ont d’étranges exhalaisons.
Au milieu d’eux, je traverse un champ de bataille avec ma mère.
On enterre un frère d’armes à midi,
Tandis que les sentinelles prennent leur repas.

Allons aussi vers les plus faibles :
Ils ont d’étranges sueurs ;
Voici une fiancée malade,
Une trahison le dimanche
Et des petits enfants en prison.
(Et plus loin, à travers la vapeur,)
Est-ce une mourante à la porte d’une cuisine ?
Ou une sœur épluchant des légumes au pied du lit d’un incurable?

Allons enfin vers les plus tristes :
(En dernier lieu, car ils ont des poisons.)
Oh ! mes lèvres acceptent les baisers d’un blessé !
Toutes les châtelaines sont mortes de faim, cet été, dans les tours de mon âme !

Voici le petit jour qui entre dans la fête !
J’entrevois des brebis le long des quais,
Et il y a une voile aux fenêtres de l’hôpital.

Il y a un long chemin de mon cœur à mon âme !
Et toutes les sentinelles sont mortes à leur poste !

Il y eut un jour une pauvre petite fête dans les faubourgs de mon âme !
On y fauchait la ciguë un dimanche matin ;
Et toutes les vierges du couvent regardaient passer les vaisseaux sur le canal, un jour de jeûne et de soleil.
Tandis que les cygnes souffraient sous un pont vénéneux ;
On émondait les arbres autour de la prison,
On apportait des remèdes une après-midi de Juin,
Et des repas de malades s’étendaient à tous les horizons !

Mon âme !
Et la tristesse de tout cela, mon âme! et la tristesse de tout cela!

(Maurice Maeterlinck)

 

 

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