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Posts Tagged ‘indéchiffrable’

LES CARACTÈRES ILLISIBLES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
LES CARACTÈRES ILLISIBLES

Ce que tu assembles, ce que tu divises
se passe au fond de ton sang
hors de ta volonté : tu assistes
et tu te révoltes de n’être qu’un témoin
sans nul pouvoir.

Cette faible vie, tu aurais voulu la dominer
et tu ne parviens
(à force de vigilance)
qu’à percevoir en deçà et au-delà
des éclairs indéchiffrables
quelques lointains roulements
annonçant que tout se prépare.

Bientôt ce qui est imprévu sera là
et ce que nous attendions s’enfuira.
Nous serons atteints par surprise
sans avoir compris sans savoir lire
les figures de nos propres rêves
pourtant inscrites en lettres géantes
sur la face changeante des nuages.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Une seule matière (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Carole Moutte
    
Une seule matière

Le mystère de l’évidence
nous a-t-il aveuglés ?
Le réel est une construction
que la matière n’abrite pas.
Le monde indéchiffrable
à jamais nous échappe

et nous constitue.

Le Poème, trace d’une langue
perdue, bloc détaché
de l’oubli premier
à jamais témoigne
d’un amour égaré
dans les replis du Temps.

Une seule matière

nous échappe
et nous constitue :
quelle est sa teneur ?
Le Poème dévoile
sans l’éteindre
l’évidence du mystère.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Anges de tous les jours (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Et cependant de nouveau, toujours
Ces présences viennent à nous, sont vues, sont connues,
Messagères du sens, sacrées, indéchiffrables,
Présentes partout, à tous.
Inaccessible comme la vie leur source;
Nous connaissons sans parole, sans instruction
Qui elles sont, quelle sainte vérité elles proclament.
Celui qui connaît, mystère, mystère ce qui est connu,
Formes de la sagesse en épiphanie perpétuelle, elles et nous,
Soleil et oeil, voyant et vu,
Anges de tous les jours, soleil et étoiles, fleuve et pluie.

***

And yet again, always
Those presences come to us, are seen, are known,
Messengers of meaning, sacred, indecipherable,
Present everywhere, to all.
Inaccessible as life their source;
We know untold, untaught
Who they are, what holy truth proclaim.
The knower a mystery, a mystery the known,
Forms of wisdom in perpetual epiphany, they and we,
Sun and eye, seer and seen,
Daily angels, sun and stars, river and rain.

(Kathleen Raine)

Illustration: Antonio Chacon

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À quatre temps (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018



À quatre temps

Matin
Deviens matin
Sois aube sois phénix
Sème clair
Dans les silos de l’ombre

Midi
Au faite du jour
Hisse nos rêves
À ton mât

Soir
Dissipe le gribouillis des heures
Apaise le jour
Que ton ventre subtil
Se teinte de crépuscules

Nuit
Déverse tes encres
Tes baumes
Et tes lueurs
Sur l’âme
Indéchiffrable.

(Andrée Chedid)


Illustration: Blog de Tanakia

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La fillette dans le bois (Eliséo Diego)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



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La fillette dans le bois

Chaperon de mon âme, il se tient dans le bois
le loup, là ou jamais
tu ne t’en douterais
et il te regarde
depuis sa roche de misère,
sa solitude, sa faim énorme.

Toi, tu lui demandes : pourquoi tu as
ces yeux ronds?
Et lui répond
aveugle, c’est pour mieux
te voir, en pleurant
Et aussitôt

tu reviens à la charge : pourquoi donc ces grandes oreilles ?
Et lui,
pour t’écouter, ô musique
de l’univers, oui seulement
pour t’écouter
Et là-dessus
le reste est l’ombre indéchiffrable

(Eliséo Diego)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Arraché à ce qu’il avait compris (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018




    
arraché
à ce qu’il avait compris
ce qui le nourrissait
lui traçait son chemin
il s’est avancé
dans l’indéchiffrable

jamais ne lui vint
la consolation de savoir
qu’en glissant chaque jour
plus bas
il s’était élevé

(Charles Juliet)

 

Recueil: une joie secrète
Traduction:
Editions: Voix d’encre

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UNE MATINÉE EN ASSYNT (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



UNE MATINÉE EN ASSYNT

Assis sur un rocher en Écosse
pensant aux phases orogéniques

ce sol est le plus ancien de tous
plus ancien que l’antique calédonien
plus ancien et de loin que l’hercynien
ou que le tout récent alpin

c’est un paysage
quasi indéchiffrable dans sa taciturnité

mais le rouge de la bruyère
nous empoigne le coeur
et le vol de cet oiseau blanc
qui franchit la crête
illumine l’esprit.

***
A MORNING IN ASSYNT

Sitting on a rock in Scotland
thinking of orogenic phases

this is the oldest of the old
older than the ancient caledonian
older by far than the hercynian
or yesterday’s alpine

it is a landscape
almost unreadable in its taciturnity

but the red of the heather
goes straight to the heart
and the flight of that white bird
over the ridge
enlightens the mind.

(Kenneth White)

Illustration

 

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Revient parfois la nuit (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



 

Revient parfois la nuit

Celui qui meurt, il revient parfois
dans la nuit.

Il colle son visage près
du nôtre. il parle.

Mais on ne voit que ses lèvres
qui remuent, et son sourire.

Indéchiffrable.

Que fait-il ? flottant dans
l’idéal.

Près de l’oeil fermé, sous la peau très mince
du sommeil.

Entre la lumière et le noir.

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Alex Alemany

 

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RETOUCHE AU VERTIGE (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



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Illustration: Elena Kalis
    
RETOUCHE AU VERTIGE

Les soirs où l’on descend en soi
sans lanterne
et que l’amour à qui nous donnons la main
se met à crier
un visage indéchiffrable nous frôle
et nous demande comment mourir
sans que ce soit une bassesse.

(Daniel Boulanger)

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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Nuit d’exil (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



Ainsi je fus, dans cette nuit d’exil,
prison et prisonnier et lueur à la fissure,
indéchiffrable signe en moi-même gravé,

exilé dans mon corps, dans ce fuseau de pierre,
oisif et prisonnier de lianes et de nerfs,
aveugle, traversant une secrète nuit

de bêtes enlacées, d’insectes et de dards,
où s’effrite la pierre, où s’usent le regard
et la bouche et le coeur à des limes funèbres,

m’alourdissant de tous mes songes, terrassé
par des meutes sorties de l’eau, dont les abois
cernaient, traquaient les gestes et les voix.

Je poursuivais un souvenir de branche
et de neige, un souvenir d’oiseau volant bas
dans le silence pourpre d un ciel pulmonaire,

sur un rivage où neige, branche, oiseau
n’étaient que l’ombre exsangue et plus lointaine
d’une beauté violente en fuite sur les eaux.

(Jean Joubert)

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