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Posts Tagged ‘indécise’

LA SEMAISON (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



nature  a (6)

 

LA SEMAISON

Notes pour des poèmes

I
Nous voudrions garder la pureté,
le mal eût-il plus de réalité.

Nous voudrions ne pas porter de haine
bien que l’orage étourdisse les graines.

Qui sait combien les graines sont légères
redouterait d’adorer le tonnerre.

II
Je suis la ligne indécise des arbres
où les pigeons de l’air battent des ailes;
toi qu’on caresse où naissent les cheveux
Mais sous les doigts déçus par la distance
le soleil doux se casse comme paille.

III
La terre ici montre la corde. Mais qu’il pleuve
un seul jour, on devine à son humidité
un trouble dont on sait qu’elle reviendra neuve.
La mort, pour un instant, a cet air de fraîcheur
de la fleur perce-neige…

IV
Le jour se carre en moi comme un taureau :
on serait près de croire qu’il est fort…

Si l’on pouvait lasser le torero
et retarder un peu la mise à mort!

V
L’hiver, l’arbre se recueille.

Puis le rire un jour bourdonne
et le murmure des feuilles,
ornement de nos jardins.

Pour qui n’aime plus personne,
la vie
est toujours plus loin.

(Philippe Jaccottet)

 

 

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Ma Fatigue (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018



 

Ma Fatigue

Ma fatigue ouvre ses draps sales
dévoilant un monde de cendres et de rides
dans une lumière indécise et trouble
comme la victoire du sommeil et du vide

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Paula Modersohn-Becker

 

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SOLITUDE (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



 

Bill Viola wi

SOLITUDE

La solitude est pareille à ces pluies
qui, montant de la mer, s’avancent vers les soirs.
Des plaines elle va, lointaines et perdues ,
au ciel qui la contient toujours.
Et c’est du ciel qu’elle retombe sur la ville.

La solitude pleut aux heures indécises :
lorsque vers le matin se tournent les rues neuves,
lorsque les corps épuisés de méprises
s’entre-écartent, tristes et inassouvis,
et que les hommes qui se haïssent
doivent coucher ensemble dans un lit :
la solitude alors s’éloigne au fil des fleuves…

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Bill Viola

 

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Lumineuses sont les fleurs (Rotsû)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2016



Lumineuses sont les fleurs
indécise la nuit de lune

(Rotsû)


Illustration: Le Monde de Sergio

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Nous naissons du regard (Bernard Neau)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Nous naissons du regard
car nous n’aurions su naître
d’une trop lente et indécise Parole.

Nous n’avons pas assez de nos yeux,
pour nous apercevoir que le Temps
imprime en nous
la morsure inachevée de l’instant.

(Bernard Neau)

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OUVRIR UN ESPACE (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



OUVRIR UN ESPACE

Les nuages, inconstruits, engendrés
dans la quiétude, non pas idées mais formes
qui respirent, cheminent et presque parlent,
sont le flux d’un commencement sans fin
et de tout ce qui va naître, dans sa plus vive imminence.
Ainsi un dieu pourrait créer l’espace pur
dans le souffle du désir,
avançant comme une barque dans le silence.
Ainsi, non pour construire, mais pour ouvrir,
à travers l’ombre et la cendre
et par-delà les mots, les portes indécises
et pour que brillent les signes et les figures indéchiffrables.

(António Ramos Rosa)

 

 

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Captive (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2015


Par les branches
indécises
allait une demoiselle
qui était la vie.
Par les branches
Indécises.
A son petit miroir
se reflétait le jour
qui était la splendeur
de son front pur.
Par les branches
indécises.
Dans la nuit, égarée,
elle allait versant
des pleurs de rosée,
captive du temps.
Par les branches
indécises.

(Federico Garcia Lorca)

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UN RÉVEIL (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2015




UN RÉVEIL

À l’intérieur d’un rêve j’étais emmuré.
Ses murs n’avaient ni consistance
ni poids : leur vide était leur poids.
Les murs étaient des heures et les heures
pesanteur fixe, accumulée.
Le temps de ces heures n’était pas du temps.

Je sautai par une brèche : il était quatre heures
dans ce monde. La chambre était ma chambre
et dans chaque chose mon fantôme.
Je n’y étais pas. Je regardai par la fenêtre :
sous la lumière électrique pas une âme.
Réverbères en veille, neige sale,
maisons et voitures endormies, l’insomnie
d’une lampe, le chêne qui parle tout seul,
le vent et ses couteaux, l’écriture
des constellations, illisible.

En elles-mêmes les choses s’abîmaient
et mes yeux de chair les voyaient
accablées d’être, réalités
nues de leurs noms. Mes deux yeux
étaient des âmes en peine par le monde.
Dans la rue sans personne la présence
passait sans passer, dissipée
dans ses créatures, fixe dans ses mutations,
déjà devenue maisons, chênes, neige, temps.
Vie et mort fluaient confondues.
Regard inhabité, la présence
avec les yeux de personne me regardait :
faisceau de reflets sur précipices.
Je me retournai : la chambre était ma chambre
et je n’étais pas là. À l’être rien ne manque
– toujours plein de soi, jamais le même –
même si nous n’y sommes plus… Dehors,
encore indécises, des clartés :
l’aube entre des terrasses confuses.
Déjà les constellations s’effaçaient.

(Octavio Paz)

Illustration: Katerina Kockova  (Le Rêve d’un intellectuel fatigué)

 

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