Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘indéfiniment’

La question (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Illustration: Aron Wiesenfeld
    
La question n’est plus de savoir
Où va la source
Mais d’où elle jaillit

Or il n’est pas de réponse

Sauf à se tenir indéfiniment
En ce lieu hors de tout lieu

Où la nuée est ténèbres
Et la nuit lumineuse

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

madeleine

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé
où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,
de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.

J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?

Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.

Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien.

Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

(Marcel Proust)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

J’ai confié à mon orchestre (Igor Stravinsky)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Pierre Avocat_ crbst_Editions_20du_20Pommier_203
J’ai confié à mon orchestre
cette grande crainte
qui pèse sur tout esprit sensible
devant les choses en puissance,
la « chose en-soi » qui peut grandir,
se développer indéfiniment.

(Igor Stravinsky)

Posted in musique | Tagué: , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Tout est exceptionnel (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
C’est drôle, les gens croient que faire un lit,
c’est toujours faire un lit ;
que donner la main, c’est toujours donner la main ;
qu’ouvrir une boite de sardines,
c’est ouvrir indéfiniment la même boite de sardines.

« Tout est exceptionnel au contraire »

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Les Armes secrètes
Traduction: Laure Bataillon
Editions: Folio

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le monde est notre désir (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Le monde est notre désir.
Le monde est notre vouloir.
Il n’y a rien à dire du monde — sauf qu’il nous ressemble trait pour trait.
Si nous le trouvons médiocre — c’est que nous sommes médiocres.
Si nous le trouvons vain — c’est que nous sommes vains.
Si nous le trouvons affreux — c’est que nous sommes affreux.
Si nous le trouvons dur — c’est que nous sommes durs.
Si nous le trouvons morne — c’est que nous sommes mornes.
Si nous le trouvons petit — c’est que nous sommes petits.
Si nous le trouvons écœurant — c’est que nous sommes écœurants.
Si nous le trouvons hostile — c’est que nous sommes hostiles.
Il ne changera que quand nous changerons.
Il est nous et indéfiniment il nous ressemblera.
Pour l’instant c’est un monde de terre sèche.
Il y aura un brin d’herbe quand vous serez devenus brin d’herbe.
Ou…

(Louis Calaferte)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nommer chaque chose à part (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017




    
Nommer chaque chose à part
est le commencement de tout
Mais dire ce qui surgit d’entre elles
toujours neuf
et imprévu
C’est
chaque fois
recommencer le monde

Entre arbre et nuage
Que passe oiseau blessé ou vent ravi
Que l’éclat furtif s’inscrive
entre les yeux
entre les lèvres
À la vraie vie
indéfiniment
nous renaissons

(François Cheng)

 

Recueil: A l’orient de tout
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La solitude fait des gammes (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017




    
La solitude fait des gammes
le désert les multiplie
arabesques indéfiniment réitérées

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Le degré suprême de la beauté (Henri Bergson)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Ludovic Florent  Poussières-détoiles_6 [800x600]

Le degré suprême de la beauté, c’est la grâce,
mais par le mot grâce on entend aussi la bonté.
Car la bonté suprême,
c’est cette générosité d’un principe de vie qui se donne indéfiniment.

C’est là le sens même de la grâce.

(Henri Bergson)

Illustration: Ludovic Florent

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’esprit de l’Obscurité (Lao Tseu)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2016



nuit-nout

L’esprit de l’Obscurité
est immémorial, éternel.
C’est le principe féminin
des origines.
Les racines du ciel et de la terre
s’élancent de sa porte mystérieuse.
Toujours renouvelé,
il se répand dans l’univers.
Indéfiniment.
Il ne s’épuise jamais.

(Lao Tseu)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Descendons plutôt vers la mer (Jean-Paul Hameury)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



Qu’il nous semble devoir
ajouter à cette clarté
nous fait sur ces bords
laisser traces sombres.

Et d’autres viendront
d’autres indéfiniment
tremblant d’effroi comme nous
sur les chemins illuminés.

Descendons plutôt vers la mer
à travers les prairies heureuses
où toute chose sans éclat
offre sa splendeur nue.

(Jean-Paul Hameury)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :