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Poésie

Posts Tagged ‘indifférente’

TYRANNIE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2019




TYRANNIE

Ô dame sans coeur, ô fille du ciel,
viens à mon secours en cette heure solitaire,
violente, indifférente comme une arme
avec ton sens de l’oubli sans pardon.

Un temps absolu tel un océan,
une blessure confuse telle un nouvel être,
étreignent la racine tenace de mon âme
rongeant le coeur de ma confiance.

Quel sourd battement s’agite en mon coeur
tel une vague qu’auraient faite toutes les vagues,
et ma tête se lève, désespérée
en un effort de saut et de mort.

Un hostile imprécis tremble en ma certitude,
grandissant ou naissant des larmes,
telle une plante déchirante et dure
faite de feuilles enchainées, amères.

(Pablo Neruda)

Illustration

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TOUJOURS (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




TOUJOURS

Fatiguée du fracas magique des voyelles
Fatiguée d’enquêter avec les yeux levés
Fatiguée de l’attente du je de passage
Fatiguée de cet amour qui n’eut pas lieu
Fatiguée de mes pieds qui ne savent que marcher
Fatiguée de la fuite insidieuse de questions
Fatiguée de dormir et de ne pas pouvoir me regarder
Fatiguée d’ouvrir la bouche et de boire le vent
Fatiguée de soutenir les mêmes viscères
Fatiguée de la mer indifférente à mes angoisses
Fatiguée de Dieu ! Fatiguée de Dieu !
Fatiguée enfin des morts de service
dans l’attente de la soeur aînée
l’autre la grande mort
douce résidence pour tant de fatigue.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Odilon Redon

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Chanson de la dernière fois (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Chanson de la dernière fois

J’avais froid sans recours à la poitrine.
Et pourtant je marchais légèrement.
J’ai mis par mégarde à la main droite
Le gant de la main gauche.

J’ai pensé: il y a beaucoup de marches.
II y en a trois. Je le savais.
Entre les érables une voix d’automne
Me chuchotait: «Meurs avec moi! »

II m’a trompée, il est lugubre,
Il est changeant, méchant, mon destin.
J’ai répondu: «Mon amour! mon amour!
Moi aussi. Je vais mourir avec toi! »

C’est la chanson de la dernière fois.
J’ai jeté un coup d’oeil dans la maison obscure.
Rien, sinon, près du lit, dans la chambre,
Les bougies, leur lumière jaune, indifférente.

(Anna Akhmatova)

 

 

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La beauté vivante (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2017


 


 

La beauté vivante

J’oblige, parce que la mèche et l’huile sont épuisées
Et que gelés sont les canaux du sang,
Mon coeur peu content à tirer contentement
De la beauté qui sort d’un moule où elle fut coulée
En bronze, ou de celle qui apparaît dans le marbre aveuglant,
Qui apparaît, mais qui lorsque nous nous éloignons s’éloigne,
Car elle est plus indifférente à notre solitude
Que si elle était une apparition. Ô mon coeur, nous sommes vieux ;
La beauté vivante est pour de plus jeunes hommes :
Nous ne pouvons lui payer son tribut de larmes dévorantes.

***

The living beauty

I bade, because the wick and oil are spent
And frozen are the channels of the blood,
My discontented heart to draw content
From beauty that is cast out of a mould
In bronze, or that in dazzling marble appears,
Appears, but when we have gone is gone again,
Being more indifferent to our solitude
Than ’twere an apparition. O heart, we are old ;
The living beauty is for younger men :
We cannot pay its tribute of wild tears.

(William Butler Yeats)

Illustration: Theodore Chassériau

 

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Le coquillage (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Le coquillage

Peut-être te suis-je inutile,
Nuit; de l’abîme universel
Je suis sur ta rive jeté
Comme un coquillage sans perle.

Ta vague indifférente bat,
Et tu chantes, inconciliable;
Mais tu aimeras, tu apprécieras
Le mensonge de l’inutile coquillage.

Tu vas revêtir ta chasuble,
T’étendre sur le sable auprès de lui,
Y nouer avec des liens indissolubles
La cloche énorme des roulis.

Et le coquillage fragile
Tu vas l’emplir d’un murmure d’écume,
Comme la maison d’un coeur inhabité,
Et de vent, et de pluie, et de brume…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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Permets-moi de ne pas t’aimer (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



L’air grisâtre est bruissant et moite;
On se sent bien et à l’abri dans la forêt.
Docile je vais porter une fois encore
La croix légère des promenades solitaires.

Et de nouveau, vers l’indifférente patrie,
Le reproche, comme l’oiseau, monte en spirale.
Je participe à la vie ténébreuse,
Je suis innocent de ma solitude.

Un coup de feu. Sur le lac assoupi
Les ailes des canards pèsent lourd à présent.
Les troncs des sapins sont hypnotisés
Par le reflet d’une double existence.

Ciel vitreux à l’étrange miroitement,
De l’univers la brumeuse douleur —
Ô permets-moi d’être pareillement brumeux,
Permets-moi de ne pas t’aimer.

(Ossip Mandelstam)

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Si, comme aux vents désignés par la rose… (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2016



espace-temps  0328

Si, comme aux vents désignés par la rose
Il est un sens à l’espace et au temps,
S’ils en ont un ils en ont mille et plus
Et tout autant s’ils n’en possèdent pas.

Or qui de nous n’imagine ou pressent,
Ombres vaguant hors des géométries,
Des univers échappant à nos sens?

Au carrefour de routes en obliques
Nous écoutons s’éteindre un son de cor,
Toujours renaissant, toujours identique.

Cette vision du ciel et de la rose
Elle s’absorbe et se dissout dans l’air
Comme les sons dont frémit notre chair
Ou les lueurs sous nos paupières closes.

Nous nous heurtons à d’autres univers
Sans les sentir, les voir ou les entendre
Au creux été, aux cimes de l’hiver,
D’autres saisons sur nous tombent en cendre.

Tandis qu’aux vents désignés par la rose
Claque la porte et claquent les drapeaux,
Gonfle la voile et sans visible cause
Une présence absurde à nous s’impose
Matérielle, indifférente et sans repos.

(Robert Desnos)

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L’unique peintre de ce bourg (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2016


 

L’unique peintre de ce bourg
repeignait la boutique austère
et fredonnait
quand de la gare s’en revenaient
les deux uniques voyageuses
indifférentes à cet amour
que mettait partout le printemps
mais il est des chants qui se poursuivent
et que nous ramène une brise.
O monde je ne puis te construire
sans ce peintre
et sans ces deux femmes.

(Jean Follain)

 

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Indifférentes (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2016




Indifférentes
Au flux et au reflux de la clarté
Qui cicatrise leurs blessures
Les pierres s’assoupissent
Et l’aube élague les branches
Autour des feuilles aventureuses
Le sable qui dort
Absorbe toute la lumière
Sous des nuages lents à se former.

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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L’INCENDIE (André Pieyre de Mandiargues)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2015



 

Julie Heffernan  00wi [1280x768]

L’INCENDIE

Qu’allais-tu donc chercher à travers l’incendie
Derrière des vapeurs à la splendeur baroque
Par le secret d’un escalier en loques
Étranglé de lierres écarlates ?

Quel voeu te fit pousser une porte brûlante
Sainte face de feu et de cendre
A la limite d’un monde morne
Sournoiserie silence délabrement ?

Devant toi ce n’est plus maintenant
Que diamants et rubis qui jouent dans la poussière
Que plâtres retombés sur des carreaux de marbre
Avec des statues blanches des armes
Des mains de verre des vases pleins de larmes
Des nègres de velours et des roses passées
Au bas de murs caducs.

Il vient une dame éclatante et funèbre
Tôt apparue tôt disparue tôt reparue
Plus tôt encore nue
Qui est comme l’ombre d’une désolation.

Nue saignante et noire
Une flammèche en ses cheveux défaits
Rouge comme un oeillet qui crèverait la suie.

Foulant aux pieds les pierres
L’or et l’argent le fracas du cristal
Indifférente à l’opulence ou à la ruine
Dans la beauté d’une heure catastrophique.

Et tu la trouveras peut-être bonne actrice
La géante qui s’étend avec tranquillité
Sur le pavement comme sous un couteau
Tandis qu’alentour explose et se disperse
Le luxe fou de son théâtre de toujours
Que mille langues engloutissent.

(André Pieyre de Mandiargues)

Illustration: Julie Heffernan 

 

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