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Poésie

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Et moi je voudrais d’abord (Max-Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration: Chris Peters  
    
Et moi je voudrais d’abord
être lavé, nettoyé, rincé
n’avoir plus que la netteté
janséniste des os seuls,
donner ma chair aux vautours,
marquer dans les déserts
la route des caravanes,
indiquer par mon squelette.

Et moi, je voudrais aussi
me débarrasser à jamais,
me laver, me nettoyer, me rincer,
quitter mes affiches politiques,
cesser de promettre en mentant,
en vert, bleu, rouge ou blanc,
que ma pierre soit nue sur le ciel,
dût-elle, nue, se désagréger.

Et moi je voudrais enfin
être plus propre et plus nu,
et vivant, que je sois lavé
comme les morts sous la terre.

(Max-Pol Fouchet)

 

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Nous cherchons (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
Nous cherchons,
sous d’instables
ruines, la preuve
de notre existence,

mais il suffit
d’un ver luisant
dans la pénombre,

pour que le monde
se révèle et que
cette frêle clarté

indique l’entrée
d’un domaine
que nous n’avions
pas soupçonné.

(Richard Rognet)

 

Recueil: Un peu d’ombre sera la réponse
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE RETOUR (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
LE RETOUR

Le retour Où A quel pays A quelle ville
A quelle maison

Qui te renseignera si tu te perds
répondra à ton bonjour et sourira — qui
t’indiquera la route à prendre
dira ce qu’il reste jusqu’au pays sans personne

Et tu marcheras le jour toute la nuit cent jours
cela durera des années tu traverseras mille rivières
sans arriver ni revenir jamais
c’est quelqu’un de tout à fait autre qui est revenu

a couru en haut des marches s’est arrêté un instant
devant le vieil appartement de la maison d’avant
a profondément repris son souffle
et impatient en vain a sonné

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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A combien vous la faites ? (Guillaume Siaudeau)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2019



    

A combien vous la faites ?

Dommage qu’ils n’indiquent
pas les prix sur
les petites intentions
On n’ose
jamais demander

(Guillaume Siaudeau)

 

Recueil: Inauguration de l’ennui
Traduction:
Editions: Alma

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Le silence est un message de l’ombre (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



 

le silence est un message de l’ombre
qui ne franchit aucun seuil et se nourrit
de la lumière et de son absence

le silence est un signe quand la parole
fait erreur ou reste inachevée

le silence est un jardin du ciel
qui adresse au ciel une prière muette
en forme de paysage

le silence est une question
posée à la question

le silence est la maison où habite le poème
où il prend corps
tout en se condamnant au silence

le silence est une musique dont les notes
sont les planètes et leurs étoiles

le silence est une saison où mûrit le fruit
d’un poème sans mots

le silence est une vibration de l’immobile
un chant à naître dans la gorge
d’oiseaux en forme de voyelles

le silence est une errance
qui indique discrètement le chemin
au milieu du chemin

le silence est la main qui ouvre le poème
la voix tremblée de l’âme d’où surgit
ce que nous sommes et ne sommes pas

le silence est le rêve de l’être qui rêve
sa naissance d’avant sa naissance
et tait son premier cri

le silence est le miroir qui lave la parole
dans l’eau la plus nue de la parole

le silence est un miracle inachevé
où le monde prend forme d’un seul coup

(Amina Saïd)

 
Illustration

 

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Le vrai (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Le vrai indique lui-même
ce qui est vrai ou faux.

(Baruch Spinoza)

 

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Sémiotique (Valentino Zeichen)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Sémiotique

Comme la loupiotte rouge
qui s’allume au tableau de bord
et indique au conducteur
que l’essence touche à sa fin,
ainsi, le sentiment
que j’avais pour toi,
est entré en réserve.

(Valentino Zeichen)

 

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Parmi des débris de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018



Illustration: Philippe Legoubin
    
Parmi des débris de paroles
et des caresses en ruine,
j’ai trouvé quelques formes qui revenaient de la mort.

Elles venaient de démourir,
mais ne pouvaient s’en tenir là.
Elles devaient régresser encore,
elles devaient tout dévivre
et après dénaître.

Je ne pus leur poser de question,
ni les regarder deux fois.
Mais elles m’indiquèrent l’unique chemin
qui ait issue peut-être,
celle qui, remontant de la mort,
à rebours de la naissance,
vient retrouver le néant du départ
pour reculer encore et se dénéanter.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 1
Traduction: Roger Munier
Editions: Fayard

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Côte à côte (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Côte à côte

Des palais d’argent vénèrent nos mains
Ils ont inventé notre exil
Jusqu’aux sources éclairées des campagnes
Loin, nous irons loin parmi les feuilles
Les nids blancs indiqueront le chant de nos voyages

Tu iras au-devant, ma compagne inconnue
Te retournant avec le soir
J’aurai sombré, je serai là, haletant
Et transi, tu cesseras plus longtemps de marcher

Puis nous irons côte à côte Ô mémoire défendue
La main dans la main de l’autre, de personne.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Sylvia Plath (Alexàndra Galanou)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



Sylvia Plath
    
Sylvia Plath

Depuis longtemps ses yeux
ne voyagent plus.
Ils tournoient dans le vide
en décrivant des cercles vides
et reviennent en silence
quelque part au centre
du coeur.

Au matin on l’a trouvée
dormant
un distique dans ses bras.
Le faire-part de deuil
indiquait « Poète ».

***

(Alexàndra Galanou)

 

Recueil: Dans les recoins des mots
Traduction:
Editions: Circé

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