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La maison de ma mère (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Natalia Syuzev   23

La maison de ma mère

[…]

Les psaumes de l’oiseau caché dans le feuillage,
Ce qu’il raconte au ciel par le ciel répondu,
Mon âme qu’on croyait indolente ou volage,
L’a toujours entendu !
Et quand là-bas, là-bas, comme on peint l’espérance,
Dieu montrait l’arc-en-ciel aux pèlerins errants,
S’il avait ruisselé sur ma vierge souffrance,
La nuit se sillonnait de songes transparents ;
Et sur l’onde qui glisse et plie, et s’abandonne,
Quand j’avais amassé des parfums purs et frais,
En voyant fuir mes fleurs que n’attendait personne,
Je regardais ma mère et je les lui montrais.

Et ma mère disait :  » C’est une maladie,
Un mélange de jeux, de pleurs, de mélodie :
C’est le coeur de mon coeur ! Oui, ma fille ! Plus tard,
Vous trouverez l’amour et la vie… autre part.  »

Innocence ! Innocence ! éternité rêvée !
Au bout des temps de pleurs serez-vous retrouvée ?
êtes-vous ma maison que je ne peux rouvrir ?
Ma mère ! Est-ce la mort ? … je voudrais bien mourir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Natalia Syuzev

 

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Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

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Sara la baigneuse (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Sara, belle d’indolence,
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à l’Ilyssus ;

Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à fleur d’eau dans son vol,
On voit sur l’eau qui s’agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.

Elle bat d’un pied timide
L’onde humide
Où tremble un mouvant tableau,
Fait rougir son pied d’albâtre,
Et, folâtre,
Rit de la fraîcheur de l’eau.

Reste ici caché : demeure!
Dans une heure,
D’un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l’ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.

Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort d’un bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air.

Elle est là, sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur ;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ;
Dans ses yeux d’azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Est l’étoile
Qui brille au fond d’un ciel bleu.

L’eau sur son corps qu’elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier ;
Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats ;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :

« Oh! si j’étais capitane,
« Ou sultane,
« Je prendrais des bains ambrés,
« Dans un bain de marbre jaune,
« Prés d’un trône,
« Entre deux griffons dorés!

« J’aurais le hamac de soie
« Qui se ploie
« Sous le corps prêt à pâmer ;
« J’aurais la molle ottomane
« Dont émane
« Un parfum qui fait aimer.

« Je pourrais folâtrer nue,
« Sous la nue,
« Dans le ruisseau du jardin,
« Sans craindre de voir dans l’ombre
« Du bois sombre
« Deux yeux s’allumer soudain.

« Il faudrait risquer sa tète
« Inquiète,
« Et tout braver pour me voir,
« Le sabre nu de l’heiduque,
« Et l’eunuque
« Aux dents blanches, au front noir!

« Puis, je pourrais, sans qu’on presse
« Ma paresse,
« Laisser avec mes habits
« Traîner sur les larges dalles
« Mes sandales
« De drap brodé de rubis. »

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour,
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.

L’eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d’un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s’envole
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à sa chanson :
– Oh! la paresseuse fille
Qui s’habille
Si tard un jour de moisson!

(Victor Hugo)

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Au jardin (Léon Dierx)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2017



Au jardin

Le soir fait palpiter plus mollement les plantes
Autour d’un groupe assis de femmes indolentes
Dont les robes, ainsi que d’amples floraisons,
D’une blanche harmonie argentent les gazons.
Une ombre par degrés baigne ces formes vagues :
Et sur les bracelets, les colliers et les bagues
Qui chargent les poignets, les poitrines, les doigts,
Avec le luxe lourd des femmes d’autrefois,
Du haut d’un ciel profond d’azur pâle et sans voiles
L’étoile qui s’allume, allume mille étoiles.
Le jet d’eau dans la vasque au murmure discret
Retombe en brouillard fin sur les bords ; l’on dirait
Qu’arrêtant les rumeurs de la ville au passage
Les arbres agrandis rapprochent leur feuillage.
Pour recueillir l’écho d’une mer qui s’endort
Très loin, au fond d’un golfe où fut jadis un port.
Elles ont alangui leurs regards et leurs poses
Au silence divin qui les unit aux choses.
Et qui fait, sur leur sein qu’il gonfle, par moment
Passer un fraternel et doux frémissement.
Chacune dans son cœur laisse en un rêve tendre
La candeur et la nuit par souffles lents descendre ;
Et toutes respirant ensemble dans l’air bleu
La jeune âme des fleurs dont il leur reste un peu,
Exhalent en retour leurs âmes confondues
Dans des parfums où vit l’âme des fleurs perdues.

(Léon Dierx)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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La Voix (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



La Voix

Je ne veux de personne auprès de ma tristesse
Ni même ton cher pas et ton visage aimé,
Ni ta main indolente et qui d’un doigt caresse
Le ruban paresseux et le livre fermé.

Laissez-moi. Que ma porte aujourd’hui reste close ;
N’ouvrez pas ma fenêtre au vent frais du matin ;
Mon cœur est aujourd’hui misérable et morose
Et tout me paraît sombre et tout me semble vain.

Ma tristesse me vient de plus loin que moi-même,
Elle m’est étrangère et ne m’appartient pas,
Et tout homme, qu’il chante ou qu’il rie ou qu’il aime,
À son heure l’entend qui lui parle tout bas,

Et quelque chose alors se remue et s’éveille,
S’agite, se répand et se lamente en lui,
À cette sourde voix qui lui dit à l’oreille,
Que la fleur de la vie est cendre dans son fruit.

(Henri de Régnier)

 

 

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Indolente demoiselle (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2016



 

Indolente demoiselle
qui passes près des fleurs,
entends tonner l’abîme!
La foudre des origines
ravive les couleurs.

Silence éclair avenir,
une chevelure luit,
je ne sais que faire
de tant de splendeur.

(Jean Tardieu)

 

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Femme comme chacune (Jovette Alice Bernier)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2016



Je voudrais saisir dans mes mains
Tous ces parfums qui se confondent,
Tous ces échos qui se répondent
Et qui ne seront plus demain.

Je voudrais presser sur ma bouche
L’enivrante moiteur du soir
A qui je souris sans la voir,
La brise qui passe et me touche.

Retenir dans mes bras, la nuit
Indolente et voluptueuse,
La nuit complice et chuchoteuse
Qui me poursuit et me séduit

Avec ses yeux de clair de lune,
Où je vois le rêve passer
Et l’humain désir se presser…
La nuit, femme comme chacune.
Femme comme chacune.

Savoir où se couche le vent
Et partir pour l’aller surprendre
Dans quelque vallon d’herbe tendre
Où les mousses font un divan.

Ah ! voir la couleur du silence
S’il est plus profond qu’il n’est grand ;
Voir les tons apaisés qu’il prend
Avec ses multiples nuances.

Retenir dans mes bras, la nuit
Indolente et voluptueuse,
La nuit complice et chuchoteuse
Qui me poursuit et me séduit

Avec ses yeux de clair de lune,
Où je vois le rêve passer
Et l’humain désir se presser…
La nuit, femme comme chacune.
Femme comme chacune.
La nuit, femme comme chacune.

(Jovette Alice Bernier)

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Pourquoi tarder? (Eugenio Montale)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2015



Pourquoi tarder? Dans le pin l’écureuil
de sa queue en torche frappe l’écorce.
Le croissant de lune descend et sa corne
au soleil s’émousse. I1 fait jour.

Un souffle, et la fumée indolente tressaille,
elle se défend au point qui t’enclôt.
Rien ne finit, tout s’achève lorsque, foudre,
tu quittes le nuage.

***

Perché tardi? Nel pino lo scoiattolo
batte la coda a torcia sulla scorza.
La mezzaluna scende col suo picco
nel sole che la smorza. E giorno fatto.

A un soffio il pigro fumo trasalisce,
si difende nel punto che ti chiude.
Nulla finisce, o tutto, se tu fôlgore
lasci la nube.

(Eugenio Montale)

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