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Poésie

Posts Tagged ‘ineffable’

Quand on demeure étranger (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2022



    

Quand on demeure étranger
tout est si étrange.

Quand on rejoint la source,
qu’on entre en communion
que dedans et dehors s’abolissent,

l’étrange est de se découvrir
le familier de l’ineffable.

(Charles Juliet)

Recueil: Pour plus de lumière anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je vais me taire (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2021


Malinowsky_Fugue-650

Je vais me taire ce soir après ce poème
ranger ma voix et mon sang
laisser venir quelques heures où tout se passe
comme si tu n’existais pas.

Je te vois encore pourtant dans la main de la nuit
scandalisé que de loin tu apparaisses
comme un pétale de rose
ou un jet de lait ou une flèche d’étoile
en forme de femme.

Femme, tu es femme
vêtue et dévêtue de peau
fraîche et chaude pleine de sang et d’os
pareille, mon ineffable,
à tout le troupeau.

Laisse laisse laisse
mon amour et mes mots
te séparer en te chantant
trier de la boue mon diamant
faire exploser ma seule foudre.

(Alain Borne)

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Son Nom (T.S. Eliot)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2021



Quand vous voyez un chat, silencieux, méditer,
La cause, sachez-le, est sa quête insondable:
Il a l’esprit perdu dans la contemplation
De la pensée de la pensée de la pensée de son nom,
Son nom ineffable, affablement ineffable,
Indicible, profond – et singulier -, son Nom.

(T.S. Eliot)

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Qui (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



Illustration: Josephine Wall 
    
Qui

Dans le bleu du ciel, dans le vert des forêts,
quelle main a peint ces rayons de lumière ?
Quand les vents dormaient encore au sein du firmament,
qui les éveilla et leur ordonna de souffler ?

Perdu dans le coeur, dans la caverne de la Nature,
retrouvé dans le cerveau, Il bâtit la pensée ;
tissé dans le dessin et dans l’éclat des fleurs,
saisi dans le réseau lumineux des astres,

Il est la force d’un homme, la beauté d’une femme,
le rire d’un garçon, l’émoi d’une fille ;
et Sa main qui fit tournoyer Jupiter dans le ciel
met tout son art à façonner une boucle.

Tels sont Ses oeuvres et Ses voiles et Ses ombres ;
mais Lui, où est-Il donc ? Par quel nom Le connaître ?
Est-il Brahma ou Vishnu ? Homme ou femme ?
Avec ou sans corps ? Double ou unique ?

Nous aimons un jeune garçon au teint sombre et radieux,
une femme, redoutable et nue, est notre souveraine.
Nous L’avons vu méditer sur la neige des montagnes,
nous L’avons vu à l’oeuvre au coeur des sphères.

Au monde entier nous dirons Ses voies et Son art ;
Il sent l’extase de la torture, de la passion, de la douleur ;
Il jouit de notre chagrin et fait couler nos larmes,
puis à nouveau nous séduit par Sa joie et Sa beauté.

Toute musique n’est que le son de Son rire,
toute beauté le sourire de Sa béatitude passionnée ;
nos vies sont les battements de Son coeur, notre extase les noces
de Râdhâ et Krishna, et notre amour leur baiser.

Sa force retentit dans la sonnerie des trompettes,
c’est Lui qui roule dans le char, qui frappe dans le combat ;
Il tue sans compter et Il est plein de compassion ;
Il combat pour le monde jusqu’à la fin des temps.

Dans la ruée des mondes, dans la houle des âges,
ineffable, puissant, majestueux et pur,
par-delà le dernier pinacle atteint par le penseur
Il trône en Ses royaumes qui demeurent à jamais.

Maître de l’homme et son éternel Bien-Aimé,
Il est proche de nos coeurs, si seulement nous savions Le voir ;
mais notre orgueil nous aveugle et le faste de nos passions,
nous sommes prisonniers de nos pensées, et nous nous croyons libres.

C’est Lui dans le Soleil qui est sans âge et sans mort,
et dans la minuit Son ombre est étendue ;
quand les Ténèbres étaient aveugles et englouties par les Ténèbres,
Il se tenait en elles, immense et solitaire.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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SOIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Stéphane Pellennec
    
SOIR

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir ;
On entend l’invisible errer et se mouvoir ;
Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.
Le crépuscule, plein de figures funèbres,
Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;
À quelque être ignoré qui flotte dans le vent
La pervenche murmure à voix basse : je t’aime
La clochette bourdonne auprès du chrysanthème
Et lui dit paysan, qu’as-tu donc à dormir ?
Toute la plaine semble adorer et frémir.
L’élégant peuplier vers le saule difforme
S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme
Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;
Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,
Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;
Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,
S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,
Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,
Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,
Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes.
Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,
Et dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,
Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,
Tout un monde charmant et sinistre palpite.
C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,
Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,
Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,
Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

(Victor Hugo)

 

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Oh ! contemplez le ciel ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2020


ciel-rouage.

Oh ! contemplez le ciel ! et dès qu’a fui le jour,
En tout temps, en tout lieu, d’un ineffable amour,
Regardez à travers ses voiles;
Un mystère est au fond de leur grave beauté,
L’hiver, quand ils sont noirs comme un linceul, l’été,
Quand la nuit les brode d’étoiles.

(Victor Hugo)

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LE BONHEUR (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



 

Alfred Stevens  mb

LE BONHEUR

Sois heureuse! qu’importe à tes yeux l’horizon
Et l’aurore et la nuit et l’heure et la saison,
Que ta fenêtre tremble aux souffles de l’hiver
Ou que, l’été, le vent du val ou de la mer
Semble quelqu’un qui veut entrer et qu’on accueille.
Sois heureuse. La source murmure. Une feuille
Déjà jaunie un peu tombe sur le sentier;
Une abeille s’est prise aux fils de ton métier,
Car le lin qu’il emploie est roux comme du miel;
Un nuage charmant est seul dans tout le ciel;
La pluie est douce; l’ombre est moite. Sois heureuse.
Le chemin est boueux et l’ornière se creuse,
Que t’importe la terre où mènent les chemins!
Sois heureuse d’hier et sûre de demain;
N’as-tu pas, par ta chair divine et parfumée,
L’ineffable pouvoir de pouvoir être aimée?

(Henri De Régnier)

Illustration: Alfred Stevens

 

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QUATRE CANTOS (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



QUATRE CANTOS

Pourquoi verte, l’éternité ?
O douloureuse, ô ineffable
fougère encore repliée
Qui n’a senti en lui crier
les premières feuilles des arbres
ne sait rien de l’éternité.

Brune sous les javelles blondes
Pareille à la terre en été
C’est toujours le matin du monde
Quand nous saluons la beauté.

Qui me sépare de ma mort ?
un miroir où mon âme morte
a perdu le poids de son corps
Qui me sépare de ma vie ?
l’ombre à reculons qui m’épie
et me fascine en me fuyant
Qui me sépare de mon dieu ?
moi innombrable qui me prends
au piège de mes visages
Mais dans l’Ombre où je suis damné
l’Autre muet me dévisage.

Ce corps battu à mort
sur l’aire nue de l’âme
qu’espère-t-il ? le van
qui criblera ses astres.

(Pierre Emmanuel)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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TRADUIRE UNE PRÉSENCE (Sylvia Baron Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019




TRADUIRE UNE PRÉSENCE

Quelquefois, très rarement,
il arrive que dans ce qui respire ou s’exprime,
dans le vol de la beauté
ou ce qui couvre une lumière,
une fulguration de l’obscurité,
quelque chose d’ineffable et d’essentiel se dégage ,
prend forme dans sa forme, fait un pas,
du fond du geste, de la voix ou du silence,
et c’est comme une apparition accompagnée
sans laquelle rien n’émerge à la vie véritable.

Nous la percevons immédiatement,
en retenant le souffle,
et nous la nommons
présence.

(Sylvia Baron Supervielle)

Illustration: Catherine RÉAULT-CROSNIER

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COMME SI NOUS ETIONS REVENUS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



 

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COMME SI NOUS ETIONS REVENUS

Comme nous nous souvenons ou bien nous taisons,
Une lueur, un éclat de lumière nous accompagne,
Venant de la terre, de la chair, des choses.

Comme si nous étions morts et revenus.

C’est la mer aux mille lumières
Qui nous entourait, pénétrait en nous-mêmes,
Jusque dans le sommeil, jusque dans la chair.
Mer ineffable comme notre âme.

Sous ce toit-ci, à cette heure,
Avec ces mains, avec ces corps,
Nous nous sommes donnés l’un à l’autre dans la nuit.

(C’est une heure, c’est une nuit, et elles ne cessent pas
Le sommeil ne cesse pas, l’amour n’a pas de fin.)

Sur ce bois, dans cette lumière,
Sur ce bois, tu t’es appuyée, tu as regardé
Le sens matinal de l’arbre sans feuilles,
L’arbre le plus solitaire et le plus silencieux entre tous les arbres.

(Les arbres auront-ils jamais à rendre compte ?)

Tu m’as regardé dans les yeux, tu me regardes,
Ton visage est resté sur mon visage.

Tout le temps s’est embaumé, l’air s’est embaumé.

(Georges Themelis)

Illustration: Oskar Kokoschka

 

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