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Poésie

Posts Tagged ‘inéluctable’

SILENCE (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



SILENCE

Toutes paroles me deviennent intérieures
Et ma bouche se ferme comme un coffre
qui contient des trésors
Et ne prononce plus ces paroles dans le temps,
des paroles en passage,
Mais se ferme et garde comme un trésor ses paroles
Hors l’atteinte du temps salissant, du temps passager.
Ses paroles qui ne sont pas du temps
Mais qui représentent le temps dans l’éternel,
Des manières de représentants
Ailleurs de ce qui passe ici,
Des manières de symboles
Des manières d’évidence de l’éternité qui passe ici,
Des choses uniques, incommensurables,
Qui passent ici parmi nous mortels,
Pour jamais plus jamais,
Et ma bouche est fermée comme un coffre
Sur les choses que mon âme garde intimes,
Qu’elle garde
Incommunicables
Et possède ailleurs

Parole sur ma lèvre déjà prends ton vol,
tu n’es plus à moi
Va-t-en extérieure, puisque tu l’es déjà ennemie,
Parmi toutes ces portes fermées, sois fermée
en ton marbre implacable.

Impuissant sur toi maintenant dès ta naissance

Je me heurterai à toi maintenant
Comme à toute chose étrangère
Et ne trouverai pas en toi de frisson fraternel
Comme dans une fraternelle chair qui se moule à ma chair
Et qui épouse aussi ma forme changeante.

Tu es déjà parmi l’inéluctable qui m’encercle
Un des barreaux pour mon étouffement.
Te voilà verbe en face de mon être
un poème en face de moi
Par une projection par-delà moi de mon arrière-conscience
Un fils tel qu’on ne l’avait pas attendu
Être méconnaissable, frère ennemi.
Et voilà le poème encore vide qui m’encercle
Dans l’avidité d’une terrible exigence de vie,
M’encercle d’une mortelle tentacule,
Chaque mot une bouche suçante, une ventouse
qui s’applique à moi
Pour se gonfler de mon sang.

Je nourrirai de moelle ces balancements.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Jan Balet

 

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Le poids du monde (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2016



 

Il suffit de toucher verrous et croix de grilles
Pour sentir le poids du monde inéluctable.

(Jean Follain)

 

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La Carmencita (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



John Singer Sargent La_Carmencita_ba

La Carmencita

Pauvre enfant, tes prunelles vierges,
Malgré leur feu diamanté,
Dans mon coeur, temple dévasté,
Ne rallumeraient pas les cierges.

Pauvre enfant, les sons de ta voix
Telles les harpes séraphiques-
De mes souvenirs maléfiques
Ne couvriraient pas les abois.

Pauvre enfant, de tes lèvres vaines,
La miraculeuse liqueur
N’adoucirait pas la rancoeur
Qui tarit la vie en mes veines.

Pareil au climat meurtrier
Déserté de toute colombe,
Et pareil à la triste tombe,
Où l’on ne vient jamais prier,

O la trop tard-au cours du fleuve
Inéluctable, je m’en vais,
Ayant au gré des vents mauvais
Effeuillé ma couronne neuve.

(Jean Moréas)

 Illustration: John Singer Sargent

 

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QUINCAILLERIE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2015




QUINCAILLERIE

Dans une quincaillerie de détail en province
des hommes vont choisir
des vis et des écrous
et leurs cheveux sont gris et leurs cheveux sont roux
ou roides ou rebelles.
La large boutique s’emplit d’un air bleuté
dans son odeur de fer
de jeunes femmes laissent fuir
leur parfum corporel.
Ilsuffit de toucher verrous et croix de grilles
qu’on vend là virginales
pour sentir le poids du monde inéluctable.

Ainsi la quincaillerie vogue vers l’éternel
et vend à satiété
les grands clous qui fulgurent.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Tu es l’ivresse de la brume (Jean Orizet)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2015




Tu es l’ivresse de la brume
cette buveuse de soleil
mon oeuvre inéluctable

A l’aube tu surgis de la pâleur givrante
et la terre écrasée sous toi
ne peut plus rien

La vie semble figée
les grands monstres sommeillent
ta délivrante ubiquité fait merveille.

(Jean Orizet)

 

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