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Posts Tagged ‘inévitable’

NUDITÉ DE LA NUIT (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2021



Illustration: Giorgio de Chirico
    
NUDITÉ DE LA NUIT
(L’énigme de la fatalité)

L’infini est une tour.
Le destin, une cheminée d’usine
dans un entassement d’arcades.
Cambrures de l’Inévitable.
Briques de l’Inéluctable.
Sur la droite, un gant de fer posé sur un damier
rappelle que la vie est un jeu noir et blanc
s’achevant en tournois sanglants.

Qui donc a joué le Jour et l’a perdu au jeu?
Le soir prend la couleur d’un gant de fer rouillé
avant le heaume irrémédiable de la nuit.
Nuit nue de l’après-humain

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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AUTANT SE TAIRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
AUTANT SE TAIRE

Autant se taire
Faut-il se taire
ou inscrire sur le bleu du ciel
ces nuages de souvenirs
que la mémoire a déjà chassés
Tout est prêt pour l’oubli
qu’on appelle l’éternité
ou la seconde insaisissable
Tout pour le silence
et ce grand vide du sommeil
alors que les rêves vous accusent
et que le remords devient un compagnon
Le moment est-il venu
de refuser ce qui est inévitable
et d’accepter tant de temps perdu
contempler ses mains vides
comme si elles n’étaient que des sabliers
Passe le sable passe le temps
passent les secondes et les années

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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À partir d’un certain point (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019



Illustration: Eliane Marque
    
À partir d’un certain point,
recueillir d’autres détails n’importe plus.
Toute information accable ou trouble.
Tout signe est destiné à s’invalider
dans l’inévitable rencontre
avec le signe contraire.

A partir d’un certain point,
seule compte la transposition de réalité
qui défait les signes,
rompt les sceaux arrogants
et ouvre les vannes
des courants imbriqués obscurément.

Alors toute donnée nouvelle
entrave la réalité,
divise l’énergie du fond,
affaiblit la pensée.

Une fleur ne s’actualise pas.
Personne n’a décrit une rose.
Une fleur est le poids de sa vision.

L’être est toujours
le contraire de ses données.
Ou la conflagration qui les détruit.

***

A partir de cierto punto,
no interesa recoger más detalles.
Ya toda información abruma o confunde.
El destino de todo signo es invalidarse
en el encuentro inevitable
con el signo contrario.

A partir de cierto punto,
sólo importa la transposición de realidad
que deshace los signos,
rompe los sellos prepotentes
y abre las compuertas
de los caudales oscuramente imbricados.

Entonces todo dato nuevo
traba la realidad,
divide la energía del fondo,
debilita el pensamiento.

Una flor no se actualiza.
Nadie ha descripto una rosa.
Una flor es el peso de su vision.

El ser es siempre
lo opuesto a sus datos.
O la conflagración que los destruye.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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NOCTURNE (Rubén Darío)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2018



Illustration: Arnold Böcklin
    
NOCTURNE

Je veux exprimer mon angoisse par des vers
qui diront abolie ma jeunesse de rêves et de roses,
et amèrement détruite mon innocence première
par des soucis médiocres et une peine grandiose.

Et le voyage vers un vague Orient sur d’invisibles barques,
et les graines d’oraisons qui fleurirent en blasphème,
et les effarements du cygne au milieu des flaques
et le bleu nocturne et factice de l’odieuse bohème.

Clavicorde lointain qui dans le silence et l’oubli
ne donna jamais au rêve ses accords éminents,
esquif orphelin, arbre très illustre, obscur nid
qui adoucit la nuit d’une tendresse d’argent…

Espérance odorante d’herbes fraîches, madrigal
du rossignol printanier, de l’oiseau matinal,
fleur de lys arrachée par un destin fatal,
poursuite du bonheur, persécution du mal…

L’amphore funeste contient le venin des anges
qui sera au long de la vie la torture intérieure,
la conscience épouvantable de notre humaine fange
et l’horreur de se sentir passager, l’horreur

d’avancer à tâtons, en d’erratiques alarmes,
vers cet inconnu inévitable et la
violence cauchemardesque de ce sommeil de larmes
dont nulle autre qu’Elle ne nous éveillera !

(Rubén Darío)

 

Recueil: Chants de vie et d’espérance
Traduction: Lionel Igersheim
Editions: Sillage

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Le Sablier (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Etzy
    
Le Sablier

Le bien-être s’en va de mon corps douloureux…
Et l’ombre revenue emplit encor mes yeux.
O bien-être ! reviens dans mon coeur douloureux !

La terreur d’une proche et certaine agonie
Me hante brusquement d’une horreur infinie
O spectre horrible et prompt de la proche agonie !

Instant inévitable, éloigne-toi de moi !
Je veux vivre et n’ai point la ferveur de la foi
Qui ferait éloigner toute crainte de moi !

Comme en un sablier glisse et coule le sable,
La vie insidieuse échappe, inexorable…
Voici que lentement glisse et coule le sable !…

(Renée Vivien)

 

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Tu ne vieilliras point à mes yeux (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Sonnet irrégulier

Tu ne vieilliras point à mes yeux, ô très belle !
Jamais tu ne perdras ce rythme de ton corps
Parfait et ressemblant aux plus nobles accords,

Et tu demeureras dans mes yeux, éternelle.

En ce temps si lointain de ta beauté décrue,
Je te verrai toujours comme aux temps de jadis,
Virginalement blonde et longue autant qu’un lys,

Telle qu’au soir lointain où tu m’es apparue.

Toi que j’aime, ne crains donc plus le temps futur,
Ni le front moins laiteux, ni le regard moins

pur,
Ni, dans le sablier, le glissement des sables.

Malgré l’aspect futur que tu revêtiras
Et les rides, et les rides inévitables !
Dans mes fidèles yeux tu ne vieilliras pas

(Renée Vivien)

Illustration: Jessie Marion King

 

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Vieillesse commençante (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Vieillesse commençante

C’est en vain aujourd’hui que le songe me leurre.
Me voici face à face inexorablement
Avec l’inévitable et terrible moment :
Affrontant le miroir trop vrai, mon âme pleure,

Tous les remèdes vains exaspèrent mon mal,
Car nul ne me rendra la jeunesse ravie…
J’ai trop porté le poids accablant de la vie
Et sanglote aujourd’hui mon désespoir final.

Hier, que m’importaient la lutte et l’effort rude !
Mais aujourd’hui l’angoisse a fait taire ma voix.
Je sens mourir en moi mon âme d’autrefois,
Et c’est la sombre horreur de la décrépitude !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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L’Heure (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Hans Baldung
    
L’Heure

Voilà l’inévitable et terrible moment
Où mon destin s’écrit inévitablement.

Une muette horreur m’envahit et m’accable
Devant le calme front de l’Heure inévitable.

Il ne me reste plus l’élan d’un jeune espoir…
Sans force et sans ardeur, je m’abandonne au soir.

Je n’entends plus le luth ni la musicienne
Ni le jour glorieux… Ah ! que la fin survienne !…

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Adieux au printemps (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2017



Adieux au printemps

Chaque jour, hélas !
nous rapproche de l’inévitable vieillesse,

Tandis que chaque année nouvelle
voit revenir le doux printemps.

Prenons ensemble le plaisir,
aujourd’hui que notre tasse est pleine ;

Si les fleurs se fanent et s’effeuillent,
tâchons, ami, de n’y pas songer.

(Wang Wei)

 

 

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Incommensurable (Hannah Arendt)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2016



Incommensurable, l’étendue, juste,
quand nous nous apprêtons à mesurer,
ce dont notre coeur avait ici pour mission de s’emparer.

Insondable, la profondeur, juste,
quand, approfondissant, nous sondons,
ce qui, dans notre chute, nous accueille comme fond.

Inaccessible, l’altitude, juste,
quand nos yeux s’épuisent à scruter
ce qui, flamme devenu, s’élève au-dessus du firmament.

Inévitable, la mort, juste,
quand, assoiffés d’avenir,
nous ne supportons pas le pur continu d’un instant.

***

Unermessbar, Weite, nur,
wenn wir zu messen trachten,
was zu fassen unser Herz hier ward bestellt.

Unergründlich, Tiefe, nur,
wenn wir ergründend loten,
was uns Fallende als Grund empfángt.

Unerreichbar, Höhe, nur,
wenn unsere Augen mühsam absehn,
was als Flamme übersteigt das Firmament.

Unentrinnbar, Tod, nur,
wenn wir zukunftsgierig
eines Augenblickes reines Bleiben nicht ertragen.

(Hannah Arendt)

 

 

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