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Poésie

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Je vais où j’aime et suis aimée (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2018



La floraison du bâton

[2 ]
Je vais où j’aime et suis aimée,
dans la neige ;

je vais aux choses que j’aime
sans pensée de devoir ni de pitié ;

je vais où je suis à ma place, inexorablement,
comme la pluie longtemps restée

dans le sillon ; j’ai donné
ou j’aurais donné

vie à la graine ;
mais elle ne pousse ni ne mûrit

avec la pluie de beauté,
la pluie retournera au nuage ;

le moissonneur aiguise son fer sur la pierre ;
mais ceci n’est pas notre champ,

nous n’avons pas semé ceci ;
sans pitié, sans pitié, laissons donc

Le-lieu-du-crâne
à ceux qui l’ont construit.

***

I go where I love and where I am loved,
into the snow;

I go to the things I love
with no thought of duty or pity;

I go where I belong, inexorably,
as the rain that has lain long

in the furrow; I have given
or would have given

life to the grain;
but if it will not grow or ripen

with the rain of beauty,
the rain will return to the cloud ;

the harvester sharpens his steel on the stone;
but this is not our field,

we have not sown this;
pitiless, pitiless, let us leave

The-place-of-a-skull
to those who have fashioned it.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Nous ne saurons jamais qui nous sommes (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



nous ne saurons jamais qui nous sommes
qui nous aurons été c’est ainsi
nous portons d’étranges lunettes
qui ne peuvent même pas nous aider
à voir venir la mort à reconnaître
l’amour lorsqu’il passe à portée
de nos mains la beauté que menace
tant de regards éteints nous marchons
un peu de travers comme les vieux chiens
qui se retournent parce qu’ils se croient
poursuivis alors que le danger vient
inexorablement d’en face

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Gilbert Garcin

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Je me chauffe au soleil (Masako Ôta)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Carolus-Duran une-femme-nue-assise-vue-de-dos-regardant-la-mer

Je me chauffe au soleil —
Ce temps d’oisiveté aussi
file inexorablement !

(Masako Ôta)

Illustration: Carolus-Duran 

 

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Vieillesse commençante (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017




    
Vieillesse commençante

C’est en vain aujourd’hui que le songe me leurre.
Me voici face à face inexorablement
Avec l’inévitable et terrible moment :
Affrontant le miroir trop vrai, mon âme pleure,

Tous les remèdes vains exaspèrent mon mal,
Car nul ne me rendra la jeunesse ravie…
J’ai trop porté le poids accablant de la vie
Et sanglote aujourd’hui mon désespoir final.

Hier, que m’importaient la lutte et l’effort rude !
Mais aujourd’hui l’angoisse a fait taire ma voix.
Je sens mourir en moi mon âme d’autrefois,
Et c’est la sombre horreur de la décrépitude !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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JE VEUX (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



    

JE VEUX

Je veux que chaque jour de l’année
chaque jour de la vie
de demi-heure en demi-heure
de cinq en cinq minutes
tu me dises: Je t’aime.
En t’entendant dire : Je t’aime,

je crois, sur le moment, que je suis aimé.
Dans le moment précédent
et dans le suivant,
comment le savoir?

Je veux que tu me répètes jusqu’à exhaustion
que tu m’aimes que tu m’aimes que tu m’aimes.
Faute de quoi s’évapore l’aimance
car en disant: Je t’aime,
tu démens
tu effaces
ton amour pour moi.

J’exige de toi le perpétuel communiqué.
Je n’exige que cela,
cela toujours, cela toujours davantage.

Je veux être aimé par et dans ta parole
et ne connais, en dehors d’elle, d’autre manière
de reconnaître le don amoureux,
la parfaite manière de se savoir aimé :
amour à la racine de la parole
et dans son émission,
amour
bondissant de la langue nationale,
amour
changé en son
vibration spatiale.

Dans le moment où tu ne me dis pas :
Je t’aime,
inexorablement je sais
que tu as cessé de m’aimer
que jamais tu ne m’as aimé auparavant.

Si tu ne me dis pas urgent répété
je t’aimaimaimaimaime,
vérité fulminante que tu viens juste d’inventer,
je me précipite dans le chaos,
cette collection d’objets de non-amour.

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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Parce que de la viande (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Parce que de la viande était à point rôtie,
Parce que le journal détaillait un viol,
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col.

Parce que, d’un lit grand comme une sacristie,
Il voit sur la pendule un couple antique et fol
Ou qu’il n’a pas sommeil et que sans modestie
Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche
Contre son bonnet blanc frotte son casque-à-mèche
Et travaille en soufflant inexorablement:

Et de ce qu’une nuit sans rage et sans tempête
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant
Ô Shakespeare, et toi Dante , il peut naître un poète!

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Margarita Sikorskaia

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Le son exténué se traîne dans la pluie (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



Le son exténué se traîne dans la pluie
Et le son dans la pluie erre comme un radeau.
Ah ! cette pluie en nous ! c’est comme une araignée
Qui tisse dans notre âme avec ses longs fils d’eau
Inexorablement une toile mouillée !
Sans cesse cette pluie à l’âme, ce brouillard
Qui se condense et fond en bruines accrues;
Comme on a mal à l’âme, et comme il se fait tard !
Et l’âme écoute au loin pleuviner dans ses rues…

(Georges Rodenbach)

 

 

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