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Poésie

Posts Tagged ‘inexplicable’

Il faudrait expliquer l’inexplicable (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



déportées

Vous voudriez savoir poser des questions
et vous ne savez quelles questions
et vous ne savez comment poser les questions
alors vous demandez des choses simples
la faim la peur la mort
et nous ne savons pas répondre
nous ne savons pas répondre avec vos mots à vous
et nos mots à nous vous ne les comprenez pas
alors vous demandez des choses plus simples
dites-nous par exemple comment se passait une journée
c’est si long une journée que vous n’auriez pas la patience
et quand nous répondons vous ne savez pas comment passait une journée
vous croyez que nous ne savons pas répondre.
Vous ne croyez pas ce que nous disons
parce que si c’était vrai ce que nous disons
nous ne serions pas là pour le dire.

Il faudrait expliquer l’inexplicable.

(Charlotte Delbo)

 

 

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Tu conjugues la veille à l’éternelle absence (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2019



Illustration: Francine Van Hove
    
Tu conjugues la veille
à l’éternelle absence,
conjonction des figures et des pauses,
ce qui tombe et se relève avec le soir.

Des oiseaux bleus quelquefois
traversent ton regard. Tu retournes
à la table peinte, à tes plumes,
tes ciseaux, tes phrases, tes silences.

Tant de choses inexplicables passent
par le détail des mois et des années.
Tu reviens de partout

Si pâle du sommeil refusé,
cherchant le lieu et la limite
ou la coïncidence.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ô joie inexplicable (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2018



 

Elihu Vedder  Soul-of-the-Sunflower

Ô joie inexplicable sinon par la lumière !

(Saint-John Perse)

Illustration: Elihu Vedder

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Le réel « total » (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



Le réel « total », le seul réel véritable,
n’est accessible qu’à l’intuition poétique
(les grands philosophes, les grands mystiques et quelques grands scientifiques sont des poètes),
qui par une approche sans cesse renouvelée,
par des chemins si différents jette, dans ses meilleurs moments,
une lumière instantanée,
inexplicable sur ce qui n’a pas de visage…

(Lorand Gaspar)
Découvert chez Lara ici

Illustration: Mustapha Merchaoui

 

 

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Ô BEAUTE INALTERABLE (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Elizaveta Porodina
    
Ô BEAUTE INALTERABLE, inexplicable
Intouchable dans le drapé du sein et inoubliable
Harmonie en absurde infini et hautaine et vibrante non moins fulgurante adorante
Comme est le corail rose de la femme humaine,
Маtièrе étroite des mystères, que nul amant fils de mystère n’a jamais eu force d’atteindre,
Et froide, au milieu de tes astres de feinte :
Оn te nomma éternité, on ne te rencontra jamais en un jour non mortel d’amour,
On ne te posséda jamais, оn eut désir de ton amour, de ton inaccessible amour.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Diadème suivi de Mélodrame
Traduction:
Editions: Gallimard

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La beauté est partout (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



La beauté est partout
Même
sur le sol le plus dur
le plus rebelle
la beauté est partout
au détour d’une rue
dans les yeux
sur les lèvres
d’un inconnu
dans les lieux les plus vides
où l’espoir n’a pas de place
où seule la mort
invite le cœur
la beauté est là
elle émerge
incompréhensible
inexplicable
elle surgit unique et nue –
à nous d’apprendre
à l’accueillir
en nous

***

The loveliness is everywhere
even
in the ugliest
and most hostile environment
the loveliness is everywhere
at the turning of the corner
in the eyes
and on the lips
of a stranger
in the emptiest areas
where there is no place for hope
and only death
invites the heart
the loveliness is there
it emerges
incomprehensible
inexplicable
it rises in its own reality
and what we must learn is
how to receive it
into ours

(Kenneth White)


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L’ombre d’un arbre (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2018




Ce n’était que l’ombre d’un arbre
Entrant à midi dans la chambre,
L’ombre candide d’un érable,
Une ombre d’or et d’ambre.

Pourquoi eut-il si peur
Quand elle vint heurter la table?
D’où provenait cette lueur?
Tout paraissait inexplicable.

Un matin, il abattit l’arbre.
Il se crut délivré.
A midi, l’ombre de l’érable
Rampa lentement vers ses pieds.

Lorsqu’il tenta de se lever
Pour fuir dans la chambre voisine,
Il resta stupéfait: ses pieds
Avaient pris racine.

(Maurice Carême)

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Le héros (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018



Illustration: Johann Heinrich Füssli
    
Le héros

Avec les yeux bien ouverts,
le coeur entre les mains
et les poches pleines de colombes,
il regarde le fond du temps.

Il voit son propre désir, hautes lumières,
guirlandes, flèches vertes, tours
d’où tombent les chevelures
et surgissent les splendides batailles.

Il court, la ferveur le heurte,
elle est sa torche et son propre palefroi,
il cherche l’entrée de la ville,
brandit le futur, clame comme les vents.

Tout est là, la rue ouverte
et à distance le miroitement,
l’inexplicable proximité de ce qu’il n’atteint pas
et croit atteindre, et il court.

Un trébuchement n’est pas nécessaire ni une estocade
les corps tombent de leur propre poids,
les yeux reconnaissent un moment
la vérité de l’ombre.

Il se dresse encore,
encore le faucon d’acier bat dans son poing.
Parmi les pierres rebondit la question implorante
de l’homme enfin seul à l’arrivée.

Ensuite c’est la titubation,
le soupçon que la fin n’est pas le commencement ;
et au bout de la rue
qui paraissait si belle
il n’y a plus qu’un arbre sec
et un éventail cassé.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Un poète (Pierre Emmanuel)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Un poète, quoi qu’il fasse, n’est jamais tout à fait perdu.
Même alors qu’il ne croit plus à rien,
il sait pourtant que la parole est sainte.
Au plus fort de sa sécheresse intérieure, un beau vers, un mot nécessaire,
lui suffisent pour que jaiîlisse de lui une inexplicable source d’amour.
Car cela ne se peut expliquer :
c’est une certitude singulière mais totale,
l’affleurement du mystère même de l’esprit.

(Pierre Emmanuel)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: L’Âge d’Homme

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REFUS (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

envol

REFUS

Je ne parlerai pas d’amour.
Le mot s’est arrêté
sur mes lèvres
s’est figé s’est fermé fossilisé.

Je ne dirai pas l’amour
ni le chant qui s’en évade
chant de joie mêlée de crainte
telle l’envolée soudaine
de mille oiseaux dans l’émoi
dans la transe.

Je sens leurs battements d’ailes
l’ivresse de leur vol
vers les cimes toujours plus hautes.
Je sens leur passage
le trouble qui jaillit
au tout profond.
L’espace conquis est ample
et lourd et inquiétant.

Pulsations d’ailes
et du cœur en arythmie
l’amour attache s’accroche
s’épingle se fibule
comme une médaille de la légion.

Je ne dirai pas le combat
pour le tenir
hors du mièvre
du mécanisme de l’habitude.
Je tairai la révolte
la lutte
pour être branche vive
d’un arbre mille fois mort
sans cesse renaissant.

Phénix criant appelant
guettant une proie
toujours naïve
toujours avide
de s’immoler
pour l’inexplicable lumineux.

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

 

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