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Poésie

Posts Tagged ‘inexploré’

CHANT DE L’EXPOSITION (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019




CHANT DE L’EXPOSITION

VIENS, Muse, quitte la Grèce et l’Ionie,
Je t’en prie fais une croix sur ces comptes démesurément surpayés,
Cette histoire de Troie et du courroux d’Achille, les vagabondages d’Enée et d’Ulysse,
Suspends l’écriteau « Changement de domicile » et « A louer »
sur les rochers de ton Parnasse neigeux,
Fais de même à Jérusalem, place l’écriteau tout en haut de
la porte de Jaffa et sur le mont Moriah,
De même sur les murs des châteaux allemands, français,espagnols, et dans les musées d’Italie,
Car sache qu’une sphère meilleure, plus neuve, plus active
t’attend, qu’un domaine vaste, inexploré te réclame.

(Walt Whitman)

 

 

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ISIS ERRANTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Susan Seddon Boulet
    
ISIS ERRANTE

Cela aussi est une expérience de l’âme,
Le monde démembré qui jadis fut le dieu tout entier,
Dont les fragments brisés gisent à présent, morts.
Cette disparition de la réalité elle-même est réelle.

Recueillant sous mon manteau noir les vestiges de la vie
Qui stagnent, déchus, parmi les gens et les lieux,
Je scrute le double désert de ma solitude,
Le monde extérieur mort, et l’esprit stérile.

Jadis Il fut présent, sacré, dans la maison du monde,
Portant le jour comme un vêtement, sa beauté visible
Dans l’homme et le blé lorsqu’Il descendait la rivière fertile.
Il comblait d’amour l’espace de ma nuit.

Je trace le contour de sa main qui disparaît sur un nuage,
Et cela, son sang, coule de la blessure d’un soldat qui meurt.
Dans les champs fracassés son corps est épars, ses membres gisent

Écartelés comme une carlingue naufragée dans le sable.
Son crâne est une cathédrale morte, et les rayons de sa couronne
Brillent dans du fer-blanc et du verre cassé.
Ses yeux bleus se reflètent des lacs dans le ruisseau,
Et sa force est la pierre désolée des cités abattues.

Oh, dans les débris de vaisselle de mes rêves,
Me tournant vers les tessons des jours passés,
Découvrirai-je son visage aimé profané?
Les fonds inexplorés du sommeil sont-ils sa tombe?

Après la fin dangereuse estompée de la nuit
Dans les caveaux de la peur ses os reposent-ils,
Et le dédale du cauchemar mène-t-il vers la puissance qui est là cachée?
Les eaux infernales menaçantes recouvrent-elles le roi ichtien?

Je rassemble les fragments divins dans le mandala
Dont le centre est la puissance créatrice perdue,
Le soleil, le cœur de Dieu, le lotus, l’électron
Qui fait palpiter monde après monde, rayon après rayon
Pour que celui qui vivait au commencement renaisse au dernier jour.

***

ISIS WANDERER

This too is an experience of the soul
The dismembered world that once was the whole god
Whose broken fragments now lie dead.
This passing of reality itself is real.

Gathering under my black cloak the remnants of lift
That lie dishonoured among people and places
I search the twofold desert of my solitude,
The outward perished world, and the barren mind.

Once he was present, numinous, in the bouse of the world,
Wearing day like a garment, bis beauty manifest
In corn and man as he journeyed down the fertile river.
With love he filled my distances of night.

I trace the contour of bis hand fading upon a cloud,
And this bis blond flows from a dying soldier’s wound.
In broken fields bis body is scattered and bis limbs lie
Spreadeagled like wrecked fuselage in the sand.

His skull is a dead cathedral, and bis crown’s rays
Glitter from worthless tins and broken glass.
His blue eyes are reflected from pools in the gutter,
And his strength is the desolate stone of fallen cities.

Oh in the kitchen-midden of my dreams
Turning over the postherds of post days
Shall I uncover his loved desecrated face?
Are the unfathomed depths of sleep his grave?

Beyond the looming dangerous end of night
Beneath the vaults of fear do his bons lie,
And does the mate of nightmare lead to the power within?
Do menacing nether waters cover the fish king?

I piece the divine fragments into the mandala
Wjhose centre is the lost creative power,
The sun, the heart of God, the lotus, the electron
That pulses world upon world, reg upon ray
That he who lived on the first me rire on the hast day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Un silence (Yves Namur)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



Ettore Aldo Del Vigo -   (95)

Il y a tout au fond de la fatigue
Tout ce qu’un homme a de plus beau à donner :

Son courage peut-être,
Sa sueur perlée, sa respiration difficile
Et ses blessures déjà anciennes.

Et au sommet de la colline,
Près des myrtilles, des bruyères et de la pluie,

Il y a aussi ce secret bien gardé

Que seule
La Nature est prête à partager avec lui.

***

Un silence
Qui ne se mesure pas au nombre de mètres qu’il faut pour l’enjamber
Et passer dans l’histoire d’un autre silence,

Un silence
Qui est parfois rempli de pétales de roses
Et de tristesse,

Un silence
Qui ressemble parfois à ces choses qu’on a perdues,
Englouties par des torrents de pluie
Ou des amours déçues.

Un silence comme ça nous renverse parfois,
Comme si nous n’étions qu’un simple tas de paille
A la merci du vent.

(…)

***

J’ai souvent pensé à ceci :

Il doit encore bien exister quelque part dans le monde
Des fragments de silence
Dont l’homme ne s’est jamais approché.

Quelques fragments,
Cachés peut-être tout au fond d’un puits perdu

Ou sur les parois d’une caverne profonde
Et encore inexplorée.

En quelque sorte des lambeaux,
Des fragments de ce qui pourrait être du silence originel

Dont seuls quelques insectes minuscules
Partageraient les secrets.

Et je me dis parfois que penser ainsi n’est pas bon,
Et qu’il n’y a que les poètes pour se nourrir de hasard, de coïncidences et de riens …

(Yves Namur)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

Découvert chez la boucheaoreilles ici

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Le Temps (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2018




 Illustration
    

Le Temps

Je bouscule le Temps
Pour qu’il se hâte
Oublieuse de ses marques
Sur mon corps déjà piégé

Je défie le temps
Souverain il me toise
Tandis que je m’effrite
Année après année

Je dynamite le temps
Il explose
Je me moque de ses gouffres
J’invente des échappées

J’ai effacé le Temps
Je n’ai plus d’âge
Je suis au présent
Je vise l’inexploré !

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Fernando Pessoa (Miguel Espejo)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



Fernando Pessoa

en regardant le bureau de tabac
j’ai ressenti je ne sais quel élan
vers les plaines et les déserts inexplorés
les amours toujours cherchées et jamais trouvées
le monde fragile comme un bouton de fleur
et cette illusion de l’appréhender
en regardant le bureau de tabac

(Miguel Espejo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Zachary Brown

 

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Les chemins inexplorés (Karin Boye)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2016



Les chemins inexplorés

D’ici partent des chemins inexplorés.
Marchons avec ferveur.
Viens, mettons-nous en quête
de quelque fleur nouvelle et belle.
Jette ce que nous possédons!
Les buts atteints, les desseins accomplis
nous chargent d’un poids mort,
peu digne de nos rêves, des chants et des prouesses.

La vie est dans ce qui nous attend,
ce que nous ignorons encore …
Viens, oublions!
Mettons-nous en quête de nouveauté et de beauté!

(Karin Boye)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Alphonse Mucha 

 

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Danger des plus heureux (Frédéric Nietzsche)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2015


 


Igor Morski   (41) [1280x768]

Danger des plus heureux.

— Avoir des sens subtils et un goût fin ;
être habitué aux choses de l’esprit les plus choisies et les meilleures,
comme à la nourriture la plus vraie et la plus naturelle ;
jouir d’une âme forte, intrépide et audacieuse ;
traverser la vie d’un œil tranquille et d’un pas ferme,
être toujours prêt à l’extrême comme à une fête,
plein du désir des mondes et des mers inexplorés,
des hommes et des dieux inconnus ;
écouter toute musique joyeuse,
comme si, à l’entendre, des hommes braves, soldats et marins,
se permettaient un court repos et une courte joie,
et dans la profonde jouissance du moment seraient vaincus par les larmes,
et par toute la rouge mélancolie du bonheur,
qui donc ne désirerait pas que tout ceci fût son partage, son état !

(Frédéric Nietzsche)

Illustration: Igor Morski 

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