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Poésie

Posts Tagged ‘inextinguible’

inventaire de l’amour (Tahar Djaout)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018


Kaleidoscope

désir de pluie apaisante
quand ta robe repoussée
délivre un feu qui sommeille.

je suis devant ton corps
comme l’enfant émerveillé par le kaléidoscope;
rêve de fruits opulents,
rêve d’oiseaux multicolores,
rêve de paysages enchanteurs,
rêve d’arbres voyageurs.

je suis devant ton corps
comme l’enfant abasourdi par les manèges:
je me souviens — tu étais à mes côtés —
de ce silence des rues pourtant trépidantes,

je me souviens des murs
dont les jointures craquaient de ne pouvoir contenir mon bonheur,
je me souviens de ce désir trop lourd pour ma poitrine,
de ce désir que nous portions à deux
comme un poids d’eau salutaire.

je suis devant ton absence
comme l’enfant pleurant de solitude:
tu viens à moi et la rue répudie son visage des jours brumeux,
tu viens à moi et la lumière née soudain te multiplie,
les choses prennent les contours que tes mains leur attribuent.

comme deux planètes confondues:
ton corps jumeau du mien,
mon désir au tien ligoté.

je suis entre tes bras
comme l’argile frémissante et aveugle:
tes mains inventent mon corps
et tracent un chemin pour mes lèvres.

je suis devant tes paysages offerts
un inlassable déchiffreur:
la rosée des lèvres concédées,
les lianes subtiles de tes bras,
les pirogues de tes cuisses,
la plaine du ventre qui chavire,
le miel de la fleur harponnée,
la combustion d’insectes
dans l’arc des aisselles dévoilées.

je suis devant ton corps
comme l’enfant taraudé d’aventures.

je suis devant ton amour
comme une luciole inextinguible.

(Tahar Djaout)

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PRISME (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



 

PRISME

Temps de terre, les pierres
battent
dans les creux de poussière, l’air arable
erre loin de chez lui, le fil de fer
barbelé et la route
sont effacés. Violen-
tée par la fièvre
brûlante de nos poumons, l’Ur des origines
éclôt du cristal, notre souffle vermeil
nous réfracte
en mille éclats. Nous ne nous
connaîtrons jamais
plus. Comme la lumière
qui bouge entre les lattes
de lumière
que nous avons parfois appelée mort,
nous, aussi, aurons fleuri,
même avec des flammes
aussi inextinguibles
que celles-ci.

(Paul Auster)

Illustration

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L’imagination (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
L’imagination consiste à expulser de la réalité
plusieurs personnes incomplètes pour,
mettant à contribution les puissances magiques
et subversives du désir,
obtenir leur retour sous la forme d’une présence
entièrement satisfaisante.

C’est alors l’inextinguible réel incréé.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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Idylle ancienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Idylle ancienne

Nous vivions dans la légèreté
Et empruntions des routes intérieures
Qui menaient jusqu’au fond de nous-mêmes

Je voyais dans ton regard
Le paysage qui était derrière moi
Avec tout le sable de la plage
Et toutes les vagues de la mer
Ou toute l’herbe de la campagne
Avec le ruisseau qui reflétait le profil de ton sein
Et le ciel qui prenait la couleur de tes yeux

Nous nous cachions derrière les buissons
Qui étaient animés d’une vie mystérieuse
Qui nous poussait l’un vers l’autre dans un élan charnel

Les cheveux dans le vent comme une crinière
Ton corps galopait dans le pré
Je le poursuivais avant de l’atteindre
Pour le rouler dans l’herbe épaisse
Et le crucifier sur la roue de mon désir

Maintenant je me glisse sur la perspective
Jusqu’au bout de la digue que la mer asperge
Où nous connûmes cet amour inextinguible
Ton image se cache toujours au fond du miroir
De la chambre que tu occupas
Dans ce café du port où venaient tous les marins

Le soir ferme ses paupières sur le regard du jour
Mais où est le souvenir des échos disparus ?

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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Tu es la voix (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    
Tu es la voix

Sois clément envers moi
Étranger
Je t’aime
Toi que je ne connais pas

Tu es la voix
Qui m’envoûte
Je t’ai perçue
Reposant sur du velours vert
Toi haleine de mousse
Toi cloche du bonheur
Et du deuil inextinguible

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Tambour d’étonnements (Mario Quintana)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



 

Julia Perret    -tenir-la-lumiere

Tambour d’étonnements

Tes poèmes, ne les date jamais…
un poème n’appartient au temps…
Puisque dans son pays étrange,
s’il y a une heure, c’est toujours l’heure extrême
Quand l’ange Azraël nous étale à la soiffarde
lèvre le calice inextinguible…

Un poème cela existe pour toujours, poète:
Ce que tu écris aujourd’hui c’est bien le même poème
Que celui que tu as écrit dans ta jeunesse,
Et c’est aussi le même que
bien après ton dernier départ,
Quelqu’un lira à voix basse en s’émouvant
À le faire vivre à nouveau…

(Mario Quintana)

Illustration: Julia Perret

 

 

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Ce que je trouvais beau (Etty Hillesum)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2017



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Ce que je trouvais beau,
je le désirais de façon beaucoup trop physique, je voulais l’avoir.
Aussi, j’avais toujours cette sensation pénible de désir inextinguible,
cette aspiration à quelque chose que je croyais inaccessible

(Etty Hillesum)

 

 

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LES VOITURES PASSENT… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



LES VOITURES PASSENT…

Les voitures passent et font trembler la maison,
La maison où je suis seule.
Ici, depuis longtemps déjà les choses ont été vécues :
Il y a dans l’air des espaces éteints,
La forme gravée en creux
Des voix et des gestes de jadis.
Et mes mains ne peuvent rien saisir.

Cependant je regarde la nuit
Et j’ai besoin de chaque feuille.

Elle roule, elle tourne en l’air, ta vie,
Loin de moi…
Même pour souffrir ce tourment de ne pas être,
J’ai besoin d’être seule.

Plutôt la solitude des éternels départs,
Des projets et des questions,
Des combats avec leur inextinguible
Poids de morts et de lamentations.
Plutôt la solitude parce qu’elle est complète.

Je crois à la nudité de ma vie.
Tout ce qui m’arrive est superflu.
J’éprouve la sensation d’être extérieure à tout,
Avec l’éternité qui flotte sur les montagnes.

Jardin, jardin perdu,
Nos membres enveloppent ton absence…
Les feuilles se racontent ton secret
Et, comme la peur, mon amour se cache.

***

PASSAM OS CARROS…

Passam os carros e fazem tremer a casa
A casa em que estou só.
As coisas há muito já foram vividas :
Há no ar espaços extintos
A forma gravada em vazio
Das vozes e dos gestos que outrora aqui estavam.
E as minhas mãos nao podem prender nada.

Porém eu olho para a noite
E preciso de cada folha.

Rola, gira no ar a tua vida,
Longe de mim…
Mesmo para sofrer este tormento de nao ser
Preciso de estar só.

Antes a solidão de eternas partidas
De planos e perguntas,
De combates com o inextinguível
Peso de mortes e lamentaçóes
Antes a solidão porque é completa.

Creio na nudez da minha vida.
Tudo quanto me acontece é dispensável.
Só tenho o sentimento suspenso de tudo
Corn a eternidade a boiar sobre as montanhas

Jardim, jardim perdido
Os nossos membros cercando a tua ausência…
As folhas dizem urna à outra o teu segredo,
E o meu amor é oculto corno o medo.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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LA CHANSON DES NOCHERS DE L’AIR (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2015




LA CHANSON DES NOCHERS DE L’AIR

Nous partîmes, un soir fulgurant et vermeil
Comme en forgent les ciels d’été sur leurs enclumes,
Et notre prime essor fut si prompt que nous eûmes
L’immense illusion d’entrer dans le soleil.

Nos grands oiseaux de toile éployèrent leurs pennes
Et, se servant du vain effort des vents debout,
Ils prirent le plein ciel, lentement, sans à-coup,
Sur l’émerveillement des cités et des plaines.

Et depuis, nous voguons du zénith au nadir,
Toujours plus haut, toujours plus loin, nos mains tendues
Vers le silence bleu des vastes étendues
D’où nous voyons Phébus, à chaque aube, bondir.

*

Nous ne savons plus rien des faiblesses des hommes,
Rien de leurs gestes fous, rien de leurs mots menteurs.
Le murmure des vents, le chant de nos moteurs,
Sont le seul bruit perçu dans l’espace où nous sommes.

En voyant nos regards où flambent nos orgueils,
Les aigles attardés qui regagnent leurs aires
Disent entre eux : « Fuyons, ce sont les Téméraires.
Nous sommes les nochers de la mer sans écueils.

Nous sommes les coureurs de la route infinie,
Les Jasons du soleil, les Gamas de l’éther.
L’inextinguible feu qui brûle notre chair
N’est qu’un éclair jailli de l’éternel génie.

*

Quand, penchés sur les bords de nos vaisseaux ailés,
Nous regardons peiner les foules dans les villes,
Nous plaignons les rancoeurs, les besognes serviles
Et les rêves rampants des siècles en allés.

Nous, dont le vol s’éploie en libre théorie
Sous l’oeil indifférent des constellations,
Nous prenons en pitié les chocs des nations
Car nous sommes les seuls et les vrais sans-patrie.

Et si toujours plus haut nous entrons dans les cieux,
C’est qu’un désir ardent bouillonne dans nos moelles :
Aborder, quelque jour, sur l’une des étoiles,
Pour, n’enviant plus rien, nous croire enfin des dieux !

(Pascal Bonetti)

Illustration: Patrice Rivoallan

 

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