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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2019



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon cœur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah!
Ma vie et l’Univers ? la Nature et la Loi ? pourquoi

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Le Voyage (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



Le Voyage

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes,
L’univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D’autres, l’horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d’une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n’être pas changés en bêtes, ils s’enivrent
D’espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour partir ; cœurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s’écartent,
Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

Ceux-là, dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu’un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l’esprit humain n’a jamais su le nom !

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.

Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n’étant nulle part, peut être n’importe où !
Où l’Homme, dont jamais l’espérance n’est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : « Ouvre l’œil ! »
Une voix de la hune, ardente et folle, crie :
« Amour… gloire… bonheur ! » Enfer ! c’est un écueil !

Chaque îlot signalé par l’homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L’Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu’un récif aux clartés du matin.

Ô le pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d’Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l’air, de brillants paradis ;
Son œil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.

Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d’astres et d’éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Dites, qu’avez-vous vu ?

« Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d’imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.

La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos cœurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.

Les plus riches cités, les plus beaux paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !

— La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !

Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? — Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !

Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;

Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. »

Et puis, et puis encore ?

« Ô cerveaux enfantins !

Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l’avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l’échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l’immortel péché :

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût ;
L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout ;

Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu’assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;

Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;

L’Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
« Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! »

Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l’opium immense !
— Tel est du globe entier l’éternel bulletin. »

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s’il le faut. L’un court, et l’autre se tapit
Pour tromper l’ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,

Comme le Juif errant et comme les apôtres,
À qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d’autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu’autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le cœur joyeux d’un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : « Par ici ! vous qui voulez manger

Le Lotus parfumé ! c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! »

À l’accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
« Pour rafraîchir ton cœur nage vers ton Électre ! »
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

(Baudelaire)

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Litanies de mon triste cœur (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2018



Litanies de mon triste cœur

Mon coeur repu de tout est un vieux corbillard
Que traînent au néant des chevaux de brouillard.

Prométhée et vautour, châtiment et blasphème,
Mon coeur est un cancer qui se ronge lui-même.

Mon coeur est un bourdon qui tinte chaque jour
Le glas d’un dernier rêve en allé sans retour.

Mon coeur est un gourmet blasé par l’espérance
Qui trouve tout hélas! plus fade qu’un lait rance.

Mon coeur est un noyé vidé d’âme et d’espoirs
Qu’étreint la pieuvre Spleen en ses mille suçoirs.

Mon coeur est une horloge oubliée à demeure
Qui bien que je sois mort s’obstine à sonner l’heure.

Mon coeur est un ivrogne altéré bien que saoûl
De ce vin noir qu’on nomme universel dégoût.

Mon coeur est un terreau tiède, gras, et fétide
Où poussent des fleurs d’or malsaines et splendides!

Mon coeur est un cercueil où j’ai couché mes morts…
Taisez-vous, airs jadis chantés, lointains accords!

Mon cœur est un tyran morne et puissant d’Asie,
Qui de rêves sanglants en vain se rassasie.

Mon coeur est un infâme et louche lupanar
Que hantent nuit et jour d’obscènes cauchemars.

C’est un feu d’artifice enfin qu’avant la fête
Ont à jamais trempé l’averse et la tempête.

Mon coeur…. Ah! pourquoi donc ai-je un coeur? Ah! pourquoi
Ma vie et l’Univers? la Nature et la Loi ?

(Jules Laforgue)


Illustration: Pierre Paul Rubens

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EST-CE DE L’AMOUR (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 14 juin 2018



Illustration: Bernard Fideler
    
EST-CE DE L’AMOUR

Qu’on te regarde… et de fureur,
Mes rudes poings veulent s’abattre.
Je hais le goût du miel douceâtre.
Seul ton visage est baigné de splendeur.

Que me vaut le vent de la vie, infâme peste !
Je méprise des yeux tout l’horizon céleste.
Et quand il faut pleurer… tarde, tarde mon pleur.
Et tout sentiment m’abandonne.
Suis-je amoureux?… je ne sais plus vraiment.
Mais je sais bien que je deviens dément.
Ma lèvre de bronze frissonne,
Implore un baiser… quelques riens,
Ma lèvre s’évertue,
Mendiante et têtue.
Mais toi, sauve-toi de mes mains !
Ou je te traînerai partout, gare à ma pogne !
Youpi! je tue ! je cogne !

Orgueilleuse, regarde un peu
Ces lâches poings qui laissent des blessures.
Sur les restes des morts tout noircis par le feu,
Baise-moi follement! Et que, de mes mains dures,
J’enroule ton cheveu.
Je veux goûter ta lèvre si pulpeuse.
Qui doutait, je te prie, que tu tiendrais, heureuse,
La vie entre tes bras ? J’en suis le jeune dieu!

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Mystère et Misère (Luc Decaunes)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2018


ovum-lg

Le mystère de l’homme est entier il me cache
Le monstre convulsé gueule pleine de sang
Et les plaisirs du monstre et la fumée du sang
Tout ce feu qui pourrit entre des mains infâmes
Ce feu couleur d’espoir qu’on oblige à trahir
Ces larmes ces douleurs qui feront or en barre
Et la confusion terrible des regards

J’ouvre les yeux je vois
La misère est entière
Mais je suis à ma place au milieu de l’horreur
J’oublie le mal j’oublie l’erreur j’oublie la mort
Et comme un regard clair s’ouvrant dans un œil sombre
Le mystère de vie absorbe toute l’ombre.

(Luc Decaunes)

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Vivre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



    

Vivre

Puisqu’il est, semble-t-il, nécessaire de vivre
En portant le poids lourd des anciens désespoirs,
Tous les matins, et tous les jours, et tous les soirs,
Interrogeons nos coeurs et sachons l’art de vivre !

Sachons enfin chanter les roses du matin,
O nous qui replions les ailes de notre âme !
Sachons nous réjouir en paix du mets infâme
Et nous accommoder des chants et du festin !

Puisqu’il est, paraît-il, urgent et nécessaire
De revoir le mauvais rayon d’un mauvais jour
Et de voir s’échapper l’espoir d’un bel amour,
Que bientôt nos draps blancs se changent en suaire ! …

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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Poème (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration
    
Poème

J’ai ruiné mon coeur, j’ai dévasté mon âme
Et je suis aujourd’hui le mendiant d’amour :
Des souvenirs, pareils à la vermine infâme,
Me rongent à la face implacable du jour.
J’ai ruiné mon coeur, j’ai dévasté mon âme,
Et je viens lâchement implorer du destin
Un reflet de tes yeux au caprice divin,
O forme fugitive, ô pâleur parfumée
Si prodigalement, si largement aimée !

J’ai cherché ton regard dans les yeux étrangers,
J’ai cherché ton baiser sur des lèvres fuyantes ;
La vigne qui rougit au soleil des vergers
M’a versé dans ses flots le rire des Bacchantes ;
J’ai cherché ton parfum sur les lits étrangers
Sans libérer mon coeur de tes âpres caresses.
Et, comme les soupirs des plaintives maîtresses
Qui pleurent dans la nuit un été sans retour,
J’entends gémir l’écho des paroles d’amour.

O forme fugitive, ô pâleur parfumée,
Incertaine douceur arrachée au destin,
Si prodigalement, si largement aimée,
J’ai perdu ton sourire au caprice divin ;
O forme fugitive, ô pâleur parfumée,
Tu m’as fait aujourd’hui le mendiant d’amour
Etalant à la face implacable du jour
La douleur sans beauté d’une misère infâme…
J’ai ruiné mon coeur, j’ai dévasté mon âme.

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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MESSALINE (Alcide Bonneveau)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



Illustration: Eugène Brunet
    
MESSALINE

Messaline, je t’aime, ô superbe païenne,
Pour ton corps merveilleux, tes puissantes amours,
Et l’impudicité de tes désirs de chienne
Errant, inassouvie, à tous les carrefours !

Oui,je t’aime ! Et je veux, prêtresse des luxures.
Dont rameur infini jamais ne fut vénal.
Religieusement panser les meurtrissures
Dont te cingla jadis le fouet de Juvénal.

Tu fus sincère, au moins, grande voluptueuse !
Rome ne t’a point vue hésiter ni choisir.
Sans souci de l’amant ta chair impétueuse
Se ruait, frémissante, à l’assaut du plaisir.

A tous tu prodiguais les splendeurs de ta forme,
Tes baisers énervants, ton regard velouté,
Et ton beau corps était comme une amphore énorme
D’où sans cesse coulait à flots la volupté.

Aussi, comme ils devaient tressaillir, tous ces mâles,
Blonde Lycisca, lorsque, vivant trésor,
Ta gorge pantelante aux tons roses et pâles
Brusquement surgissait de la résille d’or.

Je vous vois : eux rompus, la face convulsée.
Le front vide roulant dans la lourde épaisseur
De tes cheveux, et toi, non encore lassée.
Criant, criant toujours ton désir obsesseur.

Voilà pourquoi je t’aime, ô Femme entre les femmes !
Et pourquoi je méprise avec férocité
Les filles d’aujourd’hui, ces machines infâmes.
Sans passion, sans nerfs, sans force et sans beauté !

(Alcide Bonneveau)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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COMPLAINTE POUR DON JUAN (Édouard Dubus)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2017



COMPLAINTE POUR DON JUAN

Je suis un piano brisé,
Parce qu’il a trop amusé.

Au clavier tout neuf, des menottes
A plaisir ont cassé des notes.

J’ai roucoulé très gentiment
Des morceaux pleins de sentiment.

Histoire de rire, des femmes
Ont tapote des airs infâmes,

D’autres des « tradéridéras
Et des « laïtous » d’opéras.

C’était faux, on n’y songea guère
A la guerre comme à la guerre.

Chacune voulut à son tour
Quelque ritournelle d’amour,

Et joua sans miséricorde
En massacrant corde sur corde,

Tant et tant ! que les trémolos
Eurent la gaîté des sanglots.

On croyait ouïr, aux roulades,
Les râles d’un tas de malades.

Quand ce fut assez odieux,
Elles me firent leurs adieux.

A coups de pied dans la carcasse :
Un joujou déplaît, on le casse.

Je suis un piano brisé,
Parce qu’il a trop amusé.

(Édouard Dubus)

 

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FEMMES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



FEMMES

Déraisonnable don du Généreux, ô Femmes
maquillées pour nous d’arc-en-ciel
frêle miracle artificiel
dont l’envie me meurtrit jusqu’au seuil de l’infâme

Je viens à vous en affamé que le temps presse
voiler vos yeux de papillons
pour que fleurisse le sillon
du voyage éperdu vers l’ultime allégresse

Vainqueur enfin vaincu si vite délivré
des sortilèges du mystère
que l’aimée devient l’étrangère
tandis que brûle en moi mon sang renouvelé

Mais je renais tenté dès l’aube où s’illuminent
dans le soleil ces femmes-proies
et mes yeux tourmentés d’émois
confondent pour ma faim l’élue et la victime

Passantes de ma vie livrez au mendiant
ce pain fruité de ma hantise
sans demander une autre mise
que la splendeur d’un fugitif apaisement

Et toi câline épouse en mon tourment si sage
oublie ces semailles de feu
car au fol creuset de mes jeux
cent femmes surpeuplées ne tuent pas ton image.

(Pierre Béarn)

 

 

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