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Posts Tagged ‘infâmie’

CRUELLE ATTENTE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
CRUELLE ATTENTE

Un soir qu’il gelait à tout fendre,
Un gâs de chez nous fut attendre
Une garçaille de chez nous
Au coin du bois, leur rendez-vous
Et, dessous la lune blêmie,
Histoire de passer le temps,
En attendant sa mie
Le gars allait chantant…
Le gars allait chantant
En attendant sa mie,
En attendant sa mie.

Du haut des cieux tendus de crêpes,
Comme un essaim de folles guêpes
De la neige dégringola.
Et la belle n’était pas là…
Lors, par la campagne endormie,
Dans son lit glacial et blanc,
En attendant sa mie
Le gars allait tremblant…
Le gars allait tremblant
En attendant sa mie. (bis)

Pendant tout ce temps la garçaille
Faisait d’amour grande ripaille
Au coin du feu bien chaudement,
Entre les bras d’un autre amant;
Et, pressentant cette infamie,
Pauvret au cœur naïf et franc,
En attendant sa mie
Le gars allait pleurant…
Le gars allait pleurant
En attendant sa mie. (bis)

Le mordit de baisers la bise;
Le gel à travers sa chemise
Ses fines aiguilles planta,
Et pour lui le hibou chanta,
Si bien que, quand l’aube palie
Au-dessus du bois apparut,
En attendant sa mie
Le pauvre gars mourut…
Le pauvre gars mourut
En attendant sa mie. (bis)

(Gaston Couté)

 

 

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L’Âme par moments a besoin d’un Pansement (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018




L’Âme par moments a besoin d’un Pansement —
Quand trop terrifiée pour bouger —
Elle sent monter une Peur horrible
Qui s’arrête pour la regarder —

Et la salue, avec ses longs doigts —
Caresse ses cheveux qui se glacent —
Bois donc, Lutin, aux lèvres
Qu’a survolées — l’Amant —
C’est indigne, qu’une pensée si mesquine
Aborde un — si — beau Thème —

L’âme par moments s’échappe —
Quand brisant toutes les portes —
Elle danse au large, comme une Bombe,
Et se balance sur les Heures,

Comme fait l’Abeille — portée par son délire —
Longtemps Emprisonnée loin de sa Rose —
Qui touche la Liberté — puis ne sait rien de plus —
Que le Midi, et le Paradis —

Les moments où l’Âme se fait rattraper —
Quand, telle une Criminelle on l’emmène,
Des fers à ses pieds ailés,
Et des cadenas, à sa chanson,

L’Horreur l’accueille, à nouveau,
Ces choses-là, la Langue se garde de les braire —

***

The Soul has Bandaged moments —
When too appalled to stir —
She feels some ghastly Fright come up
And stop to look at her —

Salute her, with long fîngers —
Caress her freezing hair —
Sip, Goblin, from the very lips
The Lover — hovered — 0’er —
Unworthy, that a thought so mean
Accost a Theme — so — fair —

The Soul has moments of escape —
When bursting all the doors —
She dances likes a Bomb, abroad,
And swings upon the Hours,

As do the Bee — delirious borne —-
Long Dungeoned from his Rose —
Touch Liberty — then know no more —
But Noon, and Paradise —

The Soul’s retaken moments —
When, Felon led along,
With shackles on the plumed feet,
And staples, in the song,

The Horror welcomes her, again,
These, are not brayed of Tongue –

(Emily Dickinson)


Illustration: William Blake

 

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La Clef des Songes (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2018



Illustration: Nathalie Ragoust
    
La Clef des Songes

1
Cuisinière ou poétesse
Buss’nessman ou charpentier
Tout l’ monde aime la paresse
Le loisir, le sommeil et rêver
Car le rêve est un spectacle
C’est un billet de faveur
Dont la nuit fait cadeau au rêveur
Fortune qui nous est due
C’est un quotidien miracle
Une nuit sans rêver
Sans aimer
Est perdue.

Refrain 1
La Clef des Songes m’a dit
Rêver d’eau claire
Et de soleil qui resplendit
Ou qu’on perd une molaire
C’est bon signe
Voir un cygne
C’est bon signe
Voir des vignes
C’est bon signe
C’est l’amour le bonheur qui la nuit
Sont venus visiter votre lit
Écoutez la Clef des Songes
Même si c’est des mensonges
Rêvez en dormant
Car le jour on n’a pas le temps.

2
L’autre jour ma p’tite amie
Avec un gros va-nu-pieds
M’a trompé quelle infamie
Je l’ai su, je l’ai épiée
Et le soir dans ma colère
J’achetais un revolver
À six coups, bien en main, pour gangster
Méditant crime et suicide
J’hésitais sur la manière
Dont j’allais me venger
Et juger
La perfide.

Refrain 2
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
De cauch’mars et de carnages
Bon présage
— L’encornage
Bon présage
— Rêver d’cage
Bon présage
Oui l’amour le bonheur cette nuit
Sont venus te bercer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Et pardonne les mensonges
Pardonne à l’instant.
Car demain il n’ serait plus temps.

3
Au dernier tour de lot’rie
Je n’ai pas gagné un clou
Et j’ai juré sur ma vie
De ne plus risquer un sou
Dans un’ belle tirelire
J’aurais caché en secret
Mes gros sous, mon argent, mes billets
J’aurais amassé fortune
Pour ach’ter ce que j’ désire
Un’ maison un château
Une auto
Ou la lune.

Refrain 3
La Clef des Songes m’a dit
Dans son langage
Le lendemain après un’ nuit
D’additions et de mirage
Bon présage
Héritage
Bon présage
Bon présage
Prends courage
La chance et la fortun’ cette nuit
Sont venues t’inspirer dans ton lit
Écoute la Clef des Songes
Car ce n’est pas un mensonge
Prends l’ billet gagnant
Car demain il n’ sera plus temps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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De sa grande amie (Clément Marot)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




De sa grande amie

Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
À la plus gaie damoiselle
Qui soit d’ici en Italie.

D’honnêteté elle est saisie,
Et crois, selon ma fantaisie,
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris.

Je ne vous la nommerai mie,
Sinon que c’est ma grand amie;
Car l’alliance se fit telle
Par un doux baiser que j’eus d’elle,
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.

(Clément Marot)

Illustration: Robert Doisneau

 

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L’Anxiété des Lèvres (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration:  Théodore Chassériau
    
L’Anxiété des Lèvres

Donne-moi les mauvais baisers
Qui frémissent, inapaisés,
Parmi les lents sanglots brisés.

Lorsque tu seras endormie,
Je contemplerai l’infamie
De tes fausses lèvres d’amie.

La lumière de ton miroir
A reflété mon désespoir
Et les glauques frissons du soir.

Redis-moi le divin mensonge
Où chaque soir mon être plonge,
Comme en l’abîme d’or du songe.

Ah ! rends-moi les mauvais baisers
Qui frémissent, inapaisés,
Parmi les lents sanglots brisés !

(Paule Riversdale)

 

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SUPPOSE (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2017



Suppose

Que le feu te raconte
Sur moi des infamies

Et que je te demande
De croire ce qu’il dit

A moins que tu ne t’offres
A l’épreuve du feu.

Suppose

Que la montagne s’ouvre
En s’avançant sur nous

Et que je te demande
Que nous restions à rire

Du mal que l’on se donne
Rien que pour nous gober.

Suppose

Que la mer ait envie
De nous voir de plus près

Et que je te demande
D’aller lui répéter

Que nous ne pouvons pas
L’empêcher d’être seule.

(Eugène Guillevic)

Illustration: Tina Palmer

 

 

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Qui suis-je ? (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2016



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Qui suis-je ?

Qui je suis
Je l’ignore !
Mythe ou réalité
Dans l’intime du rêve
Sortie du néant
De passage dans le monde
Captive de l’existence
Et pourtant
Novice devant les jours

Proche de la fable
Mais réelle
Mais vivante
Dans ce monde trop vaste
Où je subsisterai
Au-delà de mon temps

Qui je suis
Jour après jour
Je me le demande
Cette vitalité
À toute échelle
Ce trop-plein
Ces plissements inattendus
Cette destinée
Étrange
Voulue ?
Ce « renaître »
Cet apprentissage
Cette humanité
À laquelle
On croit toujours
Et puis
Cet invivable
Ces guerres
Ces infamies
Ce vide réanimé
Cette mort en vue.

(Andrée Chedid)

Illustration

 

 

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D’un et de deux, de tous (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2015



D’un et de deux, de tous

Je suis le spectateur et l’acteur et l’auteur
Je suis la femme et son mari et leur enfant
Et le premier amour et le dernier amour
Et le passant furtif et l’amour confondu

Et de nouveau la femme et son lit et sa robe
Et ses bras partagés et le travail de l’homme
Et son plaisir en flèche et la houle femelle
Simple et double ma chair n’est jamais en exil

Car où commence un corps, je prends forme et conscience
Et même quand un corps se défait dans la mort
Je gis en son creuset j’épouse son tourment
Son infamie honore et mon cœur et la vie.

(Paul Eluard)

Illustration

 

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