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Posts Tagged ‘infini’

Le large Dniepr rugit (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020




Illustration: Alexandr Kusenko
    
Le large Dniepr rugit

Le large Dniepr rugit,
Sous des hurlements du vent infinis,
Qui ploie des saules immenses les cimes,
Soulevant des montagnes de vagues sublimes.

*

Et, là, joue la lune blême
Avec les nuages que le ciel parsème,
Comme un bateau dans la mer bleue profonde,
Se dresse et s’effondre.

*

Dans l’attente du troisième chant du coq,
Personne ne bouge en bloc,
Seules les chouettes conversent,
Seul transperce le frêne qui se berce.

***

Реве та стогне Дніпр широкий

Реве та стогне Дніпр широкий,
Сердитий вітер завива,
Додолу верби гне високі,
Горами хвилю підійма.

*

І блідий місяць на ту пору
Із хмари де-де виглядав,
Неначе човен в синім морі,
То виринав, то потопав.

*

Ще треті півні не співали,
Ніхто ніде не гомонів,
Сичі в гаю перекликались,
Та ясен раз у раз скрипів.

***

O largo Dnieper rugiu

O largo Dnieper rugiu,
Sob o vento infinito uiva,
Quem dobra os topos dos salgueiros enormes
Levantando montanhas de ondas sublimes.

*

E aí, joga a lua pálida
Com as nuvens que o céu polvilha
Como um barco no mar azul profundo,
Levanta-se e desmorona.

*

Esperando pela música do terceiro galo,
Ninguém se move em um bloco,
Apenas corujas conversam,
Apenas o freixo pode ser ouvido.

(Taras Chevtchenko)

 

Recueil:
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:
***
Chanson folklorique Ukrainienne
 Українська народна пісня
Canção popular ucraniana
Слова – Paroles – Palavras :
Тарас Шевченко – Taras Chevtchenko
Музика – Musique – Música :
Данило Крижанівський

Danylo Yakovych Kryzhanivsky
1856-1894

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Le Testament (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Taras Chevtchenko 
    
Le Testament

A ma mort, enterrez-moi
Dans une tombe
Au centre des grandes steppes
De ma douce Ukraine,
Contemplant les pâturages infinis,
Et le Dniepr, et ses falaises
Afin que je puisse entendre
Son profond rugissement.
Quand il charriera d’Ukraine
Et jettera dans la mer bleue
Le sang hostile … Je quitterai alors
Et les prairies et les montagnes.
Je laisserai tout et rejoindrai
Dieu Lui-même
Pour prier … Mais avant ça
Je ne connaitrai pas Dieu.
Enterrez-moi et levez-vous
Brisez vos chaînes
Et le sang maléfique des ennemis
Faites-le couler.
Et alors dans la grande famille,
Dans cette nouvelle famille libre,
N’oubliez pas de vous souvenir de moi
Silencieusement, en toute intimité.

***

Заповіт

Як умру, то поховайте
Мене на могилі
Серед степу широкого
На Вкраїні милій,
Щоб лани широкополі,
І Дніпро, і кручі
Було видно, було чути,
Як реве ревучий.
Як понесе з України
У синєє море
Кров ворожу… отойді я
І лани і гори —
Все покину, і полину
До самого Бога
Молитися… а до того
Я не знаю Бога.
Поховайте та вставайте,
Кайдани порвіте
І вражою злою кров’ю
Волю окропіте.
І мене в сем’ї великій,
В сем’ї вольній, новій,
Не забудьте пом’янути
Незлим тихим словом.

***

A Vontade

Na minha morte, me enterre
Em um túmulo
No centro das grandes estepes
Da minha doce Ucrânia
Contemplando as pastagens infinitas,
E o Dnieper e suas falésias
Para que eu possa ouvir
Seu rugido profundo.
Quando ele vai carrinho da Ucrânia
E vai jogar no mar azul
O sangue hostil … eu vou sair então
E prados e montanhas.
Vou deixar tudo e me juntar
O próprio Deus
Para rezar … Mas antes disso
Eu não conhecerei Deus.
Me enterre e levante-se
Quebre suas correntes
E o sangue maligno dos inimigos
Faça fluir.
E então na grande família,
Nesta nova família livre,
Não se esqueça de lembrar de mim
Silenciosamente, em total privacidade.

(Taras Chevtchenko)

Recueil:
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:

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La fin de Satan (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Odilon Redon
    
La fin de Satan

[…]

Oh; je monte et descends et remonte sans cesse,
De la création fouillant le souterrain,
Le bas est de l’acier, le haut est de l’airain,
A jamais, à jamais, à jamais; Je frissonne,
Et je cherche et je crie et j’appelle. Personne;
Et furieux, tremblant, désespéré, banni,
Frappant des pieds, des mains et du front l’infini,
Ainsi qu’un moucheron heurte une vitre sombre,
A l’immensité morne arrachant des pans d’ombre,
Seul, sans trouver d’issue et sans voir de clarté,
Je tâte dans la nuit ce mur, l’éternité.

[…]

(Victor Hugo)

 

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Il était en principe, unique et virtuel (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2020



Mâyâ e

Il était en principe, unique et virtuel,
Sans forme et contenant l’univers éternel.
Rien n’était hors de lui, l’Abstraction suprême.
Il regardait sans voir et s’ignorait soi-même.
Et, soudain, tu jaillis et tu l’enveloppas,
Toi, la Source infinie et de ce qui n’est pas
Et des choses qui sont! toi par qui tout s’oublie,
Meurt, renait, disparaît, souffre et se multiplie,
Mâyâ ! qui, dans ton sein invisible et béant,
Contiens l’homme et les Dieux, la vie et le néant

(Leconte de Lisle)

 

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DOUBLE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



DOUBLE

Une poignée de fleurs
au bord de la falaise
à peine ventée
mime le mouvement
de la mer
immobile à l’infini
là-bas
sur sa tige.

(Jean Mambrino)


Illustration

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Annie (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Annie

La lune n’était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j’allai trouver Annie
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu’un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d’orge et de blé.
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n’avait parlé…
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d’orge et de blé !
Oh ! les sillons d’orge et de blé !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Bouguereau

 

 

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À un jardin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2019




    
À un jardin

Oui nécessaire clôture
Pour que le lieu devienne lien
Et le temps attente.

Que le sentier mène à l’amante,
Que tout désir aille à son terme,
Que chaque fleur porte visage et nom,
Que chaque fruit préserve faim et soif,
Que vent et pluie soir et aube
Renouvellent leurs offrandes sur l’herbe,
Que l’infini, lui, fasse halte
Sur la cime des pins.

Oui nécessaire clôture
Pour que le lieu soit appel,
Et l’instant répons sans fin.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Brefs ancrages (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2019



Fracas dislocation
Mobilité des mondes…

Sous-tendus par un souffle infini
ces turbulences
trouvent de brefs ancrages.

(Andrée Chedid)

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ÉNIGME POUR LES TOURMENTÉS (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



 

Mihai Criste   (5)

ÉNIGME POUR LES TOURMENTÉS

Un jour parmi les jours de l’année à venir
je trouverai une heure différente :
une heure à chevelure cataracte,
une heure jamais encore écoulée :
comme si le temps, se cassant,
ouvrait une fenêtre : un orifice
par où nous glisser vers le fond.

Bon, ce jour-là avec cette heure
arrivera et laissera tout transformé :
on ne saura plus si l’hier s’en est allé
ou si ce qui revient n’était jamais passé.

Lorsque de ce cadran une heure tombera
à terre, n’étant par quiconque recueillie,
lorsque, enfin, nous aurons le temps bien amarré,
nous saurons vraiment où commencent
ou encore où s’achèvent les destins
car dans le tronçon mort ou simplement éteint
nous verrons clairement la matière des heures
comme on voit clairement la patte de l’insecte.

Et nous disposerons d’un pouvoir diabolique :
reculer dans le temps ou activer les heures,
regagner la naissance ou rejoindre la mort
avec un moteur dérobé à l’infini.

(Pablo Neruda)

Illustration: Mihai Criste

 

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Je te souris (Halina Poswiatowska)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019



 

Alphonse Mucha yK [1280x768]

Je te souris.

Qu’est-ce qu’un sourire?

Une lumière envoyée à une étoile par une étoile.

Une odeur qui lie les herbes en prairie bourdonnante.

Une douce couleur

la couleur verte de mes yeux s’emmêle dans tes doigts.

Tu tiens dans ta main le corps tout chuchotant de la prairie.

Le contour de l’herbe étroit et âpre raconte mes yeux qui regardent à l’infini.

Tu me souris.

(Halina Poswiatowska)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Alphonse Mucha

 

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