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Trop tard (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Kathryn Jacobi    04

Trop tard

Il a parlé. Prévoyante ou légère,
Sa voix cruelle et qui m’était si chère
A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible,
« Jamais sur moi n’a plané le bonheur.
« Je suis bizarre et peut-être inflexible ;
« L’amour veut trop : l’amour veut tout un coeur
« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ;
« Ses fers jamais n’entraveront mes pas.  »

Il parle ainsi, celui qui m’a su plaire…
Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire
N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas ! l’âme demande l’âme.
« L’insecte ardent brille aussi près des fleurs :
« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ;
« La rose a froid sous ses froides lueurs.
« Vaine étincelle échappée à la cendre,
« Mon sort qui brille égarerait vos pas. »

Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre.
Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre,
Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas :
« Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas.  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Kathryn Jacobi

 

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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Au sommeil (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Toi qui, de tes pavots, enchaînes
Les yeux mêmes des Dieux et mênes
Souvent des mendiants au trône
Et des bergers près d’une belle,
Ecoute: Je ne te demande
Rien de chimérique aujourd’hui;
C’est le plus grand de tes services,
Bien-aimé, qu’il te faut me rendre.

Assis aux côtés de ma belle,
Je lis dans ses yeux du désir
Et je peux, sous la soie jalouse,
Voir se soulever sa poitrine;
Souvent l’Amour l’avait livrée
à mes baisers? mais il me faut
Etre privé de ce bonheur;
Inflexible, sa mère veille.

Ce soir, tu me retrouveras
Chez elle. Oh! entre, et, de tes plumes,
Répands l’odeur de tes pavots,
Dans le sommeil plonge sa mère!
Aux lueurs pâles des bougies
Qu’Annette, brûlante d’amour,
Comme sa mère dans les tiens,
S’abatte dans mes bras avides!

***

An den Schlaf

Der du mit deinem Mohne
Selbst Götteraugen zwingst
Und Bettler oft zum Throne,
Zum Mädchen Schäfer bringst,
Vernimm: Kein Traumgespinste
Verlang ich heut von dir.
Den größten deiner Dienste,
Geliebter, leiste mir.

An meines Mädchens Seite
Sitz ich, ihr Aug spricht Lust,
Und unter neid’scher Seide
Steigt fühlbar ihre Brust;
Oft hatte meinen Küssen
Sie Amor zugebracht,
Dies Glück muß ich vermissen,
Die strenge Mutter wacht.

Am Abend triffst du wieder
Mich dort, o tritt herein,
Sprüh Mohn von dem Gefieder,
Da schlaf die Mutter ein:
Bei blassem Lichterscheinen,
Von Lieb Annette warm
Sink, wie Mama in deinen,
In meinen giergen Arm!

(Goethe)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

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CHOSES À EMPOIGNER ET CHOYER (Chawqi Baghdadi)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



 

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CHOSES À EMPOIGNER ET CHOYER

Il est certaines choses…

Je ne cherche pas à percer les secrets
Si j’entre dans la caverne surveillée
et franchis des murs
je ne cède à l’opium
ni ne m’abandonne aux rêves des marchands
Je sais…
Il est des portes verrouillées
des coursiers à l’inflexible croupe
des galaxies refusant le retour
des femme ignorantes de l’amour
des hommes aux sourires creux
Ce que je cherche
Je ne sais
Il est certaines choses…
Pain cuit à point
amour très pur

Certaines choses qui adviennent…
Partage entre les enfants
sincérité dite avant la mort
fleur sauvage
pointant dans la fange d’une tranchée
et donnant vaillance au combattant
histoire d’amour
née dans l’effroi
et survivant aux armes

Certaines choses qui adviennent…
Si ma main pouvait s’étendre
ne point sombrer dans l’abîme
je saisirais un appui
moi qui vacille sur l’étroite passerelle
poussé
dépassé
piétiné par un cheval
rejeté par une femme
quand un soir
je lui vouai
corps et folie
Il est des choses
qui ne peuvent grandir
sans voix pour les animer
dans tant de bruit
flûte unique
langage secret
coeur se souvenant

Il est certaines choses qui adviennent
que révèle ce monde
que nous empoignons
ne lâchons
choyons faisons croître
et offrons ailleurs.

(Chawqi Baghdadi)

Découvert chez Lara ici

Illustration: ArbreaPhotos

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L’ARBRE (Philippe Delaveau)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2018



Illustration:Laura Zollar
    
L’ARBRE

Enseigne-lui l’étude des arbres. (Georges Séféris)

L’arbre est un fleuve d’étoiles qui s’écoule,
L’arbre tord ses mains, s’apaise, l’arbre est inflexible, l’arbre
N’est rien que la matière qui respire, et la matière est bonne.

L’arbre est la sentinelle du temps.
Il vibre au passage amoureux du soleil, déploie
Ses feuilles, nous invite à veiller aux quatre nuits de l’an qui passe,
Et quand la terre accablée renouvelle
L’inépuisable fécondité de son ventre, il annonce
Le jour qui vient, la montée de la sève jusqu’à la gloire.

[…]

L’arbre semble dormir,
Ne dort jamais, offre aux abeilles
Un refuge au repli de ses branches,
Un trou dans sa cuirasse aux colombes.
Sans jamais divertir, ayant reçu
Nativement sagesse et jugement.

(Philippe Delaveau)

 

Recueil: Le Veilleur amoureux précédé d’Eucharis
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je cherche de l’étrange et du neuf (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



 

Illustration: Julia Perret
    
Je cherche de l’étrange et du neuf dans les pages
Des vieux livres lus et relus.
Je rêve de grands oiseaux blancs disparus,
Je pressens l’instant arraché.

La rumeur de la vie m’émeut et me brise,
Les murmures, les cris me remuent.
Un rêve blanc m’a cloué, immobile,
Au rivage des temps retenus.

Blanche, dans l’abîme Tu es inflexible,
Dans la vie — sévère et coléreuse.
Inquiète en secret, en secret adorée,
Vierge, Lueur, Buisson Ardent.

Mais pâlissent les joues des Vierges aux cheveux d’or,
Les lueurs, comme songes, s’éteignent.
Et la flamme blanche du Buisson Ardent
Couronne d’épines les humbles et les sages.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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VERS DE LA BELLE DAME (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
VERS DE LA BELLE DAME
(1901-1902)

Préambule

Tout repos est vain. Le chemin est ardu.
Le soir est splendeur. Je frappe au portail.

Inflexible et sourde à mes coups répétés,
Tu répands des perles tout autour de toi.

La maison est haute, et le soir s’est figé.
L’énigme rouge sur le seuil s’est couchée.

Qui au crépuscule incendie les maisons,
Des mains de la Princesse Elle-Même élevées?

Chaque feston de bois ouvragé
Jette vers toi une flamme vermeille.

La coupole s’élance dans l’azur infini.
Les fenêtres bleues ont du rouge à leurs joues.

Dans tous les clochers, les cloches bourdonnent.
De printemps éternel ta robe est baignée.

Est-ce toi qui m’attends chaque soir au couchant?
Qui a mis le feu? Et ouvert le portail?

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Devant la lumière (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Devant la lumière fais de ta vie
Une terrasse lucide exacte et blanche,
Doucement coupée
Par le fleuve des nuits.

Le pas à l’écart sur une route perdue
Vis, sans être lui, ton destin.
Contemple, inflexible
Ta propre absence.

***

Faz da tua vida em frente à luz
Um lúcido terraço exacto e branco,
Docemente cortado
Pelo rio das noites.

Alheio o passo em tão perdida estrada
Vive, sem seres ele, o teu destino.
Inflexível assiste
À tua própria ausência.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Edward Hopper

 

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De l’oiseau sur le toit (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration 
    
De l’oiseau sur le toit
je ne vois dans l’herbe
que l’ombre
comme sur ton visage
la passante inflexible qu’il accueille
et qui demeure au loin
Dehors est sans haine
sans compassion
rompu en soi
Dehors guérit de la fatigue

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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POÈMES BLEUS (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



 

POÈMES BLEUS

J’allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m’a très jeune fasciné
Qui m’est aimant quand je suis loin
Qui m’est douleur quand de trop près
J’en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d’horizons.
Les hommes partout se ressemblent
Les lieux n’y pourront jamais rien
Les lieux ne nous donnent à vivre
Qu’avec parcimonie
Pour renouveler le bail, le contrat qui nous lie
A nos frères, puisqu’il paraît.
Et je quittais mes amis, que j’aime bien
Qu’il m’est difficile d’aimer tous à la fois
Quand par hasard ils se connaissent
Et qu’on se retrouve autour d’une table ;
Je quittais mes amis dont j’ai besoin
Et qui me font souffrir comme un pays,
Comme la Bretagne
Que j’aurai maintenant tant de mal à quitter,
J’ai si peur de mourir ailleurs.

I1 est long à se déclarer, ce pays
On n’en perçoit pas tout de suite
Le tressaillement organique
On le trouve généralement beau
C’est une manière
De s’en débarrasser.
Il faut s’y enfoncer s’y perdre
Comme dans l’amour justement,
En connaître toutes les saisons
Et surtout celle-là où l’homme
Perd un peu de son ombre
Et surtout celle-là l’hiver
Qui rend les choses à leur nom.

Il faut que je te retire de moi, la Bretagne,
Que je t’arrache comme une grosse dent,
Que je me fasse mal, essayant
De m’oublier pour que tu vives
Sans moi, sans moi, qui ne peux plus te suivre
Dès lors que je t’aime au présent,
Que je t’ouvre comme un éventail
Comme un ventre de boeuf
Comme une huître
Et que par la grâce de cette effraction
Un peu de ta vie même
Se jette au vent
Avec tes hommes et tes femmes
Tes colères et tes langueurs,
Avec tes grand-mères, si nombreuses
Qu’on pourrait croire que ce sont elles
Qui naissent ici chaque jour.

(Georges Perros)

 

 

 

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