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Poésie

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De l’oiseau sur le toit (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration 
    
De l’oiseau sur le toit
je ne vois dans l’herbe
que l’ombre
comme sur ton visage
la passante inflexible qu’il accueille
et qui demeure au loin
Dehors est sans haine
sans compassion
rompu en soi
Dehors guérit de la fatigue

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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POÈMES BLEUS (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



 

POÈMES BLEUS

J’allais une fois encore vers cette Bretagne
Qui m’a très jeune fasciné
Qui m’est aimant quand je suis loin
Qui m’est douleur quand de trop près
J’en subis la loi inflexible
De pierres de ciels d’horizons.
Les hommes partout se ressemblent
Les lieux n’y pourront jamais rien
Les lieux ne nous donnent à vivre
Qu’avec parcimonie
Pour renouveler le bail, le contrat qui nous lie
A nos frères, puisqu’il paraît.
Et je quittais mes amis, que j’aime bien
Qu’il m’est difficile d’aimer tous à la fois
Quand par hasard ils se connaissent
Et qu’on se retrouve autour d’une table ;
Je quittais mes amis dont j’ai besoin
Et qui me font souffrir comme un pays,
Comme la Bretagne
Que j’aurai maintenant tant de mal à quitter,
J’ai si peur de mourir ailleurs.

I1 est long à se déclarer, ce pays
On n’en perçoit pas tout de suite
Le tressaillement organique
On le trouve généralement beau
C’est une manière
De s’en débarrasser.
Il faut s’y enfoncer s’y perdre
Comme dans l’amour justement,
En connaître toutes les saisons
Et surtout celle-là où l’homme
Perd un peu de son ombre
Et surtout celle-là l’hiver
Qui rend les choses à leur nom.

Il faut que je te retire de moi, la Bretagne,
Que je t’arrache comme une grosse dent,
Que je me fasse mal, essayant
De m’oublier pour que tu vives
Sans moi, sans moi, qui ne peux plus te suivre
Dès lors que je t’aime au présent,
Que je t’ouvre comme un éventail
Comme un ventre de boeuf
Comme une huître
Et que par la grâce de cette effraction
Un peu de ta vie même
Se jette au vent
Avec tes hommes et tes femmes
Tes colères et tes langueurs,
Avec tes grand-mères, si nombreuses
Qu’on pourrait croire que ce sont elles
Qui naissent ici chaque jour.

(Georges Perros)

 

 

 

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Bourreaux ou frères (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



Près de vos armes, hommes inflexibles,
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.
Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on le ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir, pour en arracher les images,
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi:

Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous,
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà – je marche parmi vous,
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule: poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

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HEMORRAGIE, ASCENSION (Ilarie Voronca)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2016



HEMORRAGIE, ASCENSION

Près de vos armes, hommes inflexibles
Près de vos aigles dressés à déchirer les poumons
Des porteurs de flammes, voici mon ombre entre les montagnes inclinées
Attentivement vers la ville prise dans les menottes du pain.

Sachez que si vous me fouillez jusqu’aux entrailles
Ainsi qu’on ferait d’un violon, afin d’y trouver le chant,
Ou d’un miroir pour en arracher les images
Jamais vous ne toucherez la vision qui demeure en moi.
Parmi le matin qui s’ouvre une artère
Avec la brume tombée au fond des éprouvettes,
Avec l’âme qui, dans la chair comme dans une camisole de force,
Se tord, s’écorche et voudrait se délivrer.

Et vous qui mordez la neige et vous mordez entre vous
Comme des chiens au traîneau montant vers quel orage,
Bourreaux ou frères, me voilà je marche parmi vous
Et je ne sais ce que vous enfoncez dans mon épaule : poignard ou aile.

(Ilarie Voronca)


Illustration: Jean Delville

 

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Toi aussi tu es colline (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016





Toi aussi tu es colline
et sentier de rochers,
brise dans les roseaux,
et tu connais la vigne
qui se tait à la nuit.
Tu es sans paroles.

Il y a une terre taciturne
et ce n’est pas ta terre.
Un silence qui dure
sur arbres et collines.
Des eaux et des campagnes.
Tu es silence mûré,
inflexible, tu es lèvres,
sombres yeux. Tu es la vigne.

C’est une terre qui attend
et qui est sans paroles.
Des journées ont passé
sous des cieux enflammés.
Tu as joué aux nuages.
C’est une terre mauvaise — et ton front le sait bien.
Ça aussi, c’est la vigne.

Tu retrouveras
nuages et roseaux, et les voix
comme une ombre de lune.
Tu retrouveras des paroles
par-delà la vie brève
et nocturne des jeux,
et l’enfance fervente.
Le silence sera doux.
Tu es la terre et la vigne.
Un silence fervent
brûlera la campagne
comme les feux au soir.
(Cesare Pavese)

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