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Poésie

Posts Tagged ‘ingénieur’

Je voudrais pas crever (Boris Vian)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Illustration: Martin Matje
    

Je voudrais pas crever
Avant d’avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d’argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d’égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu’on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j’en aurai l’étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j’apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d’algues
Sur le sable ondulé
L’herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L’odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l’Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J’en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu’on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s’amène
Avec sa gueule moche
Et qui m’ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d’avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu’est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort…

(Boris Vian)

 

Recueil: Je voudrais pas crever
Traduction:
Editions:

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Babel (Pierre Della Faille)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



Illustration: Maarten van Heemskerck
    
Babel

Sur le chemin de la ville,
que mes électriciens avaient envahie
pour lui donner les yeux de la prochaine nuit,
je vis un homme assis qui jouait avec un bœuf d’ébène,
plus petit que mon rêve et plus grand qu’un château.

Je lui dis : «Père, as-tu froid?», car il était nu.
Il me regarda sans réponse.
Je criai : «Père, es-tu sourd? ».
Mais il ne dit rien non plus.

Quand je fus à l’auberge
où je voulais passer la nuit,
l’hôte me conduisit à l’écurie.

Dans cet étrange pays,
les gens prétendent que je suis un cheval.
C’est vrai, sans doute,
et l’homme ne peut m’avoir compris si je hennis.

Dans mon pays, pourtant,
je suis ingénieur nucléaire.

(Pierre Della Faille)

 

Recueil: L’homme inhabitable
Editions: La Fenêtre Ardente

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L’été entre par la fenêtre (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2017




    

l’été entre par la fenêtre et met la chambre dehors
parce que l’été n’aime pas les maisons

et puis les yeux qui regardent font de beaux dessins géométriques
comme on en voit représentés sur les tableaux d’optique

mais les yeux qui regardent ne pensent pas aux dessins qu’ils font
et les choses aiment à être regardées par des yeux
qui les voient pour la première fois

un oeil a bien plus vite jeté un pont qu’un ingénieur
que de charges de joie peuvent passer sur ces ponts

il y avait des jardins des toits et bien d’autres choses encore
mais le regard est venu et a remporté tout ce qu’il a pu

Je me demande où les regards peuvent mettre tout ce qu’ils emportent

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Le langage est en nous comme un organe vital (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2016



Le langage est en nous comme un organe vital
et c’est avec tristesse que j’ai entendu cet ingénieur,
trop affairé pour aller chercher ses enfants à l’école ou pour jouer avec eux,
prétexter d’un « simple problème de logistique »
— comme si je lui découvrais soudain une maladie mortelle.

(Christian Bobin)

 

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