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Poésie

Posts Tagged ‘ingénue’

Conduisez la danse (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




Sous ces arbres-ci ou ces arbres-là
Conduisez la danse.
Conduisez la danse, nymphes ingénues,
Jusqu’au plaisir ample
Que vous prenez à la vie. Conduisez la danse,
Soyez quasi femmes
Par votre plaisir déversé en rythmes,
En solennels rythmes
Rentrant malicieux à la terre antique
Devant notre pauvre
Vie qui ne sait pas sous ces mêmes arbres
Conduire la danse…

(Fernando Pessoa)

Illustration: Marcel Mangin

 

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PRÈS DE LA SOURCE (Adolphe Boschot)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Maximilian Pirner _-_potok_(1903) [800x600]

PRÈS DE LA SOURCE

Près de la source verdissant sous le soir rose,
Deux nymphes ont couché leurs formes ingénues ;
Leurs urnes sont encor si voisines des choses,
Que ces nymphes, naïvement, sont toutes nues.

Leurs yeux ont la pâleur tendre des asphodèles,
Leur regard simple est une fleur qui vient d’éclore,
Et leur rire est perlé comme un battement d’ailes
Sur le cristal brisé de la source sonore.

Les deux nymphes, mêlant leurs paroles légères
Aux murmures de l’eau qui glisse sous les rives,
Enlacent leurs beaux doigts aux palmes des fougères
Qui ondulent soudain sous ces clartés furtives.

Puis, quand la nuit noircit sur la source argentée,
Les nymphes, qui ont peur, frissonnent et se voilent…
Mais leurs yeux entr’ouverts près de l’eau pailletée
Brillent, presque mêlés aux reflets des étoiles.

(Adolphe Boschot)

Illustration: Maximilian Pirner

 

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Sara la baigneuse (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Sara, belle d’indolence,
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à l’Ilyssus ;

Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à fleur d’eau dans son vol,
On voit sur l’eau qui s’agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.

Elle bat d’un pied timide
L’onde humide
Où tremble un mouvant tableau,
Fait rougir son pied d’albâtre,
Et, folâtre,
Rit de la fraîcheur de l’eau.

Reste ici caché : demeure!
Dans une heure,
D’un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l’ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.

Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort d’un bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air.

Elle est là, sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur ;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ;
Dans ses yeux d’azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Est l’étoile
Qui brille au fond d’un ciel bleu.

L’eau sur son corps qu’elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier ;
Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats ;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :

« Oh! si j’étais capitane,
« Ou sultane,
« Je prendrais des bains ambrés,
« Dans un bain de marbre jaune,
« Prés d’un trône,
« Entre deux griffons dorés!

« J’aurais le hamac de soie
« Qui se ploie
« Sous le corps prêt à pâmer ;
« J’aurais la molle ottomane
« Dont émane
« Un parfum qui fait aimer.

« Je pourrais folâtrer nue,
« Sous la nue,
« Dans le ruisseau du jardin,
« Sans craindre de voir dans l’ombre
« Du bois sombre
« Deux yeux s’allumer soudain.

« Il faudrait risquer sa tète
« Inquiète,
« Et tout braver pour me voir,
« Le sabre nu de l’heiduque,
« Et l’eunuque
« Aux dents blanches, au front noir!

« Puis, je pourrais, sans qu’on presse
« Ma paresse,
« Laisser avec mes habits
« Traîner sur les larges dalles
« Mes sandales
« De drap brodé de rubis. »

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour,
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.

L’eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d’un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s’envole
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à sa chanson :
– Oh! la paresseuse fille
Qui s’habille
Si tard un jour de moisson!

(Victor Hugo)

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En rentrant cette nuit (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Adrien Henri Tanoux (1) [1280x768]

 

En rentrant cette nuit
Je vous ai trouvée dans mon lit.
Je ne sais qui vous êtes
Mais mon logis est tout en fête
Depuis que je vous vois ici.

Refrain
Je tombe des nues
Qui êtes-vous belle inconnue
Rêveuse et nue
Et menue
Chez moi soyez la bienvenue.
Je tombe des nues
Par où êtes-vous venue
Belle inconnue
Ingénue
Par la cave ou par l’avenue?
Mais j’y pense
Sans offense
Seriez-vous ange au paradis
Ou sorcière
Sur terre
De son balai tombée ici ?
Vous tombez des nues
Par moi vous êtes retenue
Et maintenue
Obtenue
Chez moi soyez la bienvenue.

(Robert Desnos)

Illustration: Adrien Henri Tanoux

 

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TU VIENS D’AVOIR VINGT ANS (Christian Arabian)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2017



 

Guy Baron_l_adolescente [1280x768]

TU VIENS D’AVOIR VINGT ANS

Quand l’amour a plus d’importance
Que le grondement de la violence
Il n’y a ni couleur ni race
Ni jeuness’ qui ne se lève en masse
La route qui mène chez toi
Passe peut-êtr’ par le combat
Si tu m’appell’s je serai là
Tu peux compter sur moi.

Puisque c’est ton anniversaire
Je veux ce soir lever mon verre
Tu viens juste d’avoir vingt ans
Ton pays tout autant

Nous ferons jaillir l’espérance
Comme la colombe au ciel s’élance
Nos coeurs n’auront aucune peine
A découvrir un jardin sans haine
Et puis le temps redeviendra

C’est le renouveau
On a fatigué les jeunes chevaux
Cueilli le muguet, coupé les lilas
Oublié le froid de la Saint-Nicolas
Longtemps asservi
Le sang des forêts renaît à la vie
Et dans les fourrés, venue s’égarer
Une biche à pas menus fait l’ingénue.

(Christian Arabian)

Illustration: Guy Baron

 

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Ingénue tiédeur (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2016



Ingénue tiédeur

au dos de la chaise
la robe d’où s’éloigne ingénue la tiédeur

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

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Dans l’eau de la claire fontaine (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2016



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Dans l’eau de la claire fontaine
Elle se baignait toute nue
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues.

En détresse, elle me fit signe
Pour la vêtir, d’aller chercher
Des morceaux de feuilles de vigne
Fleurs de lis ou fleurs d’oranger.

Avec des pétales de roses
Un bout de corsage lui fis
Mais la belle n’était pas bien grosse
Une seule rose a suffi.

Avec le pampre de la vigne
Un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite
Qu’une seule feuille a suffi.

Elle me tendit ses bras, ses lèvres,
Comme pour me remercier
Je les pris avec tant de fièvre
Qu’ell’ fut toute déshabillée.

Le jeu dut plaire à l’ingénue
Car, à la fontaine souvent
Ell’ s’alla baigner toute nue
En priant qu’il fît du vent
Qu’il fît du vent.

(Georges Brassens)

Illustration

 

 

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Les Princesses (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2016



Oleg Zhivetin Open_To_Love

Les Princesses, miroir des cieux riants, trésor
Des âges, sont pour nous au monde revenues ;
Et quand l’Artiste en pleurs, qui les a seul connues,
Leur ordonne de naître et de revivre encor,

On revoit dans un riche et fabuleux décor
Des meurtres, des amours, des lèvres ingénues,
Des vêtements ouverts montrant des jambes nues,
Du sang et de la pourpre et des agrafes d’or.

Et les Princesses, dont les siècles sont avares,
Triomphent de nouveau sous des étoffes rares :
On voit les clairs rubis sur leurs bras s’allumer,

Les chevelures sur leurs fronts étincelantes
Resplendir, et leurs seins de neige s’animer,
Et leurs lèvres s’ouvrir comme des fleurs sanglantes.

(Théodore de Banville)

Illustration: Oleg Zhivetin

 

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NUES (Raymond Radiguet)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2016




NUES

Au regard frivoles les nues
Se refusent selon la nuit
Vers l’aurore sans plus de bruit
Dormez chère étoile ingénue

Sous les arbres de l’avenue
Les amours ne sont plus gratuits
Au regard frivoles les nues
Se refusent selon la nuit

Deux étoiles à demi-nues
Semblables soeurs nées à minuit
Chacune à son tour nous conduit
A des adresses inconnues
De leurs regards frivoles nues

(Raymond Radiguet)

Illustration: Paul Delvaux

 

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La chanson des ingénues (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2015



 

Alexander Sulimov (12) [1280x768]

La chanson des ingénues

Nous sommes les Ingénues
Aux bandeaux plats, à l’oeil bleu,
Qui vivons, presque inconnues,
Dans les romans qu’on lit peu.

Nous allons entrelacées,
Et le jour n’est pas plus pur
Que le fond de nos pensées,
Et nos rêves sont d’azur ;

Et nous courons par les prés
Et rions et babillons
Des aubes jusqu’aux vesprées,
Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères
Défendent notre fraîcheur
Et nos robes – si légères –
Sont d’une extrême blancheur ;

Les Richelieux, les Caussades
Et les chevaliers Faublas
Nous prodiguent les oeillades,
Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques
Se viennent casser le nez
Devant les plis ironiques
De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille
Des imaginations
De ces raseurs de muraille,
Bien que parfois nous sentions

Battre nos coeurs sous nos mantes
À des pensers clandestins,
En nous sachant les amantes
Futures des libertins.

(Paul Verlaine)

Illustration: Alexander Sulimov

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