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Poésie

Posts Tagged ‘inhumain’

LE DÉSIR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



Illustration: Oskar Kokoschka  
    
LE DÉSIR

Quand les yeux du désir, plus sévères qu’un juge, vous disent d’approcher,
Que l’âme demeure effrayée
Par le corps aveugle qui la repousse et s’en va tout seul
Hors de ses draps comme un frère somnambule,
Quand le sang coule plus sombre de ses secrètes montagnes,
Que le corps jusqu’aux cheveux n’est qu’une grande main inhumaine
Tâtonnante, même en plein jour…
Mais il est un autre corps,
Voici l’autre somnambule,
Ce sont deux, têtes qui bourdonnent maintenant et se rapprochent,
Des torses nus sans mémoire cherchent à se comprendre dans l’ombre,
Et la muette de soie s’exprime par la plus grande douceur
Jusqu’au moment où les êtres
Sont déposés interdits sur des rivages différents.
Alors l’âme se retrouve dans le corps sans savoir comment
Et ils s’éloignent réconciliés, en se demandant des nouvelles.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Grande bête dorée, Amour couleur de femme (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Grande bête dorée, Amour couleur de femme

Grande bête dorée, Amour couleur de femme
Les bras ouverts, debout au milieu du chemin
Que faites-vous de moi dans cette blanche flamme ?
Soutiendrais-je longtemps son éclat inhumain ?

Laissez donc ma sagesse étendre un peu ses ailes,
Passer ce bel oiseau sur mes livres déserts ;
Laissez aller mon chant à des amis fidèles
Et battre ce coeur dur quand je forme un beau vers.

Je retrouve partout votre force pliante
Vos longues mains, partout vos mains toutes-puissantes,
Ces délices sur moi sans que j’ouvre les yeux

Hélas ! et ce plaisir où le corps se dénoue,
– Comme un soldat fuyard s’empêtre dans la boue
Tombe parmi les morts et se perd avec eux.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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L’ORDRE LÉGITIME EST PARFOIS INHUMAIN (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



Illustration: Raymond Peynet
    
L’ORDRE LÉGITIME EST PARFOIS INHUMAIN

Ceux qui partagent leurs souvenirs,
La solitude les reprend, aussitôt fait silence.
L’herbe qui les frôle éclot de leur fidélité.

Que disais-tu ? Tu me parlais d’un amour si lointain
Qu’il rejoignait ton enfance.
Tant de stratagèmes s’emploient dans la mémoire ?

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE (Girard de Beaulieu)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017




    
HELAS QUE ME FAUT-IL FAIRE

Hélas que me faut-il faire
Pour adoucir la rigueur.
D’un tyran d’un adversaire,
Qui tient fort dedans mon cœur ?

Il me brûle, il me saccage,
Il me perce en mille parts,
Et puis me donne au pillage
De mille inhumains soldats.

L’un se loge en ma poitrine,
L’autre me suce le sang,
Et l’autre qui se mutine,
De traits me pique le flanc.

L’un a ma raison troublée,
L’autre a volé mes esprits,
Et tout mon âme comblée,
De feux, d’horreur et de cris.

En vains je répands des larmes,
Pour les pensers émouvoir,
Et n’y puis venir par armes :
Car ils ont trop de pouvoir.

Mais ce qui me réconforte
En ce douloureux émoi,
C’est que le mal que je porte
Lui est commun comme à moi.

***

Alas what must I do
To soften the severity
Of a tyrant, an adversary
Who stands powerfully in my heart?

He burns me, he pillages me,
He pierces me in a thousand parts
And then gives me over to the plundering
Of a thousand outrageous soldiers.

One lodges in my breast,
Another sucks my blood,
Yet another revolts and
Pricks my side with arrows.

One has clouded my reason,
Another has stolen my mind
And flled my whole soul
With fres, horror and cries.

In vain do I shed tears
Thinking to move them,
And I am unable to succeed by arms
For they are too powerful.

But what comforts me
In this painful emotion,
Is that the ill I bear
Is common to him as to me.

***

Ach! Was muss ich tun,
Zu mildern diese Strenge
Eines Tyrannen und auch Gegners,
Der tief in meinem Herzen sitzt?

Er brennet mich, er verheeret mich,
Er durchbohret mich an tausend Stellen
Und liefert mich dem Plündern
Von tausend Kriegern ohne Herz.

Der eine nistet in meinem Busen,
Der andre sauget mir das Blut,
Und noch ein andrer meutert,
Und mit seinen Pfeilen durchbohret mir die Seit‘.

Der eine hat mein‘ Sinn verwirret,
Der andre mir den Verstand gestohlen,
Und das Gemüt mir gefüllet
Mit Feuer, Horror und auch Schrei‘n.

Vergebens vergieße ich die Zähren,
Um zu erweichen sie damit.
Und kann‘s doch mit den Waffen nit‘,
Denn ihre Macht ist allzu groß.

Aber was mich tröstet
In der Trauer,
Ist, dass das Elend, das ich trage,
Ihm auch wie mir gemeinsam ist.

(Girard de Beaulieu)

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J’ai froid au cœur (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



J’ai froid au cœur je tremble
du fond de la douleur je t’appelle
avec un cri inhumain
comme si j’accouchais

tu m’étrangles comme la mort
je sais cela misérablement
je ne te trouve qu’agonisant
tu es belle comme la mort

tous les mots m’étranglent

(Georges Bataille)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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Verse, verse, tes baisers à mes sens inapaisés (Maurice Boukay)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Illustration: Constantin Brancusi
    
Verse, verse, tes baisers
A mes sens inapaisés,
Jusqu’à la dernière goutte…

J’aime ton coeur inhumain;
Ta me trahiras demain,
Mais ce soir je t’aurai toute !

Qu’importent les trahisons
Des lèvres que nous baisons.
Si les lèvres sont jolies !

(Maurice Boukay)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Vos corps fins comme des anguilles (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2015



 

Sergey Kondrashov 0038 [1280x768]

Vos corps fins comme des anguilles
la lente courbe de vos reins
cette arrogance de vos seins
je vous ai tant aimées ô filles

Ces lingeries qui vous habillent
le secret de troubles desseins
des yeux aux regards inhumains
je vous ai tant aimées ô filles

Passager souvent clandestin
je voyage dans vos lointains
vertiges bleus de jeunes filles

(Louis Calaferte)

Illustration: Sergey Kondrashov

 

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